Le Haut-Barr: Histoire du château

Très tôt le site a suscité l'intérêt des stratèges. C'est dans une donation faite en faveur de l'église Notre-Dame de Strasbourg par le prévôt du grand chapitre, Conrad, qu'apparaît parmi les ministériels qui contre-signent le document à titre de témoins, un personnage dit Merboto de Borre. Le document a été établi entre 1109 et 1113 sous l'épiscopat de Cunon de Strasbourg.

De ce document on peut déduire que le château de Borre (non primitif du Haut - Barr) existe avant 1113 et qu'il relève de la suzeraineté de l'évêque Cunon qui en a confié la garde à un de ses ministériels nommé Merboto qui ajoutera à son nom celui du château dont il a la garde. Le burg doit donc être classé parmi les points d'appui des empereurs Saliens, en l'occurence de Henri V dont Cunon est un fidèle partisan.

De suite ce château, placé sur les deux rochers orientaux de la barre, revêt une importance particulière. En fermant la vallée de la Zorn, il interdit au plus redoutable des ennemis des Saliens, à Hugues d' Eguisheim - Dabo, d'utiliser ce passage naturel. Au début du XII siècle nous sommes en pleine querelle des Investitures et Hugues est le chef du parti de Rome, l'ennemi acharné de Henri V. La présence de ce château rend difficile toute attaque surprise à partir de la Lorraine où les Eguisheim-Dabo possèdent de vastes domaines. Par ailleurs, le point fort des domaines des Eguisheim-Dabo se situe plutôt en Haute-Alsace, même si la lignée porte le titre de comte du Nordgau, donc de la Basse Alsace où ils sont les avoués ( en 1157 ) de l'abbaye de Neuwiller.

Ils entreprendront d'ailleurs ( vers 1158 ) la construction d'un vaste château comtal, le Warthenberg au-dessus d' Ernolsheim-Saverne pour couvrir l'abbaye. La présence du Haut-Barr rend leurs liaisons nord-sud également plus difficiles et ils ne pourront plus lancer de raids à partir de leurs possessions lorraines. Indéniablement cette place forte les gêne.

L'agrandissement du château :

En 1168, l'empereur Frédéric Barberousse est en tournée d' inspection en Alsace. Il conseille alors à l'évêque Robert de Strasbourg, d'acquérir le troisième rocher qui compose la barre de grès, c'est -à-dire le rocher situé le plus à l'ouest et désigné sous le nom de "Markfelsen". Le roc appartient à l'époque à l'abbaye de Marmoutier, il faudra donc commencer par acheter le terrain de construction. La transaction se fera par l'intermédiaire d'Anselm de Geroldseck, avoué de l'abbaye de Marmoutier, avec l'autorisation du comte Hugues, avoué de l'église de Metz, au nom de l'évêque Thierry de Metz et ce entre 1168 et 1171. A la suite de quoi les travaux sont lancés. Le document qui nous parle de ces accords mentionne le château "de la Bien-heureuse Marie", dit château de "Borra". En échange du rocher, l'évêque de Strasbourg donnait à l'abbaye un cens sur le village de Gingsheim.

Quant au burg, il s'agissait d'une forteresse importante pour l'époque avec un puissant donjon placé sur la partie est, un palas sur le rocher médian, un mur bouclier sur le Markfelsen relié par une passerelle au rocher couronné par le palas. Au pied de labarre de grès fut édifiée une puissante enceinte, une rampe d'accès, la chapelle castrale et divers bâtiments. Le château couvrait ainsi davantage les possessions des Hohenstaufen en Alsace, mais en même temps renforçait le rôle temporel de l'évêque de Strasbourg.

Jusque vers 1220-1225, les évêques restèrent, avec de brèves interruptions, les fidèles alliés du camp impérial. Après les Saliens ils se retrouvèrent dans le camp des Hohenstaufen. Sous Frédéric II, la situation allait évoluer, l'évêque se révèle progressivement comme l'homme fort dans une région qui ne voit guère l'empereur qui passe le plus clair de son temps en Italie. Le prélat cherchera à profiter de cet éloignement pour s'émanciper d'une tutelle qui devait lui paraître pesante. Il va se constituer sa propre force castrale, son système de châteaux-forts, qui va faire de lui le plus puissant personnage de la région. Cette ascension sera brutalement freinée par la défaite de la chevalerie épiscopale à la bataille de Hausbergen en 1262. Les Strasbourgeois mettaient fin à l'hégémonie épiscopale, forçant le prélat à quitter la ville pour se chercher un nouveau siège. Jusqu'à la fin du XIVe siècle, les évêques utilisèrent maintes fois Dachstein comme capitale épiscopale. Guillaume de Diest, lui, préféra s'installer à Saverne. Le Haut-Barr devenait la citadelle épiscopale.

