Le Dreistein : Histoire du château

Au nord-ouest du monastère du Mont-Sainte-Odile, la montagne forme un éperon rocheux qui s'avance vers le Herzthal par où monte la route venant de Klingenthal. Cette avancée du massif se situe à l'altitude de 628 mètres et se trouve formée par un imposant socle de grès-poudingue, c'est-à-dire un grès truffé de cailloux qui ressemble à un ciment grossier. Pour davantage fortifier le site, les constructeurs ont taillé dans ce socle un imposant fossé qui isole la crête du massif.

A examiner de près le complexe, on s'aperçoit que le soubassement est divisé en deux ensembles. Celui qui est le plus proche de la montagne, porte le Dreistein oriental. Un autre fossé sépare cette première ruine du château qui fut édifié du côté de la vallée; le Dreistein occidental. Ce château est lui-même divisé en deux burgs et le soubassement rocheux, à hauteur du donjon cylindrique, laisse apparaître une large faille colmatée par les bâtisseurs. On peut donc dire qu'il y a bien trois rochers et trois châteaux, ce que le nom de" drey Steinen" illustre parfaitement: "trois châteaux", puisque le terme Stein, dans le langage médiéval, désigne non seulement les rochers mais aussi un édifice fortifié en pierres.

Deux, puis trois châteaux :

Aucun document ne nous parle de l'édification de ces châteaux. Les chartes restent muettes et ce n'est que par l'analyse de la situation politique de l'Alsace et des vestiges archéologiques qu'il est possible d'avancer des hypothèses. Nous avons placé la construction du premier des châteaux du site, le Dreistein occidental, entre 1220 et 1240 et attribué le chantier à la surveillance du Schultheiss de Haguenau, Wœlfelin, agissant au nom de l'empereur Frédéric II souhaitant mieux protéger les possessions impériales en Alsace et notamment le grand domaine forestier du Mont-Sainte-Odile.

Par la suite ce premier château, qui a probablement occupé les deux rochers occidentaux, sera divisé en deux parties. Est-ce à la suite de l'agrandissement de la famille qui en a la garde ou le château fut-il divisé en deux fiefs différents donnés chacun à une famille différente? La coupure du château primitif en deux burgs semble avoir été opérée à la fin du XIVe siècle. On tire alors un épais mur de séparation qui coupe le site en deux. Au nord, ce mur de séparation est renforcé par un donjon cylindrique légèrement saillant vers l'extérieur, donc empiétant un peu sur le château est. Quant à la partie est, elle n'aura pas de donjon, mais un imposant mur-bouclier si épais qu'il sera possible d'aménager en son sommet une plateforme qui fera alors office de tour.

Entretemps, probablement vers le milieu du XIVe siècle, le site a connu un profond bouleversement. Une partie de la crête est réutilisée. Un nouveau fossé est taillé dans la montagne, beaucoup plus à l'est. Ainsi se dégage un nouveau site sur lequel sera édifié le Dreistein oriental.
Là encore les spécialistes en architecture placent la construction dans une fourchette allant de la fin du XIIIe siècle au milieu du XIVe siècle. Quel événement politique pourrait être àl'origine de cette construction pour le moins étonnante? En effet, voilà qu'est placé sous le nez des deux châteaux occidentaux un nouveau burg qui toume vers ses devanciers un mur bouclier, comme pour s'en défendre.

Querelle d'empereurs :

Nous ne voyons, dans cette fourchette-temps qu'avancent les archéologues, qu'un seul événement assez important qui aurait pu amener à la construction du Dreistein oriental. A la mort de l'empereur Henri VII, les princes-électeurs, qui ont le privilège de désigner le nouvel "imperator", n'arrivent pas à se mettre d'accord.

Si trois choisissent Frédéric d'Autriche, quatre préfèrent Louis de Bavière! Et voilà l'empire doté de deux empereurs. Chacun aura ses partisans et l'Allemagne entre dans une véritable guerre de clans. En Alsace, l'essentiel des cités et des seigneurs opta pour Frédéric. On avait, depuis longtemps, tissé d'étroits liens avec la maison des Habsbourg. Mais tous les Alsaciens n'étaient pas de cet avis et à Strasbourg même les deux puissantes familles patriciennes qui tenaient le haut du pavé étaient devenues des ennemis jurés. Les Zorn étaient pour Frédéric, les Mullenheim pour Louis. L'évêque de Strasbourg, Jean de Dirpheim, se rangea également du côté de Frédéric; la ville de Strasbourg s'accrocha à sa neutralité.

