Le Freudeneck : Histoire du château

.Dominant une large clairière qui s'est formée dans un élargissement du ruisseau de la Mossig, le Freudeneck est perché sur un bout de crête à 390 mètres d'altitude. Il commande ainsi le rétrécissement de la vallée placé plus en aval. Deux enceintes antiques, le «Heidenschloss» sur la rive gauche et le «Castelberg» sur la rive droite, surveillaient déjà ce passage à l'âge du fer. De ces deux fortifications subsistent des vestiges d'enceintes, ce qui illustre bien l'importance de la voie de passage.

Histoire de la ruine :

Cette terre appartient au XIIIe siècle à l'abbaye d'Andlau. L'évêque de Strasbourg, Henri de Stahleck (de Dicka) est devenu l'administrateur des biens impériaux en Alsace après 1245. Il devient ainsi avoué de l'abbaye d'Andlau. A l'image des petits châteaux qu'il fait construire dans le massif du Mont Sainte-Odile qu'il administre également, a-t-il fait ériger Freudeneck ? Cela se comprendrait par l'importance de la route que ce petit château est chargé de surveiller. Une voie médiévale part en effet d'Obersteigen et gagne la clairière de Freudeneck qui forme alors un carrefour de voies. D'ici, une route gagne le Bischofslreger et l'Elmerforst pour déboucher sur Balbronn et la «strata regia». L'autre route reste à flanc du «Castelberg» pour gagner Cosswiller et Wasselonne. De Par la construction du Freudeneck, l'évêque contrôle les passages à travers les forêts appartenant à l'abbaye. Le château serait ainsi une construction édifiée au milieu du XIIIe siècle, vers 1250.

Une autre thèse, prenant en compte l'analyse de la taille des pierres, place la construction du Freudeneck à la fin du XIIIe siècle. Elle serait l'œuvre des de Dicka en tant qu'avoués de l'abbaye d'Andlau.

Dans son inventaire sur la première apparition des châteaux forts, Francis Rapp mentionne en 1301 le château de Freudeneck. Un Wernlin de Froideneck apparaît dans les textes vers 1320. On peut simplement en déduire que le chevalier possède des biens à Westhoffen et qu'il est, probablement, le gardien du château de Freudeneck sur la sécurité duquel il veille au service d'une famille plus puissante.

Un arrière-fief partagé entre Wangen et Haffner :

Ce n'est qu'en 1356 que nous trouvons mention de l'existence du château. Les fils du chevalier Frédéric de Wangen rétrocèdent la moitié de leur fief sur Freudeneck aux seigneurs «von der Dicke» qui en inféodent les frères Guillaume et Jean Haffner de Wasselonne. En 1356, les Wangen et Haffner se partagent donc la jouissance du château au titre d'un arrière-fief. En 1362, nouvelle mention du château dans le livre des fiefs de l'abbaye d'Andlau. Nous y apprenons que les de Dicka sont toujours investis du fief sur le château.

Quelques années après, en 1373, les Wangen se séparent également de l'autre moitié de leur arrière-fief sur le château de Freudeneck qui passe, par l'approbation des de Dicka, en arrière-fief à Berthold Munch de Wildsberg.

La destruction du château par les Strasbourgeois :

Sous cette famille, le château connaîtra en 1408 un épisode malheureux. Hans von Wildsberg, le Barbu, aussi surnommé «Bechenhans» est en guerre avec la ville de Strasbourg. Depuis son château du Freudeneck il lance de nombreux raids contre les biens que la ville possède dans les environs, capturant plusieurs bourgeois pour leur voler leur avoir. Ces actes de brigandage compromettant la sécurité des routes, la ville décide d'actes de représailles. Le 12 septembre 1408, une véritable armée de siège (50 Lanzen), renforcée par 24 arquebusiers, 60 charpentiers, mineurs, maçons, bloque la place.

