Histoire de la région :

L'Alsace au début du Moyen-Âge :

Les peuples germaniques nous apportèrent leurs coutumes et imposèrent leur domination, après l'effondrement de l'Empire romain. Les Francs ont soumis la partie de la Gaule qui deviendra le royaume des Francs ou France. Les Burgondes ont formé la Bourgogne, les Lombards régnèrent sur la Lombardie. Dans nos régions, ce sont les Alamans qui s'enracinèrent et nous apportèrent leur langue: l'Alsace devint un pays germanique.

Les tribus germaniques s'installèrent dans les campagnes et y instaurèrent une organisation particulière basée sur les droits des personnes, selon leur statut social (libres ou non libres, guerriers ou paysans) et des privilèges qui remplacèrent le principe d'égalité.

La formation du Duché d'Alsace remonte au milieu du VIIème siècle. Il faisait partie de l'Austrasie et sa durée de vie est estimée à 100 ans(640 à 740). Les ducs successifs, Gondoin (640 à 650 ?), Boniface (664 à 666), Etichon encore appelé Adalric (673 à 684), Adalbert (mort en 723), Liutfrid (723 à 740) favorisèrent l'expansion du christianisme en créant des abbayes: Murbach, Honau, Niedermunster (au pied du Hohenbourg), Ebermunster, Wissembourg, Marmoutier, Saint-Etienne à Strasbourg. C'est vers la fin du VIIème siècle que fut fondé le couvent de Hohenbourg par le duc Adalric, Odile, sa fille, en fut la première adresse (mort en 720).

Au VIème siècle, le diocèse de Strasbourg avait été rétabli, sous la direction de l'êveque Arbogast. Le rôle des missionnaires venus d'Irlande était alors très important pour la propagation de la foi chrétienne


L'Alsace au coeur de l'empire Carolingien :

Au VIII ème siècle, les Carolingiens se sont emparés du pouvoir. Ils anéantirent la puissance des duchés qui avaient quasiment obtenu leur indépendance et ils mirent ainsi fin au duché d'Alsace. L'avénement de Pépin le Bref (en 751) marqua en France le début de la royauté de droit divin. Le roi pratiqua toujours une politique d'entente avec l'Eglise.

Le fils de Pépin le Bref, Charles ( de 768 à 814), poursuivit l'oeuvre de son père et , avant lui, de Clovis (vers 481 à 511): il voulait créer un royaume très puissant. Grand conquérant, il enleva l'Italie aux Lombards et la Marche d'Espagne aux musulmans. Au-delà du Rhin, il conquit la Saxe et étendit son autorité sur l'Autriche actuelle. A l'intérieur de ses Etats, il fit régner l'ordre, publia des lois appelées Capitulaires, favorisa et étendit ( non sans imprudence) le régime de la recommandation. Il fonda des écoles et provoqua une renaissance des arts et des lettres. En 800, le jour de Noël, il fut couronné empereur par le pape Leon III, dans la basilique de Saint-Pierre à Rome. L'europe de l'Ouest connu sous son règne un essor remarquable et l'Alsace profita de ce temps de gloire, car Charlemagne s'intéressait à notre région qu'il parcourut à maintes reprises. Le domaine de Marmoutier s'agrandit et atteignit 5 000 hectares, Wissembourg 22 000 hectares de terres arables (6 000 en réserve et 16 000 en tenure servile). L'abbaye de Seltz possédait un territoire d'une surface d'environ 20 000 hectares et une vingtaine de localités. Les abbayes exercèrent une éclatante influence intellectuelle. C'était aussi le temps de la prospérité économique de Strasbourg et de la campagne alsacienne.

L'oeuvre de Charlemagne était gigantesque, mais l'empire etait trop vaste et composé de peuples trop divers. Ses successeurs ne purent continuer son oeuvre, l'empire disloqua. Bien sûr l'Alsace fut aussi touchée par ces boulversements.

A la mort de Charlemagne, son fils l'empereur Louis le Pieux tenta de sauvegarder l'unité et , dès 817, il avait associé son fils Lothaire au pouvoir impérial, après avoir donné à ses deux fils cadets, Louis et Pépin 1er, des royaumes en Bavière et en Aquitaine. La naissance d'un quatrième fils, Charles dit le Chauve, l'obligea à refaire le partage. Les autres fils se soulevèrent alors contre leur père. En 833, ils le capturèrent dans les environs de Colmar. Il fut solennellement déposé par l'archevêque de Reims (le 7 Octobre) à la suite de la trahison de ses troupes. Ses fils l'enfermèrent dans un couvent, puis le rétablirent sur son trône, le 28 Fevrier 835.

