Le château du Haut-Koenigsbourg :

Le duc de Souabe et d'Alsace, Frédéric le Borgne, de la puissante maison des Hohenstaufen, est chargé du contrôle de la vallée du Rhin afin d'assurer les arrières de l'empereur Henri V qui guerroie en Italie. C'est probablement autour de l'année 1114 que le duc jette son dévolu sur le "Staufenberg" pour y édifier une fortification placée de si bonne façon qu'elle affaiblie considérablement le système castral construit par les partisans de l'Église.


En 1147, en pleine Seconde Croisade, au moment où les croisés quittent Ephèse pour longer la côte, le chapelain du roi Louis VII, Odon de Deuil, soumet à son suzerain une requête. Il explique qu'au nom de l'abbé Suger de Saint-Denis, il souhaite que le roi intervienne auprès du roi "des Germains" Conrad de Hohenstaufen afin de réparer une injustice. Un terrain appartenant à l'abbaye avait été injustement occupé (par l'Empire) pour y édifier un château qu'il nomme "castrum Estufin". Le terrain en question est sans doute le "Staufenberg" et le château est très probablement le Haut-Kœnigsbourg dont nous apprenons par là l'appellation primitive. Nous ne connaissons malheureusement pas la suite qui sera réservée à l'affaire

Dans une charte de l'année 774, Charlemagne avait effectivement fait donation à son ami Fulrad, abbé de Saint-Denis, fondateur du prieuré de Lièpvre, de vastes terrains, dont le "Stophanberch" (Staufenberg). Par la suite ces biens seront incorporés aux propriétés de l'abbaye. C'est ainsi que Saint-Denis est devenue propriétaire de la montagne sur laquelle Frédéric le Borgne a très vraisemblablement édifié "Estufin" autour de 1114 sans se soucier des droits fonciers! Le médiéviste Francis Rapp estime que les événements qui marquent cette année-là fournissent la meilleure trame pour expliquer la naissance du château. Ajoutons que la même année 1114, l'empereur Henri V reprend des mains de l'évêque de Bâle le château de "Rapoldstein" (le futur Saint-Ulrich). Le burg, d'abord possession impériale, avait été donné en fief à l'Eglise de Bâle. Mais en 1114, afin de soutenir la politique castrale du duc de Souabe et d'Alsace, l'empereur demande à l'évêque de lui rendre le château qui entre dans le système fortifié élaboré par Frédéric le Borgne. Un autre historien, Wieland, estime que la construction se place probablement aux alentours de l'année 1120.


Une autre hypothèse avance l'idée d'une première fortification sur le Staufenberg sous forme d'enceinte polygonale en pierres sèches sur la pointe est de la hauteur. Elle remonterait au XIe siècle. Le Haut-Kœnigsbourg lui-même, dans sa forme primitive, n'aurait été édifié que peu d'années avant 1147, c'est-à-dire juste avant la protestation de l'abbé Odon de Deuil.

Pour l'heure, il est impossible d'épouser avec certitude l'une ou l'autre hypothèse. Curieusement, Odon de Deuil explique en 1147 que le château contesté possède deux tours, l'une appartenant à l'empereur Conrad III, l'autre à son neveu, le duc Frédéric de Souabe et d'Alsace. Ou le château est déjà particulièrement important, ou existent deux châteaux sur la même crête!

Les premiers Burgmanner von Konigsberg ! :


Vers 1150, le nom du château a probablement évolué pour passer de Staufenberg à Koenigsberg. En effet, au cours de la seconde moitié du XIIe siècle apparaît une lignée de chevaliers qui porte le nom du château: Königsberg. Ces nobles se retrouvent dans la suite de Frédéric Barberousse, plusieurs fois dans ses campagnes d'Italie, mais aussi à Haguenau. Ainsi en juin 1184 est mentionné Berthold von Königsberg. Il est légat impérial en Italie. Il est le seul chevalier alsacien engagé dans la Seconde Croisade aux côtés de l'empereur. Nous le retrouverons plus tard à Haguenau en 1192 dans la suite de l'empereur Henri VI avec pour mission de prendre le contrôle des Pouilles. En 1187, nous trouvons Anselm et Bourcard von Königsberg comme hauts fonctionnaires impériaux en Italie. Quant à Hartmann von Cunisberc, il signe comme témoin d'une donation faite en l'honneur de l'église Sainte-Foy de Sélestat.

Quel sort est ensuite réservé au château impérial d' Estufin ? Frédéric Barberousse, devenu empereur en 1152, a-t-il reconnu les droits du prieuré de Lièpvre et renoncé à la propriété du château? C'est en tout cas lui qui a rendu en 1162 le Rapoldstein à l'évêché de Bâle. Aurait-il agit de même en faveur du prieuré de Lièpvre ?

Un château du duc de Lorraine tenu par les landgraves de Werd :


Au XIIIe siècle, les chartes sont tout aussi difficiles à interpréter. En effet, un second château semble être né au seuil du XIIIe siècle à l'ouest d'Estuphin. Ce serait le burg que l'on nomme maintenant Mittelkœnigsburg ou Oedenburg. Qui l'a construit, dans quel but? Autant de questions auxquelles nous n'avons pas de réponse certaine.

