Le Fleckenstein : Histoire du château

Tout porte à penser qu'il fut érigé après 1138 avec l'accession au trône du premier des Hohenstaufen : Conrad III. Le burg aurait été construit sur décision royale et confié à la garde d'une famille dévouée au maître de l'empire. Ce furent ces "Dienstmanner" qui prirent le nom du château pour leur propre patronyme. Et ce nom de Fleckenstein peut être traduit par "roche bigarrée", allusion aux teintes si diverses du grès qui forme la falaise portant la forteresse.

Le nom des Fleckenstein n'apparaît dans les chartes qu'en 1174. L'empereur Frédéric 1er arbitre cette année-là une querelle qui oppose l'abbaye de Neubourg et la veuve Roderich de Dalheim. Et parmi les témoins de l'arrangement se trouve Godefridus de Fleckenstein.

Sauer et de la Lauter. La fondation religieuse avait été dotée de ces biens fonciers par Frédéric le Borgne, duc d'Alsace et de Souabe et père de l'empereur Frédéric 1er C'est le "Gockler" - le Borgne. Si le château surveille la route stratégique, il a également pour mission de protéger les terres de l'abbaye de Walbourg qui s' étendent entre les deux vallées de la Sauer et de la Lauter. La fondation religieuse qui avait dotée de ces biens fonciers par Frédéric le Borgne, Duc d’Alsace et de Souabe et père de l’Empereur Frédéric 1er . C’est Frédéric le Borgne de qui fit élever le château de Haguenau et chercha, comme de coutume pour l'époque, une église où les moines prieraient pour le repos de son âme et veilleraient sur toute sa famille. Pour cela il fit le don à Walbourg de terres et revenus. A sa mort, en 1147, il sera inhumé chez les bénédictins de Walbourg, tout comme son épouse Judith. Mais comme un destin impérial attendait les futurs membres de sa lignée, ils seront inhumés dans des églises - cathédrales.

On peut donc dire qu'en 1174 le château existait, que ses occupants sont des ministériels qui effectuent un service armé à la Pfalz (château impérial) de Haguenau et gardent le Fleckenstein au nom de l’Empereur.

La place est si bien conçue qu'elle ne sera jamais prise et ce pendant au moins cinq siècles! Ce fait permettra aux Fleckenstein de se hisser au ni veau de la bonne noblesse rhénane et par une habile politique de mariage d'entrer en relations avec les grandes familles du secteur. Dès le XIIIe siècle, la famille possède de nombreux biens et peut se créer une seigneurie qui ira des Vosges jusqu'aux rives du Rhin. Toutefois, elle n'arrivera pas à l'égale des seigneurs de Lichtenberg qui prendront la haute main en Alsace du Nord.

Tant que la famille impériale des Hohenstaufen règne, les Fleckenstein tirent leurs épingles du jeu. Mais progressivement, vers le milieu du XIIIe siècle, l'étoile de leurs protecteurs décline et les Fleckenstein doivent lutter pour tenir leur rang.

En 1236, un Godefrid dictus Pullaere sert comme capitaine dans l'armée de Frédéric II qui guerroie en Italie du Nord. L'usage du prénom de Gottfiied est répandu chez les Fleckenstein, d'où la supposition que notre Pullaere n'est autre qu’un Fleckenstein qui s’est distingué dans les Pouilles où les Hohenstaufen possèdent de nombreux châteaux forts grâce auxquels ils contrôlent cette région de l’Italie. Ce serait aussi l’acte de naissance de la nouvelle lignée des Puller de Hohenburg qui serait donc issue de la famille des Fleckenstein.

Les trois branches de la famille :

Dès le début du XIIIe siècle, la famille possède des biens importants qu'elle agrandit régulièrement, soit par achat, prêt d'argent ou habile politique de mariage. Elle se scindera peu après 1250 en trois lignées. Wolfram 1er fonde la lignée des Fleckenstein-Dagstuhl qui très vite nouera des liens avec la haute noblesse; Frédéric II celle de Soultz qui s'éteint déjà en 1351 ; Rodolphe celle de Bickenbach qui se divisera en deux branches: Niederroedem et Soultz. La famille conservera en indivis la forteresse ancestrale où elle dépose ses archives. Progressivement elle développe une politique territoriale pour se créer une vaste seigneurie d'un seul tenant, allant du château au Rhin sur un axe longeant le cours de la Sauer. Après 1255, elle réussit à se faire reconnaître la possession de l'Uffried et ,en 1333, Louis de Bavière élève au rang de ville la cité de Beinheim.

