Le Loewenstein: Histoire du château

Le Lœwenstein est probablement le premier château édifié sur le Schlossberg, à l'altitude de 530 mètres, sur une avancée rocheuse qui occupe la pointe sud-est de la hauteur (commune de Wingen). Sa construction se placerait sous le règne de l'empereur Frédéric Barberousse ( 1152-1190 ) préoccupé de verrouiller la route nord-sud qui passait à courte distance, au nord-est du burg.

La première mention de l'existence du burg est relativement t31'dive. Nous apprenons qu'en 1283 le grand bailli impérial (landvogt), Otton III d' Ochsenstein, dans le cadre de la reprise en main des biens impériaux, se heurte à des chevaliers pillards qui occupent la place. Otton va assiéger le château et s'en empare. Wolfram de Loewenstein signera la même année l'acte de restitution. Ceci veut dire que Wolfram avait quelques droits, qu'il avait usurpé ces droits et qu'il était tenu de rendre à l'empereur ce qui appartenait à l'empire! Ainsi le Lœwenstein était bien une forteresse impériale tenue ne fief par une famille qui s’était intitulée de Lawenstein. . L'autre question que se posent les historiens est de savoir si ces Lawenstein sont en parenté avec les Fleckenstein, le prénom Wolfram étant très usité dans cette famille?

Otton III, qui a des liens familiaux avec l'empereur Rodolphe de Habsbourg, recevra la garde du château alors que les dépendances (les terres qui y sont attachées, les cens prélevés dans les villages de Wingen et Climbach) sont données en fief aux nobles de Windeck. Ceux-ci rétrocèdent ces revenus, en 1334, à Hans de Wasigenstein qui en fait don, en 1337, à son épouse sous forme de Witthum (bien personnel).

Deux châteaux sur le même rocher :

Vers 1370 - 1375, sous Otton IV d'Ochsenstein, le château est scindé en deux parties. Une brèche naturelle du rocher est élargie pour créer une séparation et deux entrées. C'est sans doute à cette occasion-là qu'est construite la tour d'escalier dont nous aurons à traiter dans la partie descriptive de la ruine. La partie sud, celle qui est tournée vers la vallée, sera donnée en arrière- fief (on pourrait dire en sous-location) à Hans Streuff von Landenberg, surnommé Hennel. La partie nord, celle tournée vers le Hohenburg, restera aux Ochsenstein. Afin d' éviter toute contestation, Otton et Hennel signent une paix castrale en l'année 1380. Toutes les dispositions y sont consignées, droits et obligations.

Trois années plus tard, en 1383, nouvel acte de partage. Otton IV, pour garantir une avance d'argent, cède cette fois la partie nord du château à Hans von Bitsch, surnommé Albé. Un personnage avait déjà triste réputation pour s'être illustré dans des actes de brigandage. Dans son testament, Otton, qui était tombé malade et craignait de mourir, incite ses héritiers à racheter l'engagère.

Malheureusement, la situation se dégrade vite. Hennel et Hans von Bitsch entament une véritable guerre contre les Lichtenberg et on peut soupçonner les Ochsenstein d'avoir facilité leurs agissements. II est vrai que cette famille avait depuis longtemps un contentieux à régler avec les Lichtenberg; les deux lignées convoitant la succession du landgraviat. Ce furent les Lichtenberg qui enlevèrent le poste et ses retombées financières! A cela s'ajoute que les Ochsenstein connaissaient des difficultés d'argent. En 1282, les Strasbourgeois venaient de leur détruire leur château ancestral, le Grand Ochsenstein. Les travaux de reconstruction avaient englouti la fortune des Ochsenstein qui cherchèrent par diverses engagères à trouver les fonds nécessaires à la poursuite des travaux. Ceci explique aussi la cession du Lœwenstein. On peut donc supposer que Otton IV ne devait pas être trop mécontent des coups portés à Jean de Lichtenberg. il n'appréhende pas les conséquences qu'auront ces cessions! Jean de Lichtenberg ayant acheté le droit de bourgeoisie à Strasbourg, demanda à la ville de lui venir en aide pour régler ce cas de brigandage dans les Vosges du Nord. Strasbourg, déjà fort engagé contre les Ochsenstein et supportant mal l'insécurité des routes qui entrave son commerce et surtout le transport qui représente un facteur essentiel de son économie, va se mettre en campagne.