Le duc de Lorraine possède en tout cas, au début du XIIIe siècle, le château d'Estufin qui porte, pour la première fois en 1192, le nom de Königsberg.

En 1238, le duc confirme divers fiefs lorrains à Elisabeth, veuve du landgrave Henri de Werd, et à ses enfants. Le château n'est pas évoqué dans ce document, mais la suite de l'histoire permet d'avancer l'hypothèse qu'il faisait partie intégrante de ces fiefs. En effet, en l'année 1250, Cuno de Bergheim, qui a mené une longue guerre contre le duc Matthieu de Lorraine, signe la paix et se reconnaît vassal du duc, recevant alors le fief du château de Königsberg. Toutefois une clause stipule que si le duc revenait sur son engagement pour rendre le fief à Henri-Sigebert de Werd (né en 1238), il dédommagerait le chevalier Cuno de Bergheim pour la perte subie.

De fait, en raison des règles de transmission des fiefs, Henri-Sigebert de Werd ne peut bénéficier des fiefs qu'à sa majorité. C'est donc à titre provisoire que le duc de Lorraine remet le château de Königsberg en fief à Cuno de Bergheim. A sa majorité, Henri-Sigebert (sans doute vers 1254) recouvre les fiefs lorrains que tenait son père et parmi eux le château d'Estuphin. Dès 1262 il donne le château en arrière-fief à son beau-père, Ulric de Ribeaupierre.

A la même époque, deux familles possèdent également des parts du château. Mais est-ce l'ancien Estuphin devenu Kœnigsberg ou le nouveau château que nous nommons Mittelkœnigsburg??

Bourcard de Hohenstein signe en 1276, avec ses cousins, une charte par laquelle tous s'engagent à ne pas céder à des tiers leur part du château sans l'accord des autres membres de la famille. Dès 1267, trois branches de la famille des Rathsamhausen en ont fait autant pour le "castro Kunegesberc". Mais qui tient quoi? Impossible d'y répondre avec certitude, les chartes sont trop imprécises. Nous supposons que les Hohenstein et Rathsarnhausen se partagent effectivement le Mittelkœnigsburg alors que les landgraves restent bien implantés au Kœnigsberg, c'est-à-dire celui qui deviendra le Haut-Kœnigsbourg.

Forteresse épiscopale et contestations :

Les landgraves de Werd conservent en tout cas le fief lorrain sur Kœnigsberg jusqu'au milieu du XIVe siècle. Jean II de Werd, maladif, sans héritier direct, laisse ses affaires entre les mains de ses cousins, les comtes d'Oettingen. Ceux-ci cèdent en 1359 le titre de landgrave, avec ses fiefs et revenus, à l'évêque de Strasbourg, Jean de Lichtenberg. Par cette transaction le château de Kœnigsburg est vendu pour 10 000 florins à l'évêché qui prendra d'ailleurs par la suite, comme armoiries, celles des comtes de Werd. Trois années plus tard (1362), l'empereur Charles IV entérine cette cession.

Le duc de Lorraine élève de suite de vives protestations, rappelant que les de Werd ne jouissaient que du fief et n'avaient donc pas le droit de vendre la propriété. Pour bien montrer que c'est lui qui est le seigneur des lieux, il inféode en 1365 et 1369 le château à Bourcard de Fénétrange. L'affaire sera portée devant les "juges de paix", onze chevaliers alsaciens, qui déboutent le duc de Lorraine et confirment à l'évêque de Strasbourg la possession du burg. Il n'empêche, le Lorrain maintiendra ses prétentions jusqu'en 1474. Il réussit même un temps à céder le château au duc de Wurtemberg. L'évêque Frédéric de Blanckenheim opère alors un échange de biens et retrouve la propriété sur Kœnigsburg.

De quel château les Rathsamhausen sont-ils réellement inféodés par le landvogt au nom du roi Venceslas en 1398 ? Le château est nommé "czu Kungesperg". Est-ce Mittelkœnigsburg ou Kœnigsburg ? Comment l'Empire est-il revenu en possession du Kœnigsburg ? Le duc de Lorraine est-il le suzerain du Mittelkœnigsburg comme l'avance Charles Laurent Salch?

Autant de questions qui restent sans réponse pour l'heure. En 1417, un nouvel acte signé de l'empereur Sigismond en faveur des Rathsamhausen stipule cette fois qu'il s'agit du château dit "als ödenburg zu Kungsberg". Ce serait donc plutôt le Mittelkœnigsburg qui est tenu en fief impérial par les Rathsamhausen. La destruction de ce petit château à l'ouest du grand burg serait donc intervenue après 1398 et avant 1417!

Un repaire de chevaliers-brigands :


Il n'est guère plus facile de préciser qui était le propriétaire du grand château. En 1442, l'empereur Frédéric III inféode les seigneurs de Hohenstein du château nommé "Konigespergh".
Comment l'Empire est-il devenu le nouveau propriétaire des lieux? Impossible de le savoir.

Une année plus tard, ce château est nommé avec plus de précision: "Hœnkungsberg". Pour la première fois notre château prend donc le nom de Haut-Kœnigsbourg. Est-ce cette fois pour bien le démarquer de l'autre château dit "Niederkunigesheim", celui de Kintzheim?

