Le Grand Geroldseck: Histoire du château

L 'histoire de la puissante famille des Geroldseck conserve encore bien des points d'ombre. Elle apparaît pour la première fois dans une charte de l'année 1120. Dans ce document, l'abbaye de Marmoutier échange un immeuble avec l'abbaye de Sindelsberg et parmi les témoins est cité Ottonem seniorem per advocatum, en l 'occurence Otton dit l'Ancien qui porte le titre d'avoué.

Six années plus tard ( en 1126 ), il est encore fait mention d'un Otton auquel on ajoute le nom de Gerolzeg. Notre personnage est cité en compagnie de ses trois fils: Diederico, Burchardo et Ottone! Tout laisse à penser qu'il s'agit, dans les deux documents, du même Otton. Si tel est le cas, on peut en déduire que le château de Geroldseck devait déjà exister en 1120 et qu'il servait de résidence à l'avoué de l'abbaye de Marmoutier qui ne pouvait être issu que d'une lignée de haute noblesse. La charge d'avoué était en effet l'apanage de hauts seigneurs. Pour les Geroldseck, il est probable qu'ils sont issus de Lorraine.

Le haut rang dont devait jouir cette famille se révèle par les multiples charges d'avoués qui lui seront confiés. Ainsi Otton II de Geroltseck, tout en étant avoué de Marmoutier, l'est aussi des abbayes de Saint-Etienne de Strasbourg (1157), de Neuwiller (1158) et de Haslach (1162) où il s'écrit "Ottonis de Geroldesecken". En 1163, Conrad, abbé de Marmoutier, signe avec son grand avoué "Otto de Geroltzeckhe", une charte dans laquelle il exige que la famille désigne comme seul détenteur de la charge d'avoué l'âiné de la lignée. C'est que les Geroltseck avaient pris la mauvaise habitude de donner le titre d'avoué à plusieurs membres à la fois, ceci leur donnait d'appréciables avantages, notamment celui de faire entretenir leurs équipages par l'abbaye. Il est peu probable que nos puissants seigneurs aient tenu compte de cet avertissement.

Ils continuèrent à jouir en cette fin du XIIe siècle de l'estime de l'empereur Frédéric Barberousse qui les appelle plusieurs fois à contresigner comme témoins des chartes (1182-1187). Nous voyons même Otton III exiger que l'évêque de Strasbourg, Conrad de Huneburg, lui donne en fief la moitié du village de Saverne. La querelle s'achève en 1193 par la signature d'un traité.

La famille possédait le droit de sépulture en l'abbaye de Marmoutier, plus précisément dans la chapelle dédiée à la Vierge et sainte Catherine; d'autres membres seront inhumés dans la chapelle Saint-Maurice de Salenthal.Au début du XIIIe siècle, la possession du château est partagée entre plusieurs membres de la famille. C'est ainsi que Bourcard II de "Gerolteseche", avoué de Marmoutier, approuve le partage du château et des fiefs qui en relèvent entre Otton III et Evrard de Geroldseck.

Henri de Geroltseck, fils de Bourcard, chanoine et chantre du grand chapitre, sera finalement appelé à devenir évêque de Strasbourg en 1263, prenant ainsi la succession de Guillaume de Hohengeroldseck ( en Forêt Noire ) qui avait déclenché la guerre contre la ville de Strasbourg. Le prélat avait même jeté l'interdit sur la cité. Henri se montrera nettement plus conciliant et cherchera à renouer les relations avec la ville.
En 1269, Bourcard IV et Simon de Geroldseck règlent le droit de résidence de plusieurs nobles dans leur château de Geroldseck qu'ils possèdent en indivis. Le droit de garde ou de châtellenie est accordé à titre d'arrière-fief aux écuyers Guillaume et Albert de Schynach ainsi qu'à Anselm et Otton d'Ichtratzheim. Cette cession est faite en reconnaissance des services rendus par ces nobles qui s'engagent à défendre le château et ses dépendances avec toutes leurs forces. Il est par ailleurs précisé qu'en permanence au moins deux des cosignataires seront de service au château.

Quelques années plus tard le problème de la nomination de l'avoué rebondit. Cette fois c'est l'évêque de Strasbourg, Conrad de Lichtenberg, qui ordonne en 1294 que les Geroldseck désignent nommément le membre de leur famille détenteur de cette charge. Apparemment les abus se multiplient au détriment de l'abbaye qui se trouve souvent spoliée. Cette fin du XIIIe siècle est également marquée par le lent déclin de la lignée des Geroldseck qui se trouve au service du camp de l'évêque de Strasbourg. Elle subira les conséquences du revers que le prélat connaît face aux troupes du duc de Lorraine. Bourcard IV devra s'engager à servir le duc pendant dix ans et de lever à ses frais un contingent de 80 hommes. Ceci constituait d'importantes dépenses.

En 1349, apparaît pour la première fois dans un document le "Nouveau Geroldseck" par opposition au "Vieux Geroldseck". Quatre frères de Geroldseck cèdent à Guillaume et Jean Haffuer de Wasselnheim le fief castral sur le vieux château et la jouissance de l'exploitation de terres dépendant du fief castral du nouveau château.