Pépin mourut en 838, alors qu'il était en route pour mater une nouvelle révolte de son fils Louis le Pieux qui mourut en 840; ce fut alors à nouveau la dispute pour la succession.

Une page d'histoire de 400 ans :

Les déchirements du IXème siècle:

Le 14 Fevrier 842, Louis le Germanique et son demi-frère Charles le Chauve se coalisèrent contre leur aîné Lothaire: le traité d'alliance fut signé à Strasbourg (dans l'actuelle Plaine des Bouchers, dit-on) et, chose extraordinaire, en langue vulgaire, c'est à dire celle que parlait le peuple. Les deux armées, francaise et germanique, étaient présentes et associés à ce pacte. Les rois prêtaient serment dans la langue de l'autre, afin d'être bien compris de l'allié et de ses troupes. Ces documents sont les plus anciens en langue tudesque et en langue romane, qui deviendront par la suite la langue francaise et germanique.

Vaincu par ses frères, Lothaire accepta, en 843, le traité de Verdun par lequel l'Empire était divisé en trois ensemble territoriaux: une Francie de l'ouest pour Charles le Chauve (la future France), une Francie de l'est pour Louis de Bavière (la future Allemagne) et une Francie du Centre, ou Lotharingie (Lothari Regnum) , qui allait de l'Italie à la Frise, et dont l'Alsace faisait partie.

Le traité de Verdun peut être considéré comme un événement capital pour l'Europe d'aujourd'hui: là commencent les histoires séparées de la France et de l'Allemagne. Quant à l'Alsace, elle fut rattachée, et pour longtemps (800 ans), à la Francie Orientale, aprés le traité de Mersen en 870.

Charles le Chauve mourut en 877 et après lui le titre impérial fut porté par des souverains de moins en moins prestigieux pour finalement disparaître dans l'indifférence générale, en 887, lors de la déposition de Charles le Gros.

Ce fut une période de décadence. La famille des comtes d'Anjou (Robert le Fort, Eudes...) se distingua dans la lutte contre les Normands (siège de Paris); à trois reprises les Grands choisirent un roi dans cette famille: ainsi le roi de Francie Occidentale était tantôt un déscendant de Charlemagne, tantôt un descendant d'une nouvelle famille. En 987, l'élection d'un Robertien, Hugues Capet, établie une nouvelle dynastie.


Un nouvel empire:

Dans la Francie de l'est, au Xème siècle, les troubles intérieurs et la faiblesse du pouvoir royal profitèrent aux quatres plus puissants princes allemands( les Ducs de Bavière, Franconie, Saxe et Souabe). Ce fut d'abords le duc Conrad de Franconie qui obtint la couronne du royaume de Germanie, puis, en 919 le duc de Saxe, Henri l'Oiseleur. Ce dernier réussit à faire accepter la continuité de son lignage, parcequ'en 933 il fut le seul à pouvoir contenir les envahisseurs slaves et hongrois, sans oublier ses campagnes victorieuses contre les Danois. Il annexa la Lorraine qui faisait partie de la Lotharingie. Tout ceci lui permit d'agrandir son patrimoine et d'acquérir une grande renommée. Les ducs de Saxe s'imposèrent progressivement et s'emparèrent de la couronne royale.

En 936, à Aix la Chapelle, Henri fit reconnaître son fils Otton comme roi de Germanie ( c'est ainsi qu'était appelé l'Etat formé, en 843, d'une partie de l'Empire carolingien et attribué à Louis dit le Germanique). L'expression cessa d'être employée à partir de 1024. Le nouveau roi fut le souverain le plus puissant de son temps, le prince le plus actif et le guerrier le plus redoutable depuis Charlemagne (qui était d'ailleurs son modèle). Il a passé son temps à parcourir le royaume en tous sens. A son tour il dut lutter contre les Slaves et Hongrois. Vaincus définitivement, en 955, lors de la bataille de Lechfeld (près d'Augsbourg), ceux-ci se sédentarisèrent dans la plaine du Danube moyen et se convertirent au christiannisme.