C'est sous le fief des frères Antoine et Jacques de Hohenstein que s'installe dans la place une bande de chevaliers-brigands où Jean de Westemacht joue un rôle de meneur. Il est vrai que l'Alsace est alors le théâtre de multiples guerres féodales, invasion des Armagnacs, guerre de Wasselonne, guerre des Lutzelstein, guerre du Palatinat, guerre des Linange contre les Lichtenberg... Allié du comte de Lutzelstein, Jean de Westernach s'en prend aux intérêts de l'électeur palatin Frédéric le Victorieux, ennemi juré des Lutzelstein. Il se déclare aussi l'ennemi des Wurtemberg et du duc d'Autriche et ordonne au Burgvogt d'ouvrir le château à lui-même et à ses alliés. L'électeur somme, en 1454, ses représentants en Alsace de mettre le siège au château. A la suite des négociations, la paix est signée en novembre de la même année et l'électeur se voit reconnaître le fief sur un quart du château, disposition qui oblige les autres détenteurs de fiefs de l'informer de toute décision d' accueillir un hôte au château.

Ceci n'empêchera pas les Hohenstein d'ouvrir le château à de lointains parents, les frères Henri et Reinhard Mey de Lambsheim. Ce sont de véritables chevaliers-brigands qui trouvent au château une base opérationnelle. En 1462, la bande pille un convoi de notables strasbourgeois se rendant à Bâle. Cette fois la métropole alsacienne rameute les autorités et une véritable armée est levée qui comporte des troupes de Bâle, de l'évêque de Strasbourg, de l'Autriche, des sires de Ribeaupierre. Pas moins de cinq cents hommes sont rassemblés, ce qui est une armée considérable pour l'époque, pour assiéger un château. Strasbourg fournira son artillerie. Un des canons bâlois, d'un calibre exceptionnel, est surnommé "der Drache", le Dragon.

L'archiduc d'Autriche assurera le commandement général. Pas moins de dix-sept canons furent hissés sur la montagne, plusieurs installés sur une plate-forme aménagée dans les ruines de l'Oedenburg. Le texte parle en l'occurence du "Schänzelberg". Leur tir, qui débute le 26 octobre, entraîna la garnison à composer rapidement et le 29 octobre les assaillants remarquent que la garnison s'est éclipsée au cours de la nuit. Cette fois les assaillants décident de raser la place et de reconnaître à l'Empire la propriété des ruines (nach dem wir mit samt andern Jas Schlass HohenKoenigsberg erobert, zerprochen und zu unsern handen bracht haben).

Château impérial et reconstruction sous les Thierstein :

Le château resta en ruines jusqu'en l'année 1479. Cette année là, l'archiduc Sigismond inféode la place aux frères Oswald et Guillaume de Thierstein. Il prescrit à la ville de Strasbourg, par des lettres datées de Gratz le 14 mai 1479, de soutenir les comtes dans leur tâche. Le magistrat de la ville verse alors une aide de 8 000 florins.

Les comtes de Thierstein sont une vieille famille suisse, du Frickthal en Argovie. Ils sont régulièrement aux côtés des Habsbourg dans leurs interminables querelles avec les cantons suisses. En 1431, Jean de Thierstein est nommé landvogt pour les terres autrichiennes en Alsace et protecteur du concile de Bâle. Son fils, Oswald, recevra en 1475 la charge de landvogt et s'installe avec son administration à Ensisheim. C'est lui qui commande la cavalerie alsacienne à la bataille de Nancy qui voit la défaite de Charles le Téméraire.

Oswald de Thierstein engagea les travaux de reconstruction qui se sont probablement achevés vers 1480. Les deux comtes profitèrent de la latitude qui leur avait été accordée pour reconstruire le château sur un espace plus grand et d'une architecture impressionnante. Ils utilisèrent les pierres du vieux château (des Vorderschloss Hoh-Kienigsberg). Devant le donjon fut créée une double ceinture de murs flanquée de tours équipées pour le tir des couleuvrines. Du côté de la montagne, le seul point faible du terrain fut renforcé par un bastion flanqué de tours. La tâche des Thierstein ne fut pas des plus faciles. L'archiduc Sigismond, inquiet de l'envergure des travaux, écrit de Bozen à son landvogt en Alsace afin qu'il licencie les ouvriers et lui demande de bien faire comprendre aux Thierstein que tout ce qui serait construit désormais devra être rasé! Il n'empêche, nos comtes poursuivent les travaux. Ils sont conseillés par un architecte remarquable, installent un moulin, une forge, des écuries, prévoient de fortes voûtes afin que la construction résiste aux incendies. Vers l'est le Thiergarten est renforcé, on aménage des lices tout autour des bâtiments. Un extraordinaire château couronne finalement la sommet de la montagne et peut sans doute être qualifié de forteresse la plus importante d'Alsace.

L'empereur Frédéric III, en 1485, décrète que le Haut-Kœnigsbourg n'est plus une propriété impériale, mais qu'il relève directement de la maison d'Autriche. Après le décès d'Oswald de Thierstein, le château passe entre les mains de Guillaume de Thierstein (frère du défunt) et aux fils d'Oswald: Oswald et Henri.Ce dernier conservera seul le fief que lui donne, en 1501, le roi Maximilien 1er.