A la fin du XIIIe siècle, les évêques introduisirent le fief castral, le "Burglehen". Ainsi s'installent dans la plupart des châteaux épiscopaux des "garnissaires", des nobles qui seront payés pour monter la garde et administrer les places fortes. Le système a un avantage énorme pour le prélat. En multipliant ces fiefs castraux, il multiplie le nombre des garnissaires. Aucun ne pourra prétendre à une suprématie, ni se considérer comme le seigneur des lieu... Les autres garnissaires auraient immédiatement prévenu leur suzerain ! Par ailleurs, chaque noble montait la garde pour une période donnée et était relevé par le suivant porté sur la liste. En 1318, on compte ainsi onze garnissaires au château du Haut-Barr, dont l'un est tout simplement le Schultheiss (écoutète) de Saverne, Frédéric de Wildsberg.

Le pélerinage :

Le Haut-Barr sort quelque peu de l'ordinaire dans son rôle de fortersse. En effet, toujours vers la fin du XIIIe siècle, Conrad de Lichtenberg fait restaurer la chapelle castrale. Le 5 janvier 1295, Conrad Probus, évêque de Toul, consacre dans la chapelle Saint-Nicolas un autel dédié à la Sainte-Trinité. A tout pèlerin venant y faire ses prières, il est accordé une indulgence de quarante jours. Ceci va attirer un flux de pèlerins vers ce lieu de prière situé à l'intérieur d'une forteresse, ce qui pour la sécurité de la place devait quand même poser quelques problèmes, même si la chapelle était une construction séparée des autres bâtiments. L'évêque Berthold de Bucheck devait renouveler cette indulgence en 1343 pour les pèlerins qui viendraient faire leurs prières le jour de la dédicace de la chapelle. En 1356, un violent tremblement de terre secoue l'Alsace. Le château de Borre à très probablement été affecté par le séisme car de nouveaux travaux de restauration à la chapelle sont mentionnés. Tout indique une profonde restructuration dans la seconde moitié du XIVe siècle. Le 4 août 1357, l'autel latéral gauche de la chapelle Saint-Nicolas est consacré par l'évêque Jean de Lichtenberg à la Vierge ainsi qu'à Saint Jean-Baptiste. Le jour anniversaire de la chapelle est désormais ( en 1360 ) fixé à la fête de la Trinité comme en témoigne une inscription apposée aujourd 'hui sur la tour du puits. Quarante années plus tard, en 1397, c'est l'autel latéral droit qui est consacré le jour de la sainte Trinité à Saint Georges et à Saint Jean.

L' œil et la clé de l'Alsace :

A la fin du XIVe siècle, la situation des garnissaires a évolué. L'évêché se trouvait de plus en plus confronté à des problèmes financiers. Par ailleurs, les fiefs castraux n'étaient plus d'un rapport très intéressant pour les chevaliers. Progressivement les garnissaires diminuent et sont qualifiés de "Knecht", des valets ou soudoyers. Des contrats sont établis entre les services épiscopaux et ces hommes qui montent la garde pour la durée d'un contrat. Un bailli sera nommé comme responsable de la place, à lui d'embaucher et de faire face aux obligations de sa charge. Ce bailli n'est pas forcément un noble, il peut aussi s'agir d'un patricien ou bourgeois ayant quelque fortune. Enfin la situation financière fut si désastreuse que Frédéric de Blankenheim (1375-1393) emprunta une forte somme à cinq créanciers (auxquels il donna le château en gage) et qui ont noms: Egenolf de Lutzelburg, chevalier; Rodolphe de Hohenstein, vidame; Gœtzrnann Munch de Bâle, bailli de Rouffach ; Louis de Wickersheim, bailli de Molsheim et Pierre Hase, grand prévôt et archiprêtre de Saverne. Guillaume de Diest, nouvel évêque (1394-1439), signa à son tour cette reconnaissance de dette envers les cinq créanciers qui s'engageaient d'ailleurs à entretenir les bâtiments et à n'y laisser entrer personne qui pourrait être désagréable à l'évêque. Mais dès 1398, le prélat avait réussi à racheter l' engagère et pouvait donc procéder à la nomination d'un nouveau bailli. Cela n'empêcha pas Guillaume de Diest de s'enfoncer encore davantage dans les dettes. En 1406, l'évêque est placé sous "contrôle financier" d'une commission qui va tenter de gérer le temporel de l'évêché, ne laissant au prélat que le droit d' administrer la ville de Saverne et les trois châteaux qui en assuraient la couverture militaire: Haut-Barr, Greiffenstein et Lutzelburg.