Un siège mémorable :

La ville adressera aux deux seigneurs occupant le Lœwenstein des lettres exigeant des explications avec ordre de venir rendre des comptes à Wœrth. La réponse de Hennel est nette: Jean de Lichtenberg a outrepassé ses droits, causé de grands torts à lui, Hennel et à son ami Albé. Ils ne cherchent donc qu'à se faire rendre justice. Albé, de son côté, a simplement renvoyé la lettre à l'expéditeur en précisant que la ville ferait mieux de s'occuper de ses propres affaires plutôt que de s'immixer dans cette querelle. Il souligne que sa famille à des griefs valables envers les Lichtenberg qu'il qualifie de Landzwinger, ce qui peut être traduit par "spoliateurs" ou "voleurs de terres".

Il ne reste plus à Strasbourg que d'ouvrir les hostilités. Un des quatre stettmeiser, Jean Bock, est nommé chef de l'expédition. Avec 30 Glewen (lances), une forte infanterie, de nombreux archers, les Strasbourgeois mettent le siège au château. Ils coupent d'abord tous les accès, puis capturent trois hommes de la garnison qui s'étaient imprudemment avancés hors des murs. Puis on lance une première sommation; elle est rejetée. Les artisans de la ville se mettent ensuite à l'ouvrage et construisent un grand ouvrage, en fait une plate-forme sur laquelle sera dressée une tour en bois d'où on lancera des boulets de pierre contre le château, en visant particulièrement la "tour de Hennel", donc le donjon pentagonal qui couvre les bâtiments d'habitation. Le tir ne semble guère ébranler la défense qui réplique en lançant, à son tour, des projectiles contre la plate-forme.

Jean Bock décide sur ce de resserrer l'étreinte. Il installe sa base arrière, établie jusque là à Goersdorf, dans les châteaux du Fleckenstein et Hohenburg. Désormais la place assiégée est sous contrôle continuel. Plusieurs assauts sont lancés, notamment à la tombée de la nuit, à grands renforts de traits enflammés. Une des attaques est portée contre la basse-cour dont on peut encore voir, de nos jours, le développement à l'ouest du rocher et qui abritait l'indispensable puits. L'attaque fut repoussée. Les Strasbourgeois amenèrent alors une arme nouvelle, les Geschütze, des arquebuses. Deux tours roulantes furent construites afin que les mineurs puissent s’apporcher des défenses et creuser des sappes en face de la tour de Hennel. Au bout de dix jours de siège, le château semble bien endommagé et la garnison devait avoir quelques craintes, d'autant plus que ni Hennel, ni Hans Albé n'étaient présents.

Dans un troisième rapport que Bock adresse à la ville, nous apprenons que les mineurs ne sont plus qu'à une demi-pique des défenses. Le capitaine du château, Albrecht Frige de Hohenart, juge alors la situation désespérée. Le 19 juin, il capitule. La garnison comptait 19 hommes; cinq signeront la reddition avec leurs sceaux: Frige, deux frères Kramisch de Dirmenstein, Guillaume Klüpfel et Henri Fleming.

Le Lœwenstein sera détruit. Le bilan financier de l'opération est lourd. Il en aura coûté à la ville plus de 14 000 florins, soit beaucoup plus que la valeur immobilière du château. Dans les comptes scrupuleusement tenus, nous notons que pour les quatre semaines passées à commander l'opération, le stettmeister Bock a touché 140 florins, chaque mercenaire 30 florins, chaque archer 17 florins. . Les neuf tâcherons et maçons qui ont creusé les sappes auront coûté 21 livres pfennigs, les arquebusiers (Büchsenschieser) 40 livres...