Dans l'acte de remise du fief il est écrit"Burgstall und Schloss", ce qui laisse entendre que l'Oedenburg, en ruines, ainsi que le Haut-Kœnigsbourg forment le même fief. En même temps le Habsbourg avait inscrit dans la charte qu'à la mort de Henri (qui n'avait pas d' héritier), tous les fiefs autrichiens que tenaient les Thierstein reviendraient à la Maison d'Autriche. En 1517, le comte Henri de Thierstein accepte de vendre à l'empereur Charles V le château du Haut-Kœnigsbourg et le village d'Orschwiller qui en relève et ceci pour la somme de 12 000 florins payables en trois annuités. Henri conservait l'usufruit des fiefs, percevait une rente annuelle de 600 florins comme gardien du château et assurait à sa veuve un viager de 200 florins.

Une tentative de siège qui avorte :


Sous le mandat des Thierstein, la place échappe à un siège. En 1504, l'empereur avait déposé le puissant électeur palatin de son mandat de Landvogt. La guerre est déclarée et le palatin pense s'emparer du Haut-Kœnigsbourg. Il demande à son Unterlandvogt, Jacques de Fleckenstein, de faire une reconnaissance afin de voir comment on pourrait mettre le siège à la place. L'espion se rend vite compte de la difficulté de l'opération et écrit:
"il faudrait tout d'abord occuper le vieux château (das alte Schloss by kzigsperg) et en faire une redoute avec terrasse afin d'y établir l'artillerie". L'opération ne sera jamais montée. Le palatin est vaincu et doit renoncer à la Landvogtei.
Henri de Thierstein décède en 1519. Avec lui s'éteint la vénérable lignée des Thierstein sous le mandat desquels le château avait été remarquablement reconstruit et formait sans doute la plus imposante forteresse médiévale alsacienne.

Le château aux mains des gouverneurs autrichiens :

Déjà du temps des Thierstein, le château était gardé par un Burgvogt (bailli). Sous le mandat de Henri, le poste était confié à Monschina de Walaparoy qui fut laissé en place, en temps que gouverneur autrichien, jusqu'en 1521. A partir de cette date nous possédons une longue liste de gouverneurs qui reçoivent tous pour consigne de veiller au bon état de la forteresse qui formait une sorte de bastion avancée des possessions autrichiennes en Alsace, le fameux "Vorder Oesterreich" - l'Autriche antérieure. Ces gouverneurs entretiennent une correspondance importante avec la régence d'Ensisheim, le gouvernement d'Innsbruck et l'empereur à Vienne. Grâce à ces lettres on peut suivre l'histoire du château.

Les gouverneurs qui se suivent ont pour nom: Paul d'Armstorff (1521), Martin de Thun (1522), Urbain de Landeck (1527), Jean Henri de Landeck (frère du précédent, 1528), Jean de Fridingen (1530). La lettre de nomination de ce dernier nous apporte des éléments intéressants. Il porte le titre de capitaine, perçoit tous les revenus relevant du château. Pour toute affaire grave, il lui est commandé de se mettre en relation avec la régence d'Innsbruck; pour toute affaire urgente il en réfère à la régence d'Ensisheim. Il assurera l'entretien des bâtiments, effectuera toutes les réparations utiles. C'est la Maison d'Autriche qui couvrira les frais après soumission des devis. Au cas où le salaire du capitaine ne serait pas versé, celui-ci recevra le château en gage. En cas d'absence, c'est le Untervogt (sous-bailli) qui assurera l'intérim et c'est au capitaine de payer son lieutenant.

En temps ordinaire, le Untervogt pourra être un roturier, mais si le capitaine s'absente, son remplaçant devra obligatoirement être un noble! Chaque arquebusier ou valet d'armes devra lui prêter serment d'obéissance. Au cas où le capitaine et son lieutenant seraient capturés et amenés devant le château où ils demanderaient l'ouverture, la garnison avait ordre de les en empêcher et le cas échéant d'ouvrir le feu sur eux. Enfin, au cas où son suzerain lui demanderait de lui rendre le château et le village d'Orschwiller, il devra s'en acquitter sur l'heure avec tout ce qui est entreposé au château, munitions et meubles.


Dans le même contrat nous apprenons également qui réside au château, hommes et bêtes. Ainsi le capitaine devra entretenir:
1 valet d'armes, 1 garçon d'écurie, 3 chevaux, 1 maître arquebusier, 1 cellerier, 1 cuisinier, 1 aide-cuisinier, 1 boulanger, 2 âniers et quatre ânes qui servent à la corvée de bois, 6 gardiens qui se relaient, dont 1 gardien en permanence dans le lanternon (la guette), 1 portier, 1 maréchal-ferrant, 1 chapelain, 2 servantes chargées de la literie, du linge et du mobilier. Tout ce personnel et le cheptel doivent être entretenus aux frais du capitaine qui touche un traitement de 800 florins par an. Si la situation l'exigeait, cette "garnison" serait augmentée aux frais de l'Autriche. C'est également cette maison qui nomma Jean de Fridingen comme bailli à Bergheim avec obligation de nommer un Untervogt qui demeurerait sur place.
En même temps que Jean de Fridingen prenait ses fonctions, la régence établissait un inventaire des meubles et armes qui se trouvent au château. On constate que les meubles sont en mauvais état, les bois de lit de mauvaise qualité, que de nombreuses pièces sont délabrées, que les vêtements liturgiques (du chatelain) sont déchirés. En dix ans l'état du château s'est donc considérablement dégradé.