L'évêque, qui ne portait encore que le titre d'élu épiscopal, puisqu'il n'avait pas encore réçu la consécration de Rome, se montra fort courroucé de cette situation. Il entra en tractations avec le duc de Lorraine pour lui céder une partie de Saverne ( en 1413 ) et sans doute également les châteaux dont il avait encore la maîtrise. La ville de Strasbourg, poussée par une partie du haut clergé, arrêta l'évêque afin, dira-t-elle plus tard, de prévenir une main-mise lorraine sur les châteaux forts qui commandaient la vallée de la Zorn et donc la porte du pays. Le sous-landvogt d'Alsace, le comte Bernard d'Eberstein et le chevalier Ulrich de Hohenburg furent commis à la garde du "castrurn de Borre". Ce coup de force fut condamné par le concile de Constance et c'est en tentant de défendre les arguments de Strasbourg que les avocats italiens au service de la ville parlèrent de Saverne et du Haut-Barr qui représentaient "l'œil et la clé de l'Alsace". Strasbourg sera finalement condamné, le prélat relâché et enfin consacré comme évêque en 1419. Le Haut - Barr revenait à Guillaume de Diest qui présida aux destinées de l'évêché jusqu'à sa mort survenue en 1439. Ce sont à nouveau des baillis qui vont veiller sur la sécurité et l'administration du château tout au long du XVe siècle.

La Guerre des Paysans :

Depuis 1524, la garde du château était confiée à Adolphe Buler. C'est lui qui devra faire face aux exigences des Rustauds révoltés. En mai 1525, les paysans occupaient Saverne et semblaient maîtriser la situation. L'évêque avait gagné Mayence où les grands princes cherchaient une solution à cette flambée de colère. Sur ce Erasme Gerber, le chef des révoltés de Saverne, dépêcha des messagers au Haut-Barr pour exiger l'ouverture de la forteresse à ses troupes. Le bailli fit renforcer la garde, refusa de se plier aux exigences des Rustauds mais ouvrit les portes de la citadelle au comte de Salm, commandant de l'avant-garde des troupes du duc de Lorraine qui accourrait avec une puissante armée pour mettre fin à la révolte. Le soulèvement sera rapidement brisé et de nombreux paysans se retrouvèrent prisonniers au château du Haut-Barr. Parmi ces hommes se trouvait Mathias Hutmacher, Wolff Gerstenweil et Marx Gelber. Tous furent condamnés à mort. Ils reçurent lecture de la sentence le 6 février 1526 et furent décapités le lendemain dans la cour du château.

L'évêque devait faire de brèves apparitions au château et logeait alors au premier étage du palas roman qui occupe le rocher médian. L'ameublement de sa grande salle, "die grosse Stube", est assez fruste. Un inventaire de 1528 note deux tables sur tréteaux, une table dans l' ébrasement d'une fenêtre, trois bancs et deux dressoirs. Seul objet de "luxe", une horloge! La chambre à coucher de l'évêque comprenait un grand lit haut auquel on "montait" grâce à un escabeau, un petit lit et une table avec deux tiroirs! Dans le même bâtiment devait exister une chapelle privée, les cuisines et d'autres pièces pour les gens directement au service du prélat. L'armement cité est avant tout composé d'arquebuses, de canons.

Vers le milieu du XVIe siècle fut érigée une nouvelle tour ronde qui renforçait la couverture de la rampe d'accès.