Juste avant le crépuscule des Hohenstaufen, Henri de Fleckenstein est nommé écoutète de Haguenau. Il représente ainsi la justice impériale dans les territoires relevant de Haguenau et conservera cette charge de 1248 à 1259. Conradin de Hohenstaufen lui confiera même la surveillance de toutes les forteresses impériales d’Alsace du Nord. Il est vrai que l’autorité impériale était devenue inexistante en Allemagne ; les Hohenstaufen, , établis en Italie du Sud, ne pouvaient plus prétendre au contrôle des terres lointaines de Germanie. Cette disposition a très certainement poussé les Fleckenstein à faire occuper par une branche de leur famille le Hohenburg. Et celui qui aurait alors été investi du château impérial par Henri serait évidemment notre « Pulluaere » .

Les Fleckenstein sauront mettre à profit l’Interrègne ( période entre 1250 et 1272 où plus aucune autorité impériale ne s’exerce dans l’Empire ) pour quitter leur condition de minestiriels d’empire en se faisant reconnaître, par les hauts fonctionnaires encore en place , les fiefs qu'ils tenaient de l'empereur. Ainsi le landgrave leur accorde Beinheim et les nobles de Scharfeneck leur confirment Surbourg. Au XIII siècle, ils possèdent également des biens importants avec un château autour de Leimersheim, dans le sud du Palatinat. Par ailleurs ils ont des terres et des revenus autour de Landau et Wissembourg.

Rébellion contre l’Empire :

Quoique le château n'ait pas changé de statut - il était toujours fief d'empire -les Fleckenstein devaient le considérer comme leur propriété propre. Ils chercheront à étendre leur influence, notamment lors de l'élection du 4 mars 1272. Ce jour-là est élu le nouvel évêque de Spire, Frédéric de Bolanden. Parmi les chanoines qui ont droit au vote figurent deux membres des Fleckenstein : Pierre et Henri, chanoines du chapitre de Spire. Le fait que le chef de la famille des Fleckenstein, Wolfram II, ne cesse de réclamer au nouvel évêque des "dédommagements" laisse supposer que la famille a négocié ses voix et demande maintenant des compensations (financières ?). Mais le nouveau prélat ne répond guère à leur attente, d'autant plus que les chanoines s'étaient engagés, la veille de l'élection, à ne jamais faire dépendre leurs votes d'un quelconque avantage personnel. Les réclamations de Wolfram se multiplient et puis, de guerre lasse, il s'empare en 1276 de la personne même de l'évêque qu'il enferme dans son château du Fleckenstein !

Entretemps Rodolphe de Habsbourg est devenu, le 29 septembre 1273, roi des Romains. . Il met tout en œuvre pour rétablir l'autorité impériale et somme les Fleckenstein de libérer l'évêque. Il commence ouvertement des préparatifs de guerre et menace d'assiéger le château. On n'est sans doute pas arrivé à l'épreuve de force, tout laisse supposer que Gottfried libéra l'évêque avant que le roi ne vienne mettre ses menaces à exécution. Cela n'empêche pas Rodolphe de poursuivre la mise au pas. fi exigea des Fleckenstein et de leurs alliés des otages qui seront enrôlés dans l'armée royale pour guerroyer à l'est, contre l'autre prétendant à la couronne impériale, le roi Ottokar de Bohême. Il ordonna aussi une enquête afin de déterminer avec précision ce qui était propriété impériale sous les Hohenstaufen et qui avait été accaparé par les familles locales. Il en exigea la restitution. Le roi créa une nouvelle fonction, celle de grand bailli dont la tâche principale consistait à administrer les biens impériaux "villes, châteaux, bourgs et villages" relevant du bailliage impérial de Haguenau. Otton III d'Ochsenstein sera investi de cette charge en 1280, il saura faire respecter le droit et rappellera aux Fleckenstein qu'ils devaient prêter hommage à l'empire pour leur château.


Otton III s'installera dans la PfaIz de Haguenau où le roi Rodolphe vint à plusieursreprises. L'historien de Haguenau, l'abbé Burg, a calculé que le roi passa 41 jours en dix ans à Haguenau !En 1282, Wolfram de Fleckenstein doit rendre le château du Loewenstein et Otton III occupe le Wegelnburg d’où il chasse des pillards. En mai 1283, Henri de Fleckenstein doit rendre le château de Gutenburg. Ainsi, en l’espace de quelques années, le rêve des Fleckenstein de se constituer une seigneurie indépendante est réduit à néant.

Au XIVe siècle, les mêmes consolident toutefois leur territoire, se heurtant épisodiquement aux intérêts de la ville de Haguenau et à leurs rivaux, les seigneurs de Lichtenberg qui, finalement, leur raviront le premier rôle en Alsace du Nord.