Quand le 28 septembre 1322, Frédéric d'Autriche fut vaincu et fait prisonnier par son rival, bien des états alsaciens changèrent de camp, ralliant le parti de Louis. Mais voilà que le pape Jean XXII mettait au ban de l'Eglise le roi Louis de Bavière, exigeant que la sanction soit proclamée dans toutes les cités. L'évêque somma Strasbourg de s'exécuter, mais la ville fit savoir que Louis comptait en Alsace de nombreux partisans, qu'il gardait de nombreux burgs et que les seuls qui souffriraient d'une telle prise de position seraient les ressortissants de la cité !

Léopold d'Autriche, frère du roi prisonnier, se lança dans une série de raids contre les possessions des alliés de Louis. L' évêque le soutint en lançant un vaste programme de fortifications, notamment de villes moyennes, comme Benfeld ou Dambach. Il réussit aussi a acquérir les fiefs castraux que possédaient les Mullenheim. Tout indique qu'en cette période cruciale il était nécessaire de pouvoir disposer de points d'appuis. On pourrait donc admettre qu'en face du Dreistein occidental, fief impérial et tenu par un partisan de Louis, l'évêque de Strasbourg ait pu faire construire, avec l'assentiment de Frédéric d'Autriche, sur une terre appartenant au monastère de Hohenburg (dont l'évêque avait la charge d'avoué), un autre château, le Dreistein oriental.

Ce serait donc entre 1320 et 1330 que ce château aurait été édifié; c'est aussi à la même époque que le seigneur du Dreistein occidental fait construire l'imposant mur bouclier qui fait face au nouveau château. Si on n'arriva pas à la guerre au moment du chantier, c'est sans doute que le partisan de Louis n'en avait pas les moyens face au puissant prélat. Et celui-ci ne voulait, en fait, que bloquer le château tenant le côté de la vallée!

La première mention dans les chartes :

Le document le plus ancien qui mentionne l'existence des châteaux de Dreistein date de 1442. L'empereur Frédéric III accorde à la famille de Rathsamhausen-Ehenweier l'inféodation pour les châteaux dits "Schloss zu den drey Steinen". La charte englobe également le village de Hohenburgweiler (*). Dans la même lettre d'investiture, les Rathsamhausen-Ehenweier se voient confirmer le fief sur le château de Waldsberg, ce qui sous-entend que cette famille possédait déjà ce château et laisse supposer qu'il en fut autant pour le ou les Dreistein. Quant à la branche des Rathsamhausen-Ehenweier, si nous en croyons Schœpflin, elle aurait été fondée vers 1300 par Hartmann. Elle est en tout cas richement possessionnée autour du Mont-Sainte-Odile dès la fin du XIVe siècle.

Nous n'apprenons rien sur l'histoire de ces châteaux, si ce n'est une autre confirmation de fief signée en 1550 par l'empereur Charles Quint, toujours en faveur des Rathsarnhausen- Ehenweier et plus précisément Jean-Georges et ses frères Hartmann, Jacques, Conrad et Dietrich. Comme dépendances relevant du château le document cite les forêts, pâturages, droits de pêche et de chasse.

Et puis c'est à nouveau le grand silence sur ces châteaux. On ne sait s'ils furent détruits au cours de la guerre de Trente Ans ou s'ils étaient déjà abandonnés bien avant ce conflit. Il est probable que la destruction du monastère par le grand incendie forestier du 24 mars 1546 entraîna aussi la désertification des châteaux des environs. Les moniales quittèrent la montagne et l'abbesse Agnès d'Oberkirch remit à l'évêque de Strasbourg, Erasme de Limburg, les propriétés de la fondation sous condition que le prélat s'engage à reconstruire l'église et les bâtiments conventuels.

Les ruines des châteaux ainsi que les forêts environnantes furent confisquées lors des événements révolutionnaires et vendues à des privés. Encore de nos jours le secteur est propriété privée.

 


 

 

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