L'arrivée des Sickingen :


En 1533, les fils de François de Sickingen (Schweighardt, Jean et François-Conrad) apparaissent comme seigneurs engagistes et en même temps capitaines sur Haut-Koenigsbourg. Les Sickingen avaient avancé la somme de 13 000 florins à la Maison d'Autriche. François-Conrad de Sickingen s'occupa de suite à lancer les travaux de restauration. Les anciens gouverneurs n'avaient, apparemment, accordé que peu d'attention à l'entretien de la place. Nous apprenons que des voûtes s'étaient effondrées, que des bâtiments n'avaient plus de toit, que d'autres menaçaient de tomber en ruine, que les puits étaient en mauvais état. On fit venir des mineurs de Sainte-Marie qui indiquèrent l'endroit où en creusant on devait trouver une source abondante. Il remit également les armes en état, stoqua des munitions. Entre 1546 et 1552 il dépense 5 000 florins alors qu'il ne percevait que 500 florins d'indemnité pour son rôle de capitaine!

Un rapport rédigé par deux commissaires de la régence d'Ensisheim notent pour 1557 : "ensuite le noble de Sickingen nous conduisit sur les fortifications extérieures et notamment la partie extrême située vers Schlestadt, où se trouve une tour que l'on appelait anciennement Lug ins Land.. il nous fait remarquer que cette tour avait été très élevée et qu'il en avait fait démolir le faîte de la hauteur de deux piques de fantassins.. qu'il'avait surmontée d'un parapet neuf et recouverte de dalles bien cimentées." Ces travaux sont estimés à3 000 florins. Le château devait toutefois avoir retrouvé belle allure puisque les Sickingen y célèbrent même les noces d'une de leurs filles.

François-Conrad, qui n'était pas forcé d'effectuer de telles dépenses, obtint finalement qu'une seconde commission vienne effectuer en 1563 une visite du château pour établir un état des travaux à réaliser afin de garder le château en état de défense. Un crédit de 6 000 florins fut finalement dégagé par l'empereur et les travaux entrepris. Des forêts seigneuriales de Bergheim on tira les bardeaux pour les toitures, le plomb vint des mines de Sainte-Marie, les gens d'Orschwiller effectuèrent le transport des matériaux.

Une autre inspection effectuée par André Giss, maître arquebusier à Brisach, note en 1560 que le château ne dispose que de deux canons, calibre de 25 livres, pesant ensemble 70 quintaux; une couleuvrine de 8 quintaux (tirant 4 livres de fer) ; 6 fauconneaux dont un grand tirant une livre de fer et les autres de trois quarts de livre. Jacques Krebs, autre maître d'artillerie en inspection au château, propose de faire fondre les deux grosses pièces dont le tir ébranle trop les voûtes et qui nécessitent de toute façon trop d'hommes pour les manœuvrer. Les deux pièces seront donc acheminées à Brisach où elles sont refondues pour en fabriquer 6 fauconneaux et une couleuvrine.

En 1572, en France, c'est le massacre de la Saint-Barthélemy. La Maison d'Autriche est inquiète et demande à François de Sickingen le Jeune de renforcer la garnison. Le château était alors occupé par douze personnes, plus le capitaine, son épouse et les domestiques. La régence ordonne que 8 arquebusiers soient envoyés en renfort. Il sera difficile de trouver ces hommes. Finalement le bailli de Landser en désigne huit qui sont dirigés sur Ensisheim où ils passent devant une commission. Là, nos arquebusiers protestent, expliquent qu'ils souhaitent être renvoyés chez eux. Leur requête est repoussée, ils doivent prêter serment au capitaine François de Sickingen et expédiés au château où ils arrivent le 27 septembre. Le capitaine aura bien du mal avec ces curieuses recrues qui ne souhaitent qu'une chose: rentrer chez eux. Le 28 décembre, le capitaine écrit à la régence que trois de ses arquebusiers doivent être renvoyés dans leurs foyers car avec la solde qu'ils touchent ils ne pourront pas nourrir leur famille. Enfin, il souligne qu'un des trois arquebusiers est plutôt un mutin, grossier personnage dont il souhaite se débarasser. Il rappelle à la régence qu'il faudrait profiter du temps froid qui durcit les chemins pour acheminer au château les deux fauconneaux coulés à Brisach. La régence suivra les demandes de Sickingen. D'autres arquebusiers sont dépêchés dès le mois de janvier au château. C'est l'occasion encore pour le capitaine de décrire le sort de ces soldats involontaires. Leur solde est si faible qu'elle ne suffit pas à payer leur nourriture car les prix grimpent en ce temps de tension. Lui-même a fait crédit aux hommes et réclame 12 florins d'arriérés. Le 2 mai, le maître arquebusier Jean Zimmermann écrit lui aussi à la régence pour lui rappeler que lui et ses hommes ne sont plus payés depuis fin janvier, qu'ils font des dettes pour se nourrir, que leurs vêtements sont déchirés. La régence donnera immédiatement suite aux réclamations et paie les arriérés.