Dès le XIème siècle, leur royaume joua déjà un rôle important. Profitant de la dégradation du pouvoir en Lotharingie, Otton conquit toute l'Italie du nord jusqu'au sud de la Toscane et accorda sa protection au pape, qui a imploré son aide contre le roi de la Lombardie. Il épousa Adélaïde, la veuve du roi d'Italie et devint le protecteur de la Bourgogne.En 962, le 2 février (jour de la Chandeleur), Otton Ier fut couronné Empereur par le pape Jean XII, à Rome, sous les acclamations du peuple et du clergé. C'est après celle de Charlemagne, la seconde restauration d'un empire Occident. Ce sera plus tard le Saint-Empire Romain Germanique (Das Heilige Römishe Reich Deutscher Nation).Le France ne fera jamais partie de cet empire qui durera jusqu'en 1806: c'est Napoléon Ier qui le détruira.

En 917 et en 926, les Magyars (Hongrois) étaient venus en Alsace et avaient causé de terribles dégâts: l'abbaye d'Eschau fut totalement détruite en 926. Finalement les Vikings se fixèrent en Normandie (ils n'avaient visité l'Alsace que pour s'y approvisionner).

Les pouvoirs des rois étaient affaiblis par tous ces troubles. Il devint nécessaire d'assurer le rôle de l'Empereur et des rois. Les "Grands" s'en sont chargés et pris la défense de leurs régions. Pour résister aux envahisseurs, ils ont construits des châteaux fortifiés (d'abord en bois -les mottes castrales-, puis en pierre). Les habitants d'alentour pouvaient se mettre sous leur protection et les chefs locaux, eux-aussi, se recommandaient au "grand voisin". Ainsi sont apparus les seigneurs, petis ou puissants.

Deux familles ont alors réussi leur ascension et furent choisies pour remplacer les Carolingiens: en France comme en Allemagne la royauté devint élective, ce qui la fragilisa.

Le Saint-Empire Romain Germanique :

Les empereurs Saxons et Ottoniens:

Henri 1er, dit l'Oiseleur (919-936), puis Otton 1er, dit le Grand (936-973), ont donné des assises solides à cet immense domaine appelé le Saint-Empire. Le pape, la noblesse et même le peuple de Rome devaient prêter serment de fidélité. Cette situation entraîna bientôt une longue lutte qui opposera le Sacerdoce et l'Empire.
Otton II voulait devenir le maître de toute l' Italie et il avait remporté quelques succès lorsqu'il disparut prématurément à l'âge de vingt huit ans, à Rome (983).
Otton III, son fils, lui succéda sans difficulté, malgré son jeune âge (11 ans). Etabli lui-aussi à Rome, il offrit la tiare papale à son ami Gerbert, considéré comme le plus grand savant du siècle, qui, sous le nom de Sylvestre II, fut le prenier pape d'origine française.

Otton III rêvait d'une domination universelle, mais l'Allemagne était agitée et l'Italie elle-même était près de la révolte. Il mourut du paludisme dans le château près de Viterbe. Il avait 22 ans et n'était pas marié, donc sans héritier. Son cousin, Henri II (de Bavière) lui succéda (1002-1024) et fut le dernier représentant de la dynastie saxonne. La féodalité allemande profita de ces désordres pour se rendre complètement indépendante et anéantir l'autorité monarchique.

C'est pourtant sous le règne de la dynastie saxonne que l'Alsace a joué un rôle politique qu'elle n'avait jamais eu sous les Carolingiens. Elle contrôlait un réseau de routes stratégiques vers les cols alpins et l'Italie qui était le plus grand souci des trois Otton.


Saint Empire Germanique :

La dynastie Franconnienne ou Salienne :

