Le Greifenstein ou Grifon : Histoire du château

Le château du Greifenstein domine de haut la rive gauche de la Zorn et offre une vue admirable sur la région de
Saverne et les proches burgs du Haut-Barr et Geroldseck. On peut même parler de deux châteaux puisque le site fut divisé au fil de son histoire en deux forteresses distinctes.

On constate de suite que les chevaliers de Greifenstein doivent être en étroite parenté avec les Ochsenstein et Geroldseck car à de nombreuses reprises nous trouvons leur signature aux côtés de ces deux lignées avec lesquelles ils possèdent des biens en commun. Il n'est donc étonnant de les trouver installés sur un site qui surveille le même passage que les forteresses voisines.

Dans les chartes apparaît dès le milieu du XIIe siècle un Merboto de Greifenstein qui signe comme témoin une charte de l'évêque de Strasbourg ( vers 1156 ) en compagnie, déjà, d'Otton d'Ochsenstein. L'apparition du nom de la famille laisse présager l'existence du château que les Greifenstein tiennent, par la suite, comme un bien allodial, c'est-àdire comme étant leur propriétépleine et entière. Ce château primitif, qui devait être essentiellement construit en bois et dont nous ne pouvons que supposer l'existence, fera place vers la fin du XIIe siècle à un château. construit, cette fois, en dur comme on peut le déduire de l'architecture de l'imposant donjon placé face à la montagne.

Merboto mourut-il sans successeur ? On serait tenté de le croire. Quand en 1217 Otton Ier d'Ochsenstein, craignant pour sa vie, procède au partage de ses possessions, il décide de donner à son plus jeune fils, Conrad, le château de Greifenstein. On ne sait pas comment ce château est parvenu aux mains de cette famille. Dans le document il est d'ailleurs stipulé que les nobles de Greifenstein recevront des mains de Conrad les fiefs castraux. Il existe donc toujours une lignée de Greifenstein qui est devenue vassale des Ochsenstein. Ce partage ne sera pas appliqué, Otton recouvrant la santé. Un chevalier de Greifenstein est cité en 1240 avec Eberhard de Greifenstein.

A l'image des Ochsenstein, nous trouvons les Greifenstein au service de l'évêque tout au long du XIVe siècle. Le prélat est d'ailleurs devenu le suzerain du château dont il assurera la protection et qu'il redonne en fief épiscopal aux nobles de Greifenstein ( en 1316). Cet usage est souvent appliqué pour des familles qui connaissent certaines difficultés financières et cherchent à trouver la protection pour leurs biens d'un seigneur plus puissant. Il est alors question de "vieux" château, ce qui laisse supposer que le site est, à l'époque, partagé en deux et que le nouveau château, celui du bout de crête, doit être né au début du XIVe siècle. C'est ce nouveau château que les frères Eberlin et Petermann de Greifenstein engagent en 1397 pour moitié à Berthold Munch de Wildsperg, à Bride, la veuve d'Egenolphe de Lutzelburg et ses enfants. A partir de cette date on assiste à une multiplication des seigneurs engagistes pour les deux châteaux, ce qui dénote les difficuItés financières des Greifenstein. En 1425, nous trouvons parmi eux Dietrich de Fénétrange ; en 1441 les Saarwerden ; en 1444 Wirich Pullerde Hohenburg qui possède des parts sur le Vieux et le Nouveau Greifenstein. C'est peu après que meurt Eberlin de Greifenstein comme dernier membre de la lignée (1457). L'évêque Robert reprend alors les derniers fiefs que possédait encore la famille. Il les inféode aux frères Guillaume et Robert de Dahn. Peu après le prélat les reprend et les propose à son frère, le comte palatin Louis le-Noir en échange du château de Scharfenberg près d' Annweiler dans le Palatinat. C'est ainsi que le Greifenstein est intégré aux fiefs du comte palatin.

En 1468, la guerre éclate entre l'électeur palatin Frédéric-le-Victorieux et le comte Louis-le-Noir. L'enjeu du conflit est le titre de landvogt impérial avec les revenus qui en découlent. En pleine nuit, les troupes de l' électeur commandées par son allié Louis de Lichtenberg se lancent à l'assaut du château (1470). La garnison, surprise, est maîtrisée. Louis-le-Noir, craignant que le château ne soit rasé, demande à son frère, l'évêque Robert, de le sortir de cette situation embarassante. La ville de Strasbourg va jouer les intermédiaires et obtient de l'électeur qu'il évacue le château (1471). Le Petit-Greifenstein sera, lui, gardé par des mercenaires de la ville de Strasbourg.

L'évêque réintègre finalement son bien. Mais Richard Puller de Hohenburg, ennemi juré de Louis-le-Noir et de son frère, gène. En 1474, alors qu'à plusieurs reprises l'évêque de Strasbourg l'a poursuivi pour sodomie, un crime qui était puni de la peine de mort, Richard Puller vient s'installer au Greifenstein. Hans Münch, Unterschultheiss de l'évêque à Saverne, va réussir à capturer Richard dans son château. Il est
aussitôt placé en détention au Haut-Barr, menacé d'être mis à la torture juqu' à l'aveu de ses crimes. Finalement on trouve un terrain d'entente. Richard signe les aveux et pourra se réfugier dans une abbaye pour y terminer ses jours. Après avoir versé à l'évêque la somme de mille florins, Richard est libéré afin
qu'il puisse entrer au couvent.

Mais notre homme se met immédiatement en route pour obtenir justice, il cherche du secours auprès des Suisses, notamment de la ville de Zurich qui semble s'intéresser à son cas. La ville de Strasbourg jettera tout son poids dans l'affaire qui risque de lui faire perdre une partie de la fortune des riches patriciens de la ville, les Bock dont une fille est l'épouse de Richard. L'argent strasbourgeois fera taire les scrupules des Suisses et Richard sera brûlé comme sorcier sur un bûcher dressé en place publique à Zurich en 1482.

L'évêché rachètera par la suite les divers droits sur les deux châteaux et en 1516 est à nouveau seul maître sur les Greifenstein qui ne semblent plus guère être entretenus. Au XVIIe siècle ils sont mentionnés comme étant en ruines (1643). Peu après les pierres de revêtement du grand donjon roman sont arrachées (1670), elles serviront à la reconstruction du château épiscopal de Saverne. C'est alors que commença à circuler une nouvelle histoire de trésor. La rumeur affirma que des ouvriers italiens employés aux travaux de démolition auraient trouvé un trésor grâce auquel ils purent retourner dans leur pays d'origine, fortune faite! La tradition veut aussi que Turenne ait envisagé en 1674 de remettre le château en état, mais qu'il y renonça finalement, employant ensuite les ouvriers pour le raser. Grandidier affirme en tout cas que ce furent les Français qui détruisirent à la mine les derniers bâtiments.

La ruine fut classée en 1878 comme Monument historique.

 

 

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