On voit ainsi la situation matérielle et morale de ces soldats recrutés de force parmi les bourgeois capables de se servir des armes. L'entretien d'une garnison est coûteuse et lorsque l'archiduc Ferdinand d'Autriche vient présider les réunions de la régence d'Ensisheim le 15 mai, il dénonce ces garnisons "plétoriques" et demande qu'on supprime les huit arquebusiers du Haut-Kœnigsbourg. Il estime qu'il serait toujours temps de recruter si l'urgence de la situation le demandait et que de toute façon les frais en incomberaient à François de Sickingen. L'affaire se termine par une succession d'échanges et d'entretiens. Finalement la régence invite le 14 juillet 1572 le capitaine sur Haut-Kœnigsbourg de renvoyer la garnison chez elle afin que les hommes puissent participer à la moisson.

Le château sous les barons de Bollwiller :

A la fin du XVIe siècle, les rapports entre les Sickingen et la régence autrichienne d'Ensisheim s'enveniment, toujours pour des questions d'argent. Les Habsbourg décident alors de rechercher une autre famille qui accepterait de rembourser l' engagère aux Sickingen. Après diverses consultations, le baron Rodolphe de Bollwiller, grand maréchal de l'archiduc Ferdinand, se déclare prêt à prendre la relève. Le 4 janvier 1605, Rodolphe écrit à la régence que le château servirait de refuge à la population du val de Villé, dont il était déjà le seigneur engagiste. Les murs de Sélestat étaient trop éloignés et par ailleurs les Sickingen n'avaient guère intérêt à garder le burg. La forteresse est d'ailleurs la seule place forte véritable, avec Brisach, que l'Autriche possède en Alsace. Il serait donc bon d'y tenir un homme sûr. Le 10 août l'archiduc Maximilien donne son autorisation et on commence les tractations avec les Sickingen. Le rachat de l'engagère se monte à 14 000 florins et sera garantie par une hypothèque sur les bailliages de Thann et Landser.

Le 10 avril 1605, une commission procède à la visite du château pour l'inventaire et la liste des travaux à effectuer. On constate que le vieux bâtiment au-dessus du manège nécessite des travaux de toiture, qu'il faut remettre les gouttières en état, que le corps de logis principal a également une toiture défectueuse, que les bardeaux qui protègent la citerne sont à remplacer, que la cheminée avait été renversée par le vent et avait endommagé dans sa chute la guette, que les portes, les fenêtres, les poëles étaient en bien mauvais état, que le mur du Thiergarten (garenne) était à terre. L'inventaire de l'armement précise que sur les remparts se trouvent six fauconneaux neufs aux armes de l'Autriche, un vieux canon ou fauconneau en fer, un mortier, huit hallebardes ou piques, une roue avec cordes. Dans le corps de garde l'armement se résume à sept vieilles arquebuses à croc, douze arquebuses en fer, trois en cuivre, quarante-sept fusils de lansquenets en mauvais état, trente-cinq cornets à poudre, une vieille armoire pour les balles. L'inventaire mentionne également un moulin à bras.
La cession est finalement conclue le 10 avril 1606. Les Sickingen auront encore à payer 500 florins pour le financement des travaux de remise en état, la régence y ajoutera 600 florins avec des recommandations très précises pour Rodolphe de Bollwiller afin qu'il procède à divers travaux d'urgence.

Le nouveau maître des lieux, nommé Landvogt des pays antérieurs de l'Autriche, a déjà fait acheminer au château trois tonneaux de poudre, deux quintaux et demi de plomb, un demi-quintal de mèches, six poëles ou chaudières à poix, une douzaine de mousquets, douze hallebardes, deux mille tourteaux goudronnés (pechringe). Il recevra le serment d'obéissance des habitants d'Orschwiller, par le biais d'une délégation de soixante-quinze personnes, devant les portes du château. Le seigneur leur promet alors protection et assistance, de sévir contre les fauteurs et pour sceller l'accord il promet à ses vassaux six mesures de vin.
Sous Rodolphe de Bollwiller le château continue de se dégrader. La régence ne fournit pas l'aide escomptée et Rodolphe est en butte à de continuelles tracasseries. Il meurt en 1616. C'est son gendre, le comte Jean-Ernest de Fugger qui lui succède.

Les Fugger sont de riches banquiers d'Augsbourg, amis de l'empereur Charles-Quint. Ceci n'empêche pas Jean-Ernest d'être embarassé. Il renforce l'armement et les munitions et réclame à la régence le remboursement des avances. Ces plaintes se poursuivent durant de longues années.
C'est un capitaine qui remplit alors les fonctions de gouverneur. Il s'agit de l'écuyer Philippe de Lichtenau qui est en place depuis 1611.

L'attaque des Suédois et la chute de la place :


Nous entrons alors dans la guerre de Trente Ans (1618-1648). Le roi de Suède Gustave-Adolphe, pour hâter l'effondrement de l'Autriche, dépêche des troupes en Alsace pour s'emparer de l'Autriche antérieure. La régence est inquiète, mais n'ayant guère de moyens financiers elle se contente en 1630 de demander au bailli de Bergheim de lui adresser un état des réparations à entreprendre au château. On mobilise toutefois douze villages pour y prélever les hommes nécessaires à la défense de la place.