A la mort de Henri II, le choix des ducs allemands se porta sur Conrad, un prince franconnien de la famille des Saliens. Il devint roi en 1024 et fut couronné empereur à Rome en 1027. Conrad II, comme ses prédécesseurs, avait les yeux tournés vers l'Italie. Il se servait de l'Alsace comme base de départ pour ses expéditions militaires. Il passait souvent à Strasbourg. En 1032, il entreprit une expédition qui, partie de Strasbourg, aboutit à l'annexion de la Bourgogne et du royaume d'Arles. Il récidiva durant l'hiver 1033. C'est lui qui nomma Bruno d'Eguisheim évêque de Toul. C'était un souverain réaliste qui ne s'encombrait guère de scrupules et pactisait avec des souverains païens, si nécessaire (les pays scandinaves).
Le fils de Conrad II, Henri III, arriva sur le trône en 1039. C'était un homme vertueux et pieux. Il rencontra les moines de Cluny et partagea leur idéal d'ascèse, de travail et d'assainissement de la vie religieuse. L'empereur voulait remettre de l'ordre au plus haut niveau de la chrétienté, c'est-à-dire celui de la papauté. A son arrivée en Italie, en 1046, Henri III se trouva en face d'un pape, Benoît, et d'un antipape, Grégoire. Il s'en débarrassa et nomma à leur place un prélat allemand, évêque de Bamberg, Clément II, auquel succéderont d'autres évêques allemands, dont Léon IX, évêque de Toul, le pape alsacien. Avec Henri III, la dignité impériale a atteint son plus haut niveau. Son pouvoir s'étendait de la frontière danoise à l'Italie du Sud, de l'Oder au Rhône et de Prague à Gand. Il était roi d'Allemagne, d'Italie, et de Bourgogne; la Pologne, la Bohême, la Hongrie et les Slaves de l'Ouest reconnaissaient son hégémonie. Enfin, les Romains lui ont conféré la dignité de patricien, ce qui lui donnait légitimement le droit de désigner le pape. A sa mort, en 1056, le puissant empereur ne laissait qu'un fils mineur, Henri IV Tandis qu'en Allemagne et en Italie les grands féodaux relevaient la tête, des papes réformateurs (Nicolas II, Grégoire VII) ont osé rejeter le joug impérial.

Lorsque Grégoire VII s'installa sur le trône de Saint-Pierre, en 1073, la situation changea. L'ancien moine de Cluny avait une forte personnalité et voulait libérer l'Eglise de sa domination par le pouvoir impérial: à la Chrétienté impériale devait succéder la Chrétienté pontificale. L'autorité du Saint-Siège devait être considérée comme la référence suprême, excluant toute ingérence des laïcs dans les affaires de l'Eglise. Il promulgua en 1075 un décret précisant ces nouvelles décisions sur les investitures, pour contraindre les prêtres au célibat et empêcher la simonie (vente des sacrements ou d'une fonction religieuse).
En 1076, le pape Grégoire VII excommunia l'empereur Henri IV, qui nommait les évêques à sa guise, sans se soucier du décret de 1075. L'empereur se trouva dans une telle impasse, qu'il décida de se rendre auprès du pape, après avoir franchi les Alpes enneigées. Le 25 janvier 1077, il se présenta au pape, alors qu'il faisait un froid glacial. Il était pieds nus et portait un vêtement de pénitence. Après trois jours d'attente au pied du château de Canossa (en Toscane), il fut reçu par le pape qui leva son excommunication, après l'intervention de tous ceux qui étaient présents et qui éprouvaient pitié et compassion pour l'empereur.
En 1122, Henri V, fils et successeur de Henri IV, s'entendit avec le pape Calixte II et le concordat de Worms calma la querelle des investitures en accordant une certaine indépendance des évêques par rapport au pouvoir civil.

Dorénavant, c'est le pape, et non plus l'empereur, qui était considéré comme le plus important serviteur de Dieu et le représentant du Christ sur Terre.
Les empereurs saliens ont tous été enterrés à Spire, dans la merveilleuse cathédrale romane commencée sous Conrad II et achevée par Henri III.
Tout le Saint-Empire avait pris parti pour l'un ou l'autre camp, lors de la querelle des investitures. En Alsace, les comtes d'Eguisheim et Dabo et le moine Manegold de Lautenbach ont soutenu le pape. Manegold avait même lancé l'idée d'une souveraineté du peuple. Quant aux évêques de Strasbourg et de Bâle, avec les comtes de Habsbourg et plus tard les Hohenstaufen, ils se plaçaient au côté de l'Empereur.

Les comtes d'Eguisheim :