La grande restauration :


Sous l'évêque Jean de Manderscheid ( 1580-1592 ) d'importants travaux de restauration furent entrepris, d'abord pour renforcer les défenses de la place, puis pour y édifier une résidence digne d'un prince de l'Eglise. Nous sommes à l'émue au cœur des guerres de religion et l'évêque avait lancé la Contre-Réforme. Il souhaitait pouvoir s'appuyer sur une forteresse qui pourrait, le cas échéant, lui servir de lieu de repli. On lui doit les nouvelles enceintes Est et Ouest. A l'Est, c'est surtout le magistral portail d'entrée qui impressionne. Exécuté dans l'art de la Renaissance, la porte est flanquée de deux pilastres toscans, elle est dominée par une attique qui est décorée de l'inscription commémorant la fin des travaux de restauration au château. Les armoiries de l'évêque, malheureusement martellées lors des événements révolutionnaires, sont placées au centre et séparent les deux cartouches où l'on lit:

JOHANNES DEI GRATIA EPS ARGENTINENSIS ALSA TIAE LADTGRAVIVS EX F AMILIA COMITVM DE MANDERSCHEIDT BLANKENHEIM HAC DIV NEGLECTA RVI NOSA ARCE AD SVBDI TORVM TVTELA NVLLI INNIMICA RESTA VRA VIT MVNIVIT FIRMA VIT: ANNO DMI. M.D. LXXXIII.

Ce qui signifie: "Jean, par la grâce de Dieu, évêque de Strasbourg, landgrave d'Alsace, de la lignée des comtes de Manderscheidt-Blankenheim, a restauré, armé et fortifié ce château, depuis longtemps négligé et délabré, pour la protection de ses sujets et sans esprit d'hostilité envers personne. En l'an du Seigneur 1583".

Sur le front Ouest fut édifié le bastion qui au niveau inférieur qui abritait les défenses et aux étages accueillait les appartements de l'évêque. Les effectifs des soldats étaient maigres. Dans un rapport de 1582 on trouve mention du bailli et de quatre gardes qui se relaient au service par roulement de deux. Pendant que deux dorment sur le poste du "Schnabel" donc sur l'extrême Nord du château, les deux autres effectuent leurs rondes et coucheront ensuite au-dessus de la porterie. Un itinéraire précis est imposé aux rondes et les gardes doivent vérifier la fermeture des portes. L'intendant qui procède au contrôle de cette garde constate d'ailleurs que le château est mal gardé et que le système mis en place ne permet pas d'éviter de mauvaises surprises.

Le fait que le château soit devenu également résidence rehausse le rang du bailli qui est à nouveau recruté dans le milieu de la chevalerie. Nous trouvons en 1583 Wolf Dietrich Nagel von dem alten Schönstein ! Il touche, pour son service, une somme importante, 150 florins par an avec de nombreux avantages en nature sous la forme de céréales: froment, seigle, orge, avoine, sans oublier quatre foudres de vins et des étoffes pour pouvoir se faire tailler deux habits. Il fallut également renouveler l'armement avec de nouveaux canons, payer la garnison. Tout cela entraînait des dépenses importantes et les bailliages épiscopaux furent lourdement taxés, ce qui déclencha de vigoureuses protestations.

Le pays connaissait des troubles de plus en plus inquiètants. Vers la fin de l'année 1584, les chanoines catholiques quittèrent Strasbourg et vinrent se réfugier provisoirement avec leurs biens et surtout leur trésor au Haut-Barr. Ce trésor finira par hanter tous les esprits et donner naissance à une histoire fantastique sur l'existence d'une crypte souterraine sous la chapelle castraie où se trouverait toujours le trésor. En vérité, le cardinal Charles de Lorraine a fait emporter une bonne partie de ce trésor du chapitre de Strasbourg à Nancy même. Quand en 1587 le pays est traversé par les contingents de soldats destinés à renforcer les armées protestantes, l'évêque prend lui-même ses quartiers au Haut-Barr. C'est encore lui qui institua la confrérie de la Corne qui semble plutôt refléter la coutume qui voulait qu'un hôte puisse boire dans une corne "de bienvenue", plutôt qu'une corne d'une contenance "de deux pintes" que les buveurs devaient avaler d'un trait pour être digne d'entrer dans l'assemblée. En tout cas cette corne a bien existée puisqu'elle est mentionnée dans les inventaires du château et les hôtes qui l'utilisèrent furent inscrits dans un livre d'or.

En 1592, l'évêque Jean de Manderscheidt décède. Sa succession ouvre la trop fameuse guerre des Evêques. Chaque clan, catholique et protestant, nomme un évêque.

