Le Birkenfels: Histoire du château

Le château est placé à 675 mètres d'altitude sur un soubassement de grès.

Le château fut également désigné sous les noms de Bergfels, Bergfeldschloss, Birckwaldschloss.

Le Birkenfels fut construit après 1250, au moment de l'Interrègne, par un ministériel (*) de l' évêque de Strasbourg, Beger der Weisse. Le prélat, Henri de Stahleck, devenu administrateur des possessions impériales en Alsace, ayant des visées sur le patrimoine forestier de la ville impériale d'Obernai, commande à deux de ses ministériels de construire des maisons fortes sur les terres convoitées. II marque ainsi sa volonté de s'accaparer, une partie au moins, du patrimoine impérial.

Avec l'avènement de Rodolphe de Habsbourg, devenu en 1273 roi des Romains, la situation change. Rodolphe exige des nombreux spoliateurs qui ont profité de l'absence du pouvoir central, de restituer les biens arrachés à l'empire. Et parmi ces biens figure également le domaine forestier d'Obernai sur lequel ont été construits les deux châteaux de Birkenfels et Kagenfels. La situation ne souffre pas de discussion, l'empereur est le seul à détenir le Befestigungsrecht, le droit de fortifier. Comme il n'a jamais donné cette autorisation à l'évêque, les constructions sont illicites. La restitution sera d'autant plus facile ici,
que Conrad de Lichtenberg, qui vient d'être élu évêque de Strasbourg (1273), est un partisan des Habsbourg. Rien ne semble d'ailleurs presser, Rodolphe a bien d'autres affaires plus difficiles à régler et ce n'est qu'en 1289 qu'un arrangement est trouvé. Le roi des Romains inféode, avec le consentement des bourgeois d'Obernai, le château de Birkenfels à Burckart dem wisen Beger a charge pour lui de payer un cens annuel à la ville (en fait il devra fournir annuellement une livre de cire à la chapelle de la Vierge, la Liebfrauenkapelle et de concourir à sa défense de la ville. En revanche les Beger (*) auront les mêmes droits que les bourgeois d'Obernai, à savoir celui de couper du bois dans la forêt.

Cette transaction fait du Birkenfels une possession qui relève de l'empire, mais que l'empereur donne en fief à des ministériels épiscopaux, les Beger. Malheureusement pour les Beger, ils ne possèdent qu'une étroite bande de terre, tout juste l'emprise foncière du château. Mais à quoi pouvait servir ce châtelet dans ce coin retiré? Sans doute son rôle était d'abord celui d'un "garde forestier", enfin le burg est proche de la route dite Hochstrasse, celle qui reliait le Mont-Sainte Odile à la vallée de la Bruche. Il pouvait, éventuellement, y surveiller le trafic.

Querelle autour des droits forestiers :

Aux XIVe et XVe siècles, les Beger, par une habile politique de mariage, se lient à des familles aisées et se trouvent bientôt à la tête d'un patrimoine important. Alliés aux Mullenheim, Hohenstein, Landsberg, Andlau et Bergheim, ils comptent aussi de nombreux clercs, abbés et abbesses dans leurs rangs. Parallèlement, à partir de 1427, Jean Beger est cité parmi les chevaliers-brigands qui s'attaquent aux marchands pour les rançonner. Mais les attaques s'effectuent à partir du château de Schwarzenburg situé dans la vallée de Munster et que les Beger possèdent en fief depuis 1402.

Sous Caspar Beger, bailli impérial de Kaysersberg, une querelle oppose la famille à la ville d'Obernai. Les Beger revendiquent en effet la propriété de la forêt qui environne leur château du Birkenfels. Mais Obernai, s'appuyant sur la décision royale de Rodolphe de Habsbourg, rejette ces prétentions. Les divergences durent encore en 1465. Herbig mentionne qu'à cette époque le Birkenfels est occupé par Fritsche de Nideck, Burgvogt (*). Caspar devait jouir de la bienvaillance impériale puisqu'en 1434, l'empereur Sigismond lui donne en fief la moitié du Hagelschloss, ce château occupant la pointe nord du mur païen.

Vers 1470, les Beger donneront leur château en arrière-fief à Emmerich Ritter, trésorier de l'advocatie de Haguenau. Ils lui cèdent en même temps les dépendances, à savoir la moitié du Hagelschloss et la moitié du ban du village de Hohenburgweiler. (*)

Apogée et extinction de la lignée des Beger :

A la fin du XVe siècle, les Beger arrivent au sommet de leur puissance. Jacob Beger vient de restaurer le château de Schwarzenburg. Il épouse Béatrice de Baerenfels et de leur union naît un fils: Mathias. Il fut surnommé der Unsinnige, ce qui pourrait se traduire par déraisonnable. Il piquait de brutales colères et trouva finalement une mort à la mesure de ses incohérences. En 1532, alors qu'il résidait dans son château de Geispolsheim, il se querella avec l'écuyer Frédéric Bock de Blaesheim. Ce dernier tira sa dague et la planta dans le ventre de Mathias qui en mourut. Les juges estimeront que Frédéric était en état de légitime défense lorsqu'il tua son compère! Mais c'en était fait de la lignée des Beger. Mathias, mort à 24 ans, était le dernier son nom.

Les nouveaux seigneurs du Birkenfels :

Le château du Birkenfels et les autres fiefs impériaux tenus par la lignée éteinte furent transmis par l'empereur Charles Quint à son vice-chancelier Mathias Held qui les revendit, cinq années plus tard ( avec l'assentiment impérial ) à Conrad Joham, bourgeois de Strasbourg. Parmi les fiefs ainsi cédés aux Joham se trouvait le village de Mundolsheim. Ceci explique qu'à partir de 1517 les Joham s'intitulèrent de Mundolsheim. On voit encore aujourd 'hui de belles pierres funéraires armoriées (avec la licorne) des Joham de Mundolsheim abritées contre les murs de l'église protestante de Mundolsheim. Parmi d'autres fiefs, la cession comportait également la moitié du Hagelschloss et les droits sur la moitié du ban du village déjà disparu de Hohenburgweiler, droits qui passèrent aux Rathsamhausen-Ehenweier.

Les Joham conserveront le Birkenfels jusqu'à la Révolution, continuant de payer le cens instauré librement par les Beger en faveur de la chapelle de la Sainte-Croix au monastère du Mont-Sainte Odile. Avec la prise de possession du château par les Joham, des baillis restèrent installés dans la résidence. Ces baillis exerçaient tout au plus les fonctions de garde forestier au service de la ville d'Obemai. Finalement le burg fut laissé à l'abandon et tomba progressivement en ruines. De nombreux habitants vinrent par la suite se servir en pierres, transformant le château en carrière. La démolition du donjon illustre cet aspect de la destruction.

Après la Révolution, la ville d'Obernai se vit attribuer les ruines du Birkenfels avec son emprise foncière. Ce fut, en somme, à quelques sept siècles d'écart, un juste retour des choses. Obernai récupérait la terre qui lui avait été arrachée. Elle en est toujours propriétaire.


 

 

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