Au IXe siècle, l'Alsace avait été divisée en deux comtés, le Nordgau et le Sundgau. Le Sundgau revint aux comtes de Habsbourg et le Nordgau passa sous le contrôle de la famille d'Eguisheim. En 921, Henri 1er l'Oiseleur unit notre région au duché d'Alémanie. Le duc prit le titre de Alamaniae et Alsatiae dux.
Il faut surtout évoquer deux personnalités exceptionnelles. Liutfried, qui combattit héroïquement contre les terribles Hongrois (926) et Hugo IV (+ 1089) d'Eguisheim, qui avait épousé Heilwig, l'héritière des Dagsburg. Ils possédaient en Haute-Alsace un territoire très étendu, autour des trois châteaux (die drei Exen) et en Basse-Alsace les domaines de Dabo, Guirbaden, Bernstein, Haguenau. . . Ils ont fondé plusieurs monastères (Woffenheim, Oelenberg, Hesse, Altorf). On les appelait parfois «comtes d'Alsace», puisqu'ils possédaient des biens dans l'ensemble de la région. Ils appartenaient à l'aristocratie impériale et étaient alliés à toutes les grandes familles franconniennes.
Bruno (21 juin 1002-19 avril 1054), un fils de Hugo IV, devint pape en 1049, sous le nom de Léon IX, après avoir été évêque de Toul. Il s'était rendu à Rome pour que la population et le clergé acceptent sa nomination (il est le seul pape alsacien). Il s'intéressa particulièrement aux couvents et à la réforme de l'Eglise dans toute la chrétienté. En 1053, il s'attaqua aux Normands qui grignotaient progressivement les possessions byzantines dans le sud de l'Italie et menaçaient les terres pontificales, alors que le pape rêvait d'une Europe où l'empire d'occident et l'empire d'orient se retrouveraient, pour le plus grand bien de la paix en Europe. Léon IX prit personnellement la tête de l'armée et beaucoup d'Alsaciens l'ont suivi. Malheureusement pour lui, les Normands étaient les plus forts: Léon IX fut vaincu à Civitate, en juin 1053, et retenu prisonnier jusqu'en mars 1054. Libéré, il rentra à Rome, épuisé, et mourut peu après. Un envoyé du pape, le lorrain Humbert de Moyenmoutier, devait poursuivre les négociations à Byzance. Son incompétence et ses maladresses ont provoqué ce schisme que Léon IX voulait éviter à tout prix. Il faut cependant rappeler que c'est sous son impulsion que l'Eglise a entamé quelques réformes, celles qui aboutiront avec le pape Grégoire VII, déjà évoqué plus haut.

les Hohenstaufen :

C'était « un âge d'or pour l'Alsace» - Die Staujèrzeit, eine Blütezeit für das Elsass !
Au XIIe siècle et au début du XIIIe siècle, l'Empire fut dominé par la puissante famille des Hohenstaufen, ducs de Souabe et d'Alsace. Pendant cent ans, l'Alsace a vécu sa plus glorieuse page d'histoire, une période exceptionnellement brillante, associant la renaissance culturelle et un essor économique et commercial, auquel il faut associer le développement des villes. C'était le temps des belles églises et des puissants châteaux forts.
Le souvenir des Hohenstaufen est attaché à de nombreuses localités, dont Haguenau, Colmar, Kaysersberg, Mulhouse, Obernai, Rosheim, Sélestat, ainsi qu'au château du Haut-Koenigsbourg, qui remonte au père de Barberousse.
Pour faire régner la paix, l'empereur dut ménager les grands seigneurs de la région et leur accorder d'importantes concessions. Les anciens comtés devinrent des landgraviats. Ainsi les comtes d'Eguisheim représentaient-ils l'empereur et rendaient la justice en son nom (jusqu'en 1225). Mais ce rôle fut confié à l'évêque de Strasbourg, à partir de 1359.
Dans les Vosges du Nord apparurent de petites seigneuries: les Fleckenstein, les Lichtenberg, les comtes de la PetitePierre. Les Hohenstaufen étaient "Alsaciens de cœur".

Frédéric le Borgne (1105-1147) était duc de Souabe et d'Alsace. Lorsque Henri V se rendit en Italie, c'est à lui qu'il confia la mission de défendre l'Empire contre tous ses ennemis. Il fit construire un grand nombre de châteaux forts, surtout dans le Nord de l'Alsace. Il possédait à Haguenau, sur l'île de la Moder, un palais de chasse.
Mais c'est Frédéric 1er (1152-1190) qui a laissé le meilleur souvenir en Alsace. Les Italiens l'appelaient Barbarossa. Il était le symbole de la chevalerie et le peuple l'aimait beaucoup. Il renforça le pouvoir des Staufen sur ses terres, entre Wissembourg et Sélestat. C'est à partir de sa résidence en Alsace qu'il gouvernait tout son empire.
Il rappelait beaucoup Charlemagne, car comme lui il voulait se trouver à la tête d'une monarchie chrétienne et romame.
En 1153, il décida de faire construire à Haguenau un magnifique palais, siège de son pouvoir et lieu où étaient conservés, dans trois chapelles superposées, les symboles de son pouvoir (la couronne, le globe, le sceptre, l'épée de Charlemagne) et les chaussures incrustées de diamants qu'il portait le jour de son couronnement. La Kaiserpfalz de Haguenau fut détruite en 1677, sur l'ordre de Louvois.