Sauver son rang social :

L'histoire des Fleckenstein est également émaillée de querelles intestines Pour remédier à cela, la famille instaure une règle qui donne à l'aîné des diverses branches un rang prédominant, rang auquel seront attachés les revenus sur Soultz et le Hattgau (région de Hatten). Malgré quelques dérapages, cette clause sera, en règle générale, respectée et permettra à la famille de s'affirmer parmi les grandes lignées du secteur.

Quant au château, il est mentionné comme étant mal entretenu à la fin du XIVe siècle. Cette période est effectivement difficile, économiquement, pour la petite et moyenne noblesse. Les villes connaissent une expansion importante et l'économie agraire est en plein déclin. Le commerce, l'artisanat sont prospères. Très rapidement les Fleckenstein vont se recycler dans des fonctions administratives lucratives. Ils sont de fidèles partisans de la famille palatine et lorsque Robert 1er accède à la couronne, il saura récompenser ses fidèles partisans, parmi lesquels les Fleckenstein.

Nous trouvons des membres de la famille comme baillis à Barr, Seltz; comme sous-landvogt d'Alsace, évêques de Bâle et de Worms; Schultheiss à Haguenau, abbés à Seltz et Surbourg, commandeurs de l'ordre Teutonique àWissembourg, etc …

Si en 1385, nos seigneurs doivent encore emprunter de l'argent pour pouvoir restaurer leur château, ils engagent d'importantes modifications entre 1407 et 1441. Et puis en 1540, d’autres travaux d’envergure sont entrepris. Le château sera alors entièrement transformé pour l’adaptater aux progrès de l’artillerie. Par ailleurs, les Fleckenstein continuent de gérer en commun leur patrimoine et gardent un esprit de clan. En 1541, Louis 1er meurt. . Il était grand intendant à la cour palatine et résidait surtout à Heidelberg. Pour élire son successeur, la famille se réunira au Fleckenstein afin de désigner Frédéric, dit le Vieux. Au cours de cette réunion, la famille decida de resserrer la discipline de la garnison, d’augmenter le nombre des gardes, d’ajouter des chiens, de mieux exploiter le domaine forestier et de charger un maître d’œuvre d’effectuer les travaux d’entretien indispensables après une longue période pendant laquelle le château avait été négligé. La place fut transformée en une résidence plus agréable, de grandes fenêtres furent ouvertes dans les facades. Parrallèlement on s’inquiéta également de la vie spirituelle du burg, un nouveau chapelain fut engagé. En 1543, les Fleckenstein introduisent la Réforme.

Puis transformé en dépôt d’archives :

En attendant, le château devenait une immense salle d’archives où étaient conservés tous les documents concernant la famille. On fit fabriquer deux serrures et chacune des deux lignées encore vivantes reçut une clé. L’ ouverture de la salle ne pouvait que se faire avec les deux clés, donc en présence des deux lignées !

Puis vint la guerre de Trentes ans ( 1618 – 1648 ). Cet interminable conflit ravagea l’Europe et eut des répercussions dramatiques dans les seigneuries des Fleckenstein. A l’image d’autres familles, les Fleckenstein cherchèrent à faire fortune dans le métier des armes en levant des mercenaires. Georges de Fleckenstein- Dagstuhl recruta cinq compagnies de lansquenets et quatre escadrons de cavalerie qu'il engagea sur de nombreux terrains d'opérations. Les deux frères de la branche des Bickenbach choisirent d'ailleurs des camps différents. Georges-Henri lutta aux côtés de l'empereur Frédéric; Wolfgang se rangeant dans le camp du roi de France.

La guerre permanente eut de terribles séquelles. Encore longtemps après la signature de la paix de Munster des maraudeurs écumèrent le pays. Des soldats déserteurs firent la guerre pour leur propre profit en pillant fermes et hameaux, attaquant même des détachements réguliers. L'historien Fritz Eyer a décrit les agissements de la bande de Henri Kuehling, soldat déserteur, natif de Lembach, qui se mit à brigander dans la région.Il lui prit même l'audace de s'attaquer à une troupe de soldats français. En 1674, le marquis de Vaubrun ordonna des représailles. On savait que Kuehling s'était réfugié chez ses parents à Lembach. L'attaque porta donc sur le village, mais le brigand s'était éclipsé à temps. Ceci n'empêcha pas les Français d'incendier Lembach. Quant à notre coupeur de gorge, il trouva une mort peu glorieuse en 1697 à l'occasion d'un règlement de comptes entre bandes rivales du côté d'Annweiler dans le Palatinat.