Le parti catholique a élu Charles de Lorraine qui nommera un nouveau bailli au château, Bezançon de Belfort. Le prélat fera du Haut-Barr la citadelle sur laquelle il va s'appuyer pour lancer ses attaques contre les domaines et alliés de son rival. L'armement est renforcé. Aux 36 fauconneaux qui s'y trouvent déjà, Charles de Lorraine fait ajouter cinq couleuvrines, deux gros canons, six pièces de campagne et un mortier. Tout l'armement est en parfait état. La garnison est complétée par des mercenaires français. Le Haut-Barr restera finalement à l'écart des opérations militaires, ses défenses étant sans doute suffisamment dissuasives. Dans un autre inventaire est mentionné un "orgue" à dix-neuf tubes qui projette des boulets de deux livres et demie.

On ne sait si le cardinal Charles de Lorraine séjourna ou passa au Haut-Barr. Ses successeurs n'y viendront jamais. Léopold d' Autriche est élu en 1607. Lui et son successeur, l'archiduc Léopold II de Habsbourg, ne séjournèrent guère en Alsace. Ils administraient leur évêché de loin et confièrent la gestion au comte Hermann Adolphe de Salm - Reiffenscheidt.

Quand est-il de la guerre de 30 ans?? :

Quand débute la guerre de Trente Ans ( en 1618 ), les défenses du château semblent en bien piteux état. La garnison reste faible, tout au plus une dizaine de soldats qui disposent d'un armement souvent hors d'état de servir. Quand en 1621 Mansfeld met le siège devant Saverne, la ville évacue son trésor au Haut-Barr qui ne sera d'ailleurs pas inquieté. En 1632, l'administrateur de l'évêché, le comte de Salm, conclut un accord avec le duc de Lorraine pour assurer la protection de Saverne. Vers la fin du mois de janvier 1634, le rhingrave Otton, commandant suédois en Alsace, vient bloquer le château du Haut-Barr dans lequel s'est réfugié le comte de Salm qui vient d'essuyer une cruelle défaite près de Marmoutier. Salm fait alors appel au maréchal de La Force, donc aux troupes françaises, plaçant Saverne et le Haut-Barr sous leur protection. Le 1er février 1634, les Français occupent le château où ils stockent les armes pris aux habitants de Saverne. L'armée impériale du comte de Gallas repassera à l'attaque en Alsace en novembre 1635. Les Français livrent Saverne et le Haut-Barr après une courte résistance. Les armes entreposées au château sont à nouveau distribuées aux Savernois afin qu'ils participent à la défense de leur ville cette fois menacée par les troupes françaises qui sont de retour et mettent le siège en juin 1636.

Après six semaines de blocus, la ville se rend et le commandement impérial, le colonel de Mülnheim, livre en même temps ,le 14 juillet, le Haut-Barr qui ne semble guère avoir été inquiété. Dès le 7 août, le cardinal de La Valette, en faisant son rapport au cardinal de Richelieu écrit: "le château de Haubar ne peut être pris s'il est pourvu suffisamment en vivres et par le peu de défenseurs qu'il nécessite il serait utile de le conserver à Sa Majesté le Roi". Saverne et Haut-Barr seront ensuite commandés par le major de Pesselières, qui reste à ce poste jusqu'en 1649 et nomme un capitaine au château. Toute cette garnison devait être nourrie aux frais des habitants de la ville. C'est à l'époque de l'occupation française que le graveur Mathias Merian exécute la gravure du Haut-Barr en s'inspirant probablement de dessins fournis par d'autres artistes, dont Arhardt.

Et le château dans tout cela? :

Par le traité de Westphalie la France s'installait en Alsace. Il était stipulé dans les accords que nombre de châteaux forts devaient être démantelés. Le Haut-Barr fut au nombre des fortifications à raser. Dès le mois de novembre 1649, de Pesselières ordonna la démolition du château dont les matériaux furent récupérés et vendus. Il semble que l'on employa des explosifs pour abattre les murs. La population savernoise dut participer, sous forme de corvées, aux travaux de destruction. Le chroniqueur ne manque pas de souligner l'ardeur de la population "qui se mit courageusement au travail pour être débarassée au plus vite de la soldatesque". Le château, aux brèches béantes, fut ensuite abandonné par la garnison et l'évêque de Strasbourg en recouvra la propriété ( en 1650 ). Mais autant le cardinal de Furstenberg que les Rohans ne trouvèrent aucun intérêt à relever le château, ils possédaient un palais à Saverne même.