En juin 1633, le rhingrave Jean-Philippe (allié des Suédois) ordonne au colonel Harpfen de se porter sur le Haut-Kœnigsbourg avec deux escadrons de cavalerie, deux compagnies de dragons et deux cents mousquetaires afin de prendre le contrôle de la forteresse. Mais dès leur approche, l'artillerie du fort ouvre le feu et cause des pertes à l'assaillant qui se retire. La régence espère par là un répit et dépêche trente-neuf soldats lorrains en renfort dans la place.

Au mois de juillet 1633, les Suédois reviennent. Ils sont maintenant les maîtres de tout le pays aux alentours et seul le château représente encore une enclave qui résiste. Le commandant des troupes suédoises est le Oberwachtmeister Georges-Sébastien Fischer, du régiment suédois de Hubalt. Il exige de suite la reddition. Une batterie de canons est établie sur la "Fischerschanze". Un ultimatum est adressé à la garnison. Si elle se rend dans les six heures, elle aura la vie sauve, si elle refuse cet accord elle n'aura plus aucune autre trève ni autre accord et ceci pour toute l'éternité! La garnison sera pendue par le bourreau au haut des murs! Le capitaine de Lichtenau tergiverse, explique qu'il n'a aucune consigne, qu'il lui faut demander des ordres à la régence qui d'Ensisheim s'est réfugiée à Brisach. Les Suédois refusent l'armistice de six semaines et ouvrent le feu. Le 8 août, le capitaine du Haut-Kœnigsbourg fait parvenir un message à la régence qui explique "que du 17 au 25 juillet, l'ennemi a vivement assiégé le château, que les tranchées touchent la porte, que la place est si bien enfermée qu'il n'y a plus moyen d'y entrer sans exposer sa vie et que la résistance est à toute extrémité".

Il rappelle que ses hommes se sont bien battus, que les pertes infligées à l'ennemi ont été immédiatement remplacées. Son message est clair, la résistance s'épuise, il souhaite se rendre et dénonce les agissements des habitants d'Orschwiller qui poussent à un accord avec l'ennemi. Depuis des mois les habitants du petit village étaient réfugiés au château où nombreux étaient ceux qui montaient la garde ou étaient occupés aux corvées. Les Suédois avaient incendié leur église, maisons, granges, pillé le reste et menaçaient de tout détruire s'ils ne revenaient pas au village. Le Schulze du village ajoutait qu'ils étaient tous réduits à la mendicité. Exténués, terrorisés, les habitants finissent par se révolter contre la régence qui ne fait qu'envoyer des mots de réconfort, promettant une armée de secours qui ne viendra jamais.

Le capitaine de Lichtenau est en plein désarroi devant cette révolte. Il arrive encore à faire passer un message à la régence le 25 août soulignant qu'il est à la toute dernière extrémité face à la sédition des habitants, qu'il n'a plus de vivres et que les secours promis doivent venir impérativement. Il joint à sa missive la seconde sommation faite par le colonel Fischer.
A nouveau la régence rappelle au capitaine Lichtenau qu'un corps de secours se constitue sur les berges du lac de Constance, que le secours n'est plus que l'affaire de quelques jours et que d'ici une quinzaine il serait tiré d'affaire. Des menaces sont adressées aux gens d'Orschwiller ; ils doivent poursuivre la lutte et ne pas composer avec les Suédois, qu'en attendant le capitaine leur distribue de la viande salée afin de redonner du courage aux troupes.

C'est sur ce dernier message que s'arrête la correspondance. Le texte d'un chroniqueur mentionne simplement: "le 7 septembre ils (les Suédois) ont pris, après accord, le Hohkœnigsbourg". Le château fut pillé et incendié, mais ceci en toute hâte. L'architecte de la reconstruction, Bodo Ebhardt, estime même que les Suédois n'ont pas eu le temps de piller "correctement" et que beaucoup d'objets, qui en général sont enlevés, ont été retrouvés dans les décombres, ce qui indique une précipitation certaine dans l'acte de destruction qui s'est très certainement joué à l'automne de l'année 1633.

Le château en ruines :

En 1648, par la paix de Westphalie, les territoires autrichiens d'Alsace sont annexés par le roi de France. Le Conseil Provincial accorde en date du 27 août 1672 la ruine aux descendants de François-Frédéric de Sickingen, ceci au détriment des Fugger. Les Sickingen garderont la propriété jusqu'en 1770. Ils la vendent alors à Messire Henry François de Boug, président du Conseil Souverain d'Alsace, qui s'intitula alors de Boug d'Orschwiller. Cette famille en restera propriétaire jusqu'en 1825, malgré les événements révolutionnaires. Cette année-là les héritiers des de Boug vendent la ruine et les vastes forêts qui en relèvent à un groupement de personnes, les Dreyfuss de Ribeauvillé et Mannheimer à Uffholz. Des divergences se firent jour entre les diverses parties et en 1851, à l'occasion d'une vente forcée, les ruines et forêts échurent aux frères Mannheimer de Colmar. La ville de Sélestat, qui s'intéressait aux vastes forêts, racheta finalement le tout en 1865. La cité était quelque peu dans l'embarras.