Un pillage en règle :

Le 19 février 1674 un fort contingent de Français, sous la conduite du marquis de Vaubrun, est arrivé sous les murs du château de Fleckenstein en exigeant la reddition du château sous menace de pendre les quatorze paysans et l'administrateur qui y montaient la garde. Là-dessus les portes furent ouvertes et les Français pénétrèrent dans la place. Et l'auteur de mentionner que l'ennemi fit main basse sur de nombreuses victuailles et fit un gros butin.


Il apparaît toutefois que le château ne fut pas encore détruit, mais sans doute seulement pillé. En effet, les registres de la paroisse protestante de Lembach-Mattstall mentionnent encore que 18 baptêmes et 6 mariages eurent lieu en la chapelle castrale du Fleckenstein entre les années 1674 et 1679. Il s'agissait bien évidemment de sujets relevant de la seigneurie des Fleckenstein et qui s'étaient réfugiés dans le secteur à cause de l'insécurité permanente. En 1676, nous apprenons encore le nom du "Penrich" (lieutenant) qui commande la garnison du château' Caspar Heinrich von Ponickau.

Une destruction en règle :

Quelques années après le sac de Lembach, les troupes françaises reçurent l'ordre de détruire tous les sites qui pourraient servir de refuge aux maraudeurs ou devenir des points d'appui pour les ennemis du royaume. Les troupes de Monclar s'acharnèrent en 1680 à détruire à coups d'explosifs les burgs. Le Fleckenstein fut, à cette occasion, ruiné.

A la mort du dernier baron de Pleckenstein (Henri-Jacob 1636 - 1720), dont le fils unique s'était suicidé, la ruine passa à sa fille Julie-Sidonie qui avait épousé un noble d'Egersberg. A la suite des événements révolutionnaires, les biens des Fleckenstein furent vendus. La ruine et ses dépendances firent l'objet de nombreuses transactions et échurent en 1812 entre les mains du général de brigade Hatry qui, avec cet achat, réussit à se faire donenr le titre de « baron de Pierre-bourg », francisation du nom de Fleckenstein ! Les héritiers du général se désintéressèrent toutefois de la ruine qui disparut progressivement sous la végétation. Ce n’est qu’après 1870 que le sous-préfet allemand de Wissembourg, von Stichaner, lança des travaux de déblaiement pour rendre la ruine visitable. C’etait le début du tourisme romantique. Depuis les années 1960, le syndicat de d’intiative de Lembach gère la ruine et y fait entreprendre de nombreux travaux de réfection qui se poursuivent encore à l’heure actuelle.

La région Alsace et le département du Bas-Rhin sont désormais co-propriétaires , le syndicat de Lembach est le gestionnaire.

Légende du château :

La tradition affinne que le puits du château de Fleckenstein aurait plus de cent mètres de profondeur! Etant aujourd'hui presque comblé de décombres, il est impossible d'en savoir plus. Mais le puits a toujours impressionné l'imaginaire et cela donna naissance à une belle légende.

Le seigneur de Fleckenstein avait fait venir les meilleurs puisatiers du pays au château afin de lui fournir cette eau indispensable à toute citadelle. Et les puisatiers se mirent à l'œuvre. Leur ouvrage s'enfonçait de semaine en semaine et au bout d'un an ils étaient descendus si loin vers le centre de la terre qu'ils ne voulurent plus plonger dans cette obscurité. Et toujours pas d'eau! C'est alors que se présenta un étrange personnage, se disant puisatier et prêt à relever le défi. Marché conclu dira le seigneur. Tu as toute liberté pour forer, mais il me faut de l'eau. Et notre homme se mit à l'ouvrage. Au bout de quelques jours il déclara tout net qu'il avait enfin trouvé l'eau, une eau abondante et fraîche. Il invita le seigneur à descendre avec lui au fond du goulot obscur. Embarqués dans une nacelle suspendue à une corde, les deux commencèrent leur descente. Cela dura longtemps; tout était ténèbres et pourtant, au fond du puits, le seigneur de Fleckenstein eut l'impression de voir des flammes. Et a bien y regarder, dans ce grésillement il vit aussi que son compagnon commençait à se transformer. Déjà ses pieds ressemblaient aux sabots d'un bouc, des cornes apparaissaient sur son front et au fond du trou les flammes jaillissaient de plus belle. Il avait compris; le puisatier n'était autre que le diable qui l'entraînait vers les enfers. Il cria le nom de Dieu et aussitôt le diable sauta de la nacelle pour rejoindre les flammes de son royaume. Mais le cri du chevalier avait alerté ses aides qui, de suite, le hissèrent rapidement à la lumière. Le chapelain procéda alors à une séance d'exorcisme et fit couler de l'eau bénite dans le puits. A partir de là il y eut toujours une eau claire et fraîche au château.

 

 

 

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