Hélas, Barberousse eut une fin tragique, puisque lors de la troisième Croisade, entreprise en 1189, il partit de Haguenau pour le Moyen Orient avec ses soldats, et il se noya lors d'une baignade dans le fleuve Saleph. Le peuple eut du mal à accepter son décès.
Henri VI (1190-1197) était brutal, mais doué pour la poésie. Il dut vaillamment défendre son empire qui allait de la mer du Nord jusqu'en Sicile. Il venait rarement en Alsace. Il mourut, victime de la malaria, à 32 ans.
Après une brève lutte entre princes allemands pour le trône, et grâce au pape Innocent III, c'est Frédéric II qui eut la couronne impériale (1212-1250). De Bâle, à travers la vallée du Rhin, il vint aussitôt à Haguenau. Il aimait l'Alsace qu'il considérait comme la plus belle des possessions qu'il avait héritées. D'ailleurs son mariage avec Isabelle d'Angleterre fut célébré à Haguenau. Mais malgré tout, il préférait L'Alsace aux autres possessions.
Il mourut en 1250. Mais le peuple disait «qu'il vivait encore dans l'Etna». Il était considéré comme le premier souverain moderne.


1268 : Konradin fut décapité à Naples. Avec lui prit fin l'ère des Hohenstaufen; ce fut également la fin du duché de Souabe-Alsace (917-1268).
La querelle du Sacerdoce et de l'Empire avait opposé le Saint-Siège aux deux plus puissants empereurs de la famille des Hohenstaufen, Frédéric Barberousse, puis Frédéric II. Finalement c'est la papauté qui l'avait emporté.


1250-1273 : c'est le Grand Interrègne (die Kaiserlose, die schreckliche Zeit). L'Allemagne tomba en pleine anarchie, durant près de 25 ans, et l'Italie centrale et septentrionale fut en proie aux guerres civiles. Ces deux puissances et la papauté sortirent épuisées de ce terrible conflit. Un événement très important eut pour théâtre d'opération notre région du Kochersberg. En effet, en 1262, la bataille de Hausbergen mit fin à la domination de l'évêque sur la ville de Strasbourg, qui devint ville d'Empire. L'évêque Walther de Geroldseck avait été vaincu par les bourgeois strasbourgeois. Pierre de Berstett s'est battu aux côtés de l'évêque de Strasbourg. Il fut fait prisonnier et emmené en captivité jusqu'au paiement d'une bonne rançon.


1273 : élection à l'Empire de Rodolphe de Habsbourg, landgrave de Haute-Alsace. Il créa le grand bailliage de Haguenau (Landvogtei). Les Habsbourg ont gardé la couronne du Saint-Empire Germanique jusqu'en 1918.
Pour l'Alsace, c'est une page d'histoire qui fut tournée, alors qu'à Strasbourg Erwin de Steinbach édifiait la façade de la cathédrale Notre-Dame (1284).

Au XIIIe siècle, le Kochersberg constituait l'un des principaux territoires du domaine épiscopal et formait un tout administratif, appelé bailliage. Chaque village du bailliage était doté d'une petite administration particulière. A la tête était un prévôt (Schultheis), nommé par l'évêque. Il était entouré d'un certain nombre d'échevins. Prévôt et échevins formaient un tribunal local et jugeaient les petits délits ruraux. Cette cour recevait aussi les contrats de vente, de mariage, les actes d'adoption et les testaments.
A la tête de toute la circonscription se trouvait le bailli, résidant à Gougenheim. C'est au bailli, assisté d'un greffier, qu'incombait l'instruction dans les affaires criminelles.
Pour ce qui concerne l'administration religieuse, la plus grande partie du Kochersberg formait une unité, un chapitre rural, et Betbur (village disparu), près de Kleingoeft, était le pendant de Gougenheim. Depuis le XIIe siècle, la hiérarchie ecclésiastique se compliquait et, entre le desservant d'une paroisse et son évêque, était venu se placer, comme une sorte d'inspecteur, un doyen ou archiprêtre. L'archiprêtré de Betbur, comprenant une centaine de paroisses situées entre Phalsbourg et Truchtersheim, était l'un des plus importants du diocèse.
Les communautés juives constituaient à cette époque une minorité insignifiante; les juifs étaient quelques centaines à Strasbourg.


 

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