A la mort de Jean de Geroldseck, l'évêque de Metz réintègre en 1360 un quart des deux châteaux de Gross et Klein-Geroldseck, ce qui constitue la première apparition des deux châteaux sous leur terme de Grand et Petit-Geroldseck. Le fief, avec un quart de l'avouerie sur les abbayes de Marmoutier et de Sindelsberg, sera remis à Ulrich de Fénétrange. Les autres membres de la famille protestèrent contre cette main-mise de l'évêque. Volmar de Geroldseck reprit en 1381 les négociations avec l'évêque Dietrich Bayer de Boppart afin que les possessions et fiefs épiscopaux tenus par sa famille puissent être passés à ses sœurs et ne soient donc plus considérés comme des fiefs héréditaires masculins. Un arrangement s'ébauche. La moitié des fiefs serait réintégrée aux domaines épiscopaux, l'autre moitié passerait aux sœurs et à la mère en cas de décès de Volmar.

En 1387, Volmar est toujours vivant et l'évêque reconduit l'investiture des fiefs en faveur du dernier mâle des Geroldseck. Cet acte doit obligatoirement reconduire la possesion, non seulement des deux Geroldseck , mais aussi du château de Stinzel dans la vallée de la Sarre qui portera plus tard le nom de Geroldseck-sur-Sarre. La mort de Volmar étant survenue en 1390, l'évêque applique les accords conclus précédemment. La moitié des fiefs et parmi ceux-ci la moitié du château est investie à la mère du défunt, Walpurge, et à ses sœurs, Cunégonde d'Ochsenstein, Adelaïde et Catherine.

Cette époque marque également l'ambition de l'electeur palatin de s'assurer des domaines de plus en plus étendus en Alsace. En 1394, il s'entend avec Walpurge de Lutzelstein, la veuve de Frédéric de Geroldsecket mère de Volmar, ainsi qu'avec Rodolphe II d'Ochsenstein qui a épousé Cunégonde de Geroldseck, pour que ceux-ci lui donnent le droit d'ouverture dans leurs châteaux. Et dans l'énumération de ces châteaux figurent les deux Geroldseck, le château de Stinzel et même celui de Barr. Il est expressément stipulé dans ce contrat que si l'électeur veut se servir de ces châteaux il devra en assumer les frais de garde, qu'il ne les utilisera pas contre l'évêque de Metz qui en est le suzerain. Enfin il prendra Walpurge et tous les siens sous sa protection.

Quelques mois plus tard, le prince-électeur fera rédiger une paix castrale pour la seigneurie de Geroldseck et plus particulièrement pour les châteaux de Petit et Grand Geroldseck, le château et la cité de Marmoutier. La paix est contre-signée par Walpurge, son gendre, l'évêque de Strasbourg, le comte Henri de Lutzelstein, les seigneurs de Hohenstein, Wildsperg et Lutzelburg.

Les chevaliers- brigands au Geroldseck :

A la mort de Walpurge, la situation administrative des châteaux se complique. Entretemps Adelaide de Geroldseck avait épousé Erhardt de Wangen qui recevait par là 1/4 du château ( en 1406). Les Wangen faisaient d'ailleurs la demande auprès de l'empereur afin d'être autorisés à conduire dans leurs armoiries les armes des Geroldseck, ce qui leur fut accordé. En 1419, les Wangen s'engagent d'ailleurs auprès de leurs cousins les Ochsenstein à ne pas vendre, ni engager, leur part au château de Geroldseck.

Il était inévitable que parmi tous ces co-seigneurs sur Geroldseck n'apparaisse pas un de ces chevaliers-brigands qui pulullent au XVe siècle. Capitaine et soudoyers sur Geroldseck ont fini par constituer une bande de pillards qui en 1471 commencèrent sérieusement à inquiéter les grands du pays. En 1471, le bailli impérial d'Alsace, le comte palatin Frédéric, saisi de plusieurs plaintes, rassemble une armée punitive à laquelle viendront se joindre des contingents de l'évêque Robert de Strasbourg et du duc Nicolas de Lorraine. Forte de près de 400 hommes, l'armée bloque les deux châteaux et met en place des machines sur le col entre les deux Geroldseck. Sébastien d'Andlau, qui commandait sur Grand-Geroldseck, accepta alors les conditions de reddition et ouvrit les portes de la place. La garnison du Petit-Geroldseck suivit l'exemple. Les deux châteaux furent alors démolis.

Quant à l'armée punitive, elle mit le siège devant la cité de Marmoutier où les brigands avaient trouvé régulièrement du soutien. Là, la résistance fut rude, quatre assauts furent repoussés avec des pertes en hommes pour le palatin. Finalement les assaillants réussirent à prendre pied sur les murailles et les défenseurs de Marmoutier se rendirent. Les fortifications de la cité furent démantelées et la ville déclarée ouverte. Les nombreux co-engagistes allaient toutefois reconstruire les enceintes, réinstaller le marché, mais les châteaux restèrent à l'état de ruines. Ils ne seront plus reconstruits, mais continuent d'apparaître dans les cessions de la marche.

Le Grand-Geroldseck fut rachetée par l'évêque de Strasbourg, Hermann Egon de Furstenberg entre 1667 et 1671. Le XVIIIe siècle marque un profond renouveau de l'abbaye dont les finances vont lui permettre de reconstituer ses domaines. En 1704, l'abbé rachète la plupart des terres et celles possédées par l'évêché sur le territoire de l'ancienne marche. Les deux ruines reviennent alors à l'abbaye et ce jusqu'aux événements révolutionnaires.


Aujourd 'hui les mines situées sur le territoire de la commune de Haegen, classées comme monuments historiques, sont propriété de l'Etat. Des fouilles ont été menées à plusieurs reprises ces dernières années sur les sites, mais la consolidation des ruines reste à faire.

 

 

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