Quand en 1701 éclate la guerre de Succession d'Espagne, l'attention des militaires se porte à nouveau sur le Haut - Barr. Un projet de restauration de la place est ébauché afin d'en faire une forteresse capable de protéger les passages vosgiens. Le maréchal Du Portal, directeur des fortifications en Alsace, avait élaboré un plan sommaire pour refortifier le site. Tarade allait reprendre les études et réaliser des plans en 1706 et 1707. Quelques travaux furent même réalisés, probablement sur les enceintes et le bastion Nord ainsi que la remise en état de casernements pour cent cinquante hommes et d'un corps de garde (1708). A la paix de Rastatt, le Haut-Barr est oublié.

En 1722, semble-t-il, la restauration du château fut encore envisagée. Un rapport du capitaine Gourdon, ingénieur du roi, au cardinal de Rohan explique toutefois que les travaux seraient particulièrement coûteux, que tout est en ruines, que le pont-levis ne vaut plus rien. Dès 1734, on envisage à nouveau des travaux, mais le projet reste à l'état d'une étude. Il faut attendre 1743 pour apprendre que des travaux de consolidation sont entrepris. Les casernements sont restaurés, le grand portail remis en état - comme l'atteste la date de 1743 retrouvée sur une poutre traversière - des travaux de consolidation aux enceintes entrepris. La place semble avoir été entretenue jusqu'en 1772, année où elle est définitivement abandonnée. En 1744, lors de l'attaque des Pandours sur Saverne et leur avancée jusqu'au "Fossé des Pandours" sur la route de Phalsbourg, le Haut-Barr avait été abandonné par la garnison française. Le bailli de l' évêque, en fait un fermier qui demeurait avec ses gens dans la "ferme" du château, s'empressa de suivre l'exemple des militaires. Le château se trouva vide de tout défenseur. Seul le fils du fermier, un jeune homme de quinze ans, resta au fort. Il se réfugia en compagnie d'une chèvre au sommet du rocher, bien décidé à défendre le château. L'animal devait lui assurer sa nourriture en lui donnant son lait. Aussi, quand les Pandours pénétrèrent dans la place, furent-ils accueillis par une volée de pierres et de rocs. S'apercevant que le seul résistant était un gamin, les mercenaires dressèrent des échelles, faisant croire qu'ils allaient lancer l'assaut. Ils proposèrent toutefois une reddition honorable au seul défenseur qui accepta de capituler!

Les Pandours évacuèrent rapidement le château où le fermier se réinstalla. En 1758, la chapelle continuant d'attirer des pèlerins, des travaux de consolidation y furent menés.

Avec les événements révolutionnaires, le Haut-Barr fut considéré comme un bien de la Nation et vendu. La chapelle fut fermée, mais semble encore être utilisée par les prêtres réfractaires qui continuaient d'y lire, nuitamment, la messe. Le 26 août 1796, le domaine fut acheté par Maurice Kolb qui la revendit le 11 juillet
1801 au général Clarke qui sera, plus tard, nommé duc de Feltre, ministre de la Guerre. C'est lui qui ouvrit à nouveau la chapelle au culte le 12 septembre 1803.

C'est à cette époque que fut aménagée l'esplanade devant le portail du château, l'actuel parking avec ses rangées d'arbres. A la mort du maréchal, le domaine est racheté par Lazare Wolff qui le revend à Monsieur Kolb dont la fille fait construire en 1856, sur les ruines des écuries et logis de la garnison, une maison de campagne qui sera détruite en 1918 à la suite d'un incendie accidentel déclenché par des soldats qui étaient alors en poste au château. Le domaine fut finalement acquis par l'Etat en 1878 qui réalisa la construction de la route d'accès la même année. La chapelle sera restaurée en 1880 sur les directives des services des Monuments Historiques et sur les plans de l'architecte Winkler. En 1901, avec le développement touristique, fut construit sur l'initiative de la Ville de Saverne et avec l'aide des collectivités le restaurant du château de style alsacien. L'Etat décidait alors de confier le domaine pour une durée de cinquante ans à la Ville, bail qui fut reconduit pour 18 ans à partir de 1950. Finalement, en 1969, la Ville de Saverne décidait de racheter la propriété. Depuis les travaux d'entretien, les fouilles archéologiques, les publications par la Société d'Histoire et d'Archéologie de Saverne et Environs n'ont cessé de mettre en valeur ce patrimoine culturel de l'Alsace.

 

 

 

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