Depuis la création de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, de multiples voix s'étaient élevées afin de sauver les imposantes ruines où le vandalisme occasionnait de plus en plus de dépradations. En 1862, cette société obtenait le classement de la ruine comme monument historique. Divers travaux de consolidation furent entrepris, mais il était indéniable qu'il fallait des moyens financiers considérables pour espérer sauver la ruine.

L'empereur Guillaume II et la reconstruction :

En 1871, après la désastreuse guerre franco-allemande, l'Alsace et la Moselle sont cédées à l'empire allemand. Sélestat est toujours propriétaire de la ruine et de la centaine d'hectares de forêts.
Mais le problème de la conservation du monument reste entier. Germe alors l'idée de faire cadeau du château et de quelques hectares de forêts à l'empereur Guillaume II. Il faut se rappeler que nous sommes en pleine période du romantisme médiéval, que Napoléon III avait fait reconstruire Pierrefonds par Viollet-le-Duc dès 1859 et que le goût impérial pour le néo-médiéval est connu. En 1899, les autorités annoncent que l'empereur viendra en visite en Alsace.

Le 2 mai, le conseil municipal de Sélestat, présidé par le maire Constant Schlœsser, décide de faire don du Haut-Kœnigsbourg à Guillaume II qui se déclare très touché et heureux de posséder désormais en Alsace" l'un des châteaux forts allemands les plus grands et les mieux conservés". En signe de reconnaissance, l'empereur abroge le "Diktaturparagraph", en fait la possibilité pour les autorités de faire régner l'état de siège en Alsace-Moselle.

L'empereur chargera le déjà célèbre architecte Bodo Ebhardt de dresser les plans pour la reconstruction du château dans la forme qui devait être la sienne lors de la reconstruction opérée par les Thierstein, c'est-à-dire à la fin du Moyen Age et début de la Renaissance. Le 12 mai 1901 est posée la première pierre du chantier. Les travaux vont s'étendre sur près de sept années.

Dans un premier temps on dégage la ruine, puis on récupère les moellons qui sont retravaillés tout en ouvrant une carrière du côté de l'Oedenburg. Pour acheminer les pierres sur le chantier on installe un petit chemin de fer qui fait la jonction entre la carrière, le château et la route par laquelle arrivent les autres matériaux. On dressa deux grues, il fallut installer un groupe électrogène pour fournir le courant, capter les sources pour l'alimentation en eau, broyer les roches pour fabriquer le sable...

Les murs et toitures relevées, il fallut encore créer le décor, le mobilier, recréer l'armement. Une association, créée pour l'occasion, fut particulièrement active dans ce domaine, collectant et achetant les objets nécessaires afin de recréer l'athmosphère médiévale. Le plus connu des peintres néo-médiévistes alsaciens, Léo Schnug, exécuta les fresques.

Bodo Ebhardt réussit finalement à tenir son pari. Il est vrai que l'empereur vint à plusieurs reprises suivre l'évolution du chantier, ce qui prouve le grand intérêt et plaisir qu'il prenait à cette entreprise qui fut financée en grande partie par l'Etat (Reichstag) avec des appoints de l'Alsace, de la ville de Sélestat et bien entendu de la cassette personnelle de l'empereur. L'inauguration du monument aura lieu le 13 mai 1908. La journée avait donc été préparée de longue date avec des reconstitutions historiques mobilisant plus de cinq cents comédiens et acteurs, notamment les groupes folkloriques. On souhaitait reconstituer la prise de possession du château en l'an 1533 par les trois frères de Sickingen. Sous une pluie battante, "il pleuvait comme jamais" note le journal, le cortège passa devant l'empereur qui avait pris position sous une tente bardée d'armoiries. Puis, Guillaume II prendra la parole, rappelle que le château fut une forteresse des Hohenstaufen et des Habsbourg, que maintenant il devenait, dans la continuité, le symbole des Hohenzollern.Une clé avait été réalisée pour l'occasion. Elle sera remise au nouveau "gouverneur" du moment, un Zornvon Bulach. Puis l'empereur visite le château, salue les ouvriers et artisans, participe à un grand banquet.

Après la chute du second Reich, les biens impériaux furent placés sous séquestre et le Haut-Kœnigsbourg placé sur la liste des palais nationaux qui en assumèrent dès lors l'entretien et l'ouverture au public. De 1939 à 1945, les collections des musées de Strasbourg et Colmar furent mises en sécurité au château. En 1944, les troupes américaines occupent le château qu'ils transforment en poste d'observation.


Aujourd'hui le Haut-Kœnigsbourg, dont la reconstruction a fait l'objet de tant de critiques souvent bien mal fondées, est devenu l'un des monuments nationaux les plus visités avec en moyenne 550 000 visiteurs par an. En été, la foule est si dense que la visite perd souvent de son charme. Nombre d'animations sont actuellement proposées aux visiteurs, dont les fameux dîners médiévaux, les scènettes d'initiation pour les enfants. A noter aussi l'existence d'une confrérie bachique du HautKœnigsbourg qui s'est donnée pour mission de faire apprécier et connaître les vignobles et l'excellence des vins produits dans un vaste secteur autour du château.

 



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