Strasbourg cherchera évidemment à rentrer dans ses frais tandis que les Ochsenstein exigent réparation. En 1393, Ottemann, Herr zu Ochsenstein, proteste auprès de la ville et énumère tous les torts qui lui ont été faits, notamment le pillage de Marlenheim, la destruction du Petit Ochsenstein et du Lœwenstein. Ottemann écrit: Item auch han! sy mir Lowenstein mein vesten czerbrochen in den dingen daz ich auch nicht wuste mit yn zu schafJend han, da ich doch sundem veils, brucken, porten und tum hett und ich, und dy von meinen wegen da ynnen warent...

Il estime le total des pertes subies à 2 000 florins.

On leur coupera la tête :

Qu'est-il advenu de Hennel et Atbé ? Ils ont d'abord cherché un puissant seigneur qui aurait pu défendre leur cause. Ce fut peine perdue, tous déclinèrent leurs offres. Le comte palatin Robert eut même l'indélicatesse de prévenir la ville de Strasbourg des démarches entreprises par les deux chevaliers. De guerre lasse, Hennel signera le 9 avril 1387 la paix avec Strasbourg. s'engage à ne pas exiger de dédommagements pour les pertes subies, notamment en ce qui concerne sa part sur Lœwenstein.

La chronique de Specklin nous livre un autre passage sur cette guerre. D'après ce texte, Hennel et Albé auraient repris la guerre à partir du château du "Nieder-Motherburg". Ils coupèrent ainsi toute communication sur la route vers Bitche en rançonnant les commerçants. La ville de Strasbourg plaça des mercenaires dans la cité de Pfaffenhoffen et profitant de l'obscurité, ceux-ci escaladèrent les murs du château de Niedermodern où nos deux compères furent surpris et capturés. Ils seront jetés en prison à Strasbourg. Jugés et décapités. La chronique de Herzog ajoute que Hans von Albé avait demandé le privilège d'être enterré en l'abbaye de Neubourg. A l'entrée de la maison du chapitre pouvait se lire l'inscription suivante:

ANNO DOMINI MCCCLXVIII (1368 ?) VI CALENDIS FEBRUARII OBIIT JOHANNES ARMIGER DE ALBA.

La date indiquée laisse toutefois planer des doutes sur l'authenticité de cette inscription.
Les Ochsenstein rentrèrent finalement en jouissance des ruines du château et les conservèrent jusqu'à leur extinction en 1485. Ils avaient toutefois donné le burg en ruines en fief aux Puller de Hohenburg ( en 1386 ) qui y auraient entrepris des travaux de réfection. A la mort du dernier des Puller, l'évêché de Strasbourg éleva des prétentions, mais ce furent finalement les Sickingen qui pourront jouir du fief.

Divers auteurs estiment que les Sickingen auraient effectué d'importants travaux de réfection afin que le site puisse servir de poste avancé au Hohenburg. De nombreux tessons de poterie des XVe et XVIe siècles laissent effectivement supposer que le site fut à nouveau remis en état et occupé.

Rappelons que les biens des Ochsenstein passèrent en héritage aux comtes de Deux-Ponts-Bitche et avec cet héritage la ruine du Lœwenstein. En 1570, ce sont les Hanau-Lichtenberg qui en sont les héritiers; enfin en 1736, ce sont les Hesse-Darmstadt.

La Révolution placera le tout sous séquestre et les ruines entreront dans le patrimoine de l'administration des Eaux et Forêts. En 1866, des travaux de remise en état furent entrepris et la ruine classée monument historique le 6 Décembre 1898. Aujourd’hui il faudrait prendre des travaux d’envergure pour consolider la ruine.

 

 

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