Hans von Wildsberg, ayant eu vent des préparatifs, s'est prudemment réfugié derrière les murs de la cité épiscopale de Saverne. Il laissait au château deux gardes, secondés par quatre paysans. Dans la demeure résidait de plus la veuve de Georg Haffner, l'ancien colocataire, ainsi que ses deux filles et quelques servantes. La place fut rapidement investie et prise. La dame Haffner et sa suite furent laissées en liberté. Plusieurs prisonniers, enfermés au château, furent délivrés. Les vainqueurs accordèrent même le libre départ aux défenseurs. Sur ce, les mineurs se mirent à creuser des sappes qui furent bourrées d'étoupes, puis on y mit le feu. Les bâtiments de la petite forteresse s'écroulèrent en grande partie.

Le danger éloigné, Hans von Wildsberg revint au château qu'il trouva en ruines. De rage il fit pendre les deux gens d'armes auxquels il avait confié la garde; les paysans, plus malins, s'étaient éclipsés. La famille de Wildsberg éleva de vives protestations et exigea des indemnisations de la ville de Strasbourg qui refusa tout net.

La probable reconstruction :

Sur une éventuelle reconstruction du château, les avis sont partagés. Le Freudeneck apparaît encore plusieurs fois dans des actes. C'est ainsi que la ville d'Obernai prépare en 1454 une campagne militaire contre les châteaux de Nideck, Wangenburg et Freudeneck. Un des anciens Stettmeister d'Obernai, devenu l'ennemi de la cité, avait en effet trouvé refuge dans ces châteaux. On ne sait si cette campagne se déroula effectivement, mais le fait que Freudeneck soit mentionné comme château ayant donné asile au fuyard laisse supposer que le burg a pu être reconstruit ou réparé après sa destruction en 1408.

En 1485, la moitié des droits relevant du château ( propriétés forestières ) sont tenus par Friedrich von Wildsberg ; en 1514, les bois sont à Cornélius de Hanau qui est tuteur des enfants de George Haffner de Wasselnheim. Les bois de Freudeneck sont, à l'époque, exploités à outrance, car ils alimentent les fonderies de Westhoffen grandes consommatrices de bois (preuve aussi que la vieille route était toujours utilisée). Peu après, les seigneurs de Hanau-Lichtenberg, propriétaires des fonderies, transfèrent cette activité plus vers le nord où le bois est d'un prix plus abordable.

Sur la carte de Daniel Specklin, établie en 1579 pour la haute vallée de la Mossig, le Freudeneck est représenté avec ses toitures. Peut-on en déduire que le château était encore habitable? Une observation attentive de la ruine montre d'ailleurs des traces de restauration et de réemploi de matériaux. Ce serait donc là un argument en faveur d'une reconstruction.

Nous arrivons maintenant à l'année 1539. Les seigneurs co-engagistes des terres de Freudeneck vendent leurs droits à Sigismond Bock von Erlenburg (qui était déjà propriétaire du château de Romanswiller). Un grave différend va opposer ce riche patricien à la ville de Strasbourg au sujet des délimitations des propriétés forestières. En 1605, des gens au service d'Eucharius Bock surprennent le garde forestier de la ville et l'assaillent, le laissant pour mort sur le terrain. Cet acte de violence entraînera une longue procédure. Sous la pression des événements, l'abbesse d' Andlau qui reste toujours propriétaire en
titre du domaine forestier dont elle ne concède que la jouissance, retire aux Bock tous leurs fiefs de Freudeneck et notamment les forêts qu'elle inféode à Jean Christian de Breiten-Landenberg. La famille recevra confirmation de son fief en 1614 par l'abbesse Marie Ursule Reich von Reichenstein.

Les Breiten-Landenberg resteront en jouissance de ce fief jusqu'en 1691. En cette année, l'abbesse Marie Cunégonde von Beroldingen rachète les droits relevant du fief pour la somme de 1 610 florins. L'abbaye d' Andlau restera dès lors le suzerain de la contrée jusqu'aux événements révolutionnaires.

Un dernier fait se rattache encore à la ruine. Ainsi, en 1870, un bûcheron affirma avoir découvert dans les fondations du donjon deux pièces de monnaie romaines. L'une était à l'effigie de l'empereur Maximim Hercule (285-305), elle fut déposée au musée de Saverne. Ceci laissa longtemps supposer que la tour du Freudeneck serait construite sur des fondations romaines.

 

 

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