Le Lutzelburg : Histoire du château

Les comtes de Lutzelburg, qui s'installeront sur ce site, sont des descendants de la haute noblesse lorraine et sont issus de la maison des comtes de Montbéliard, Bar et Mousson. Ils sont également en parenté avec les comtes de Ferrette et de la puissante maison de Savoie. C'est Frédéric de Montbéliard qui, en épousant Agnès de Savoie, ajoute à ses titres celui de margrave de Suse (près de Turin). De cette union naissent plusieurs enfants, dont Pierre qui portera, le premier, le titre de comte de Lutzelburg.


L'histoire du château :

A la mort de son père (1092), Pierre ne peut conserver le margraviat de Suse qui passe à l'empereur Henri IV. Le jeune homme décide alors de revenir sur ses terres ancestrales, le comté qui s'étend sur un tiers de la forêt de Haguenau et se place à cheval sur les Vosges autour de Philippsbourg. La vallée de la Zorn formant les limites sud du territoire. Ce n'est toutefois qu'en 1126 et 1127 que Pierre apparaît sous son titre de comte de Lutzelburg. En 1127, avec le consentement de son épouse Ida et de son fils Réginald, il fonde l'abbaye de moniales bénédictines de SaintJean-lès-Saverne. C'est sans doute à lui aussi que nous devons la construction du château de Falkenstein qui protège les limites nord de son comté alors que le Lutzelburg assure la sécurité sur le flanc sud.

Sur un site très probablement fortifié dès le Xe siècle en tant que château-refuge (Flieburg) qui appartenait primitivement à l' abbaye de Marmoutier, Pierre a fait construire les premiers éléments du château fort dès la fin du XIe soit tout au début du XIIe siècle. En même temps qu'il arrache le domaine foncier à l'abbaye, il s'est emparé de la forêt de Hultehouse et de la dîme sur Garrebourg. Son fils, Réginald, sans doute sur l'injonction de sa mère Ida et après la mort de son père ( en 1133) rendra les domaines usurpés à l'abbaye de Marmoutier. D'abord la dîme sur Garrebourg, puis la forêt de Hultehouse. Il y ajoutera diverses ressources, sans doute pour indemniser l'abbaye concernant le terrain occupé par le château.

Une succession contestée :

Réginald, qui porte le titre de comte de Lutzelburg et Falkenstein, avait fait de grandes donations en faveur de l'abbaye de Neubourg (en 1128). A son décès, quelques jours après Noël 1142, son corps sera inhumé le premier janvier 1143 dans l'église de cette abbaye. Il ne laissait pas d'héritier direct.

L'héritage et avec lui le château intitulé "castrum Lucelborc", sera capté par un de ses parents, l'évêque de Metz, Etienne de Bar. Le prélat donnera le burg en fief
au comte Hugues de Metz-Lunéville. A la mort de Hugues, le duc Matthieu de Lorraine s'empare de force du château (en 1151). L'évêque n'hésite pas, rassemble son armée et avec l'aide de l'empereur Frédéric Barberousse ravage les possessions ducales. Les belligérants trouveront finalement un terrain d'entente: le château restera à l'évêque. Mais un second prétendant à l'héritage s'était manifesté entretemps : Volmar de Sarrewerden. Le comte avait épousé Stéphanie de Bar et estimait avoir droit à une part de la succession. L'évêque et le duc de Lorraine contesteront ses droits. Leurs troupes vont envahir le comté et détruire le château de Sarrewerden. Volmar est capturé et retenu prisonnier au Lutzelburg où il passera plusieurs années en captivité. Son fils, Louis de Sarrewerden, persistera dans les revendications paternelles. En 1175, il s'empare du Lutzelburg et s'y installe. Ses hommes tiennent déjà le Falkenstein.

Le château est transformé :


Devant ce coup de force, l'évêque de Metz assiège à son tour le Lutzelburg ( en 1179) où Louis de Sarrewerden s'est retranché dans le donjon médian.
Le comte de Sarrewerden sera contraint à se rendre. C'est probablement à la suite de ces sièges mouvementés et successifs que le château va être transformé. La tour médiane ne semble être autre que le donjon pentagonal placé au centre de l'éperon barré. Il est probable que tout l'éperon est alors divisé en deux parties à hauteur du donjon pentagonal. Vers la fin du XII siècle, l'ancienne tour-porte est transformée et on construit la tour carrée placée juste derrière le fossé et appelée par la suite "tour de Fénétrange".

Le château reste en tout cas possession de l'évêque de Metz qui en inféode une lignée de chevaliers qui se trouve à son service (des ministériels). Cette famille s'intitulera de Lutzelburg et forme donc la seconde lignée qui porta ce nom. Elle aura pour mission de garder le château et y réside. Le premier membre qui nous soit connu est Herrmann de Lucelnburch. Elle saura, rapidement, prendre de l'importance et occupera par la suite de hautes fonctions, notamment auprès des évêques de Metz. On peut voir dans l'église des Récollets de Saverne deux pierres tombales de cette lignée.

L'intervention des Géroldseck :

En tant qu'avoué de l'abbaye de Marm'outier, Bourcard de Geroldseck s'empare en 1235 du château de Lutzelburg. L'évêque de Metz ordonne sur ce à son neveu, Gottfried d' Apremont, de reprendre la place. Bien approvisionnée et équipée de machines de guerre, la garnison résiste aux premières tentatives. Gottfried sera même blessé à la tête par le jet d'une pierrière et perd un oeil. L'assaut finira par déborder la défense. Bourcard et ses hommes se retrouvent prisonniers. Ils vont devoir payer une lourde rançon avant de retrouver la liberté. Bourcard sera même obligé d'engager une partie de ses domaines pour réunir la somme nécessaire à sa rançon.

A la fin du XIIIe siècle, la lutte entre plusieurs candidats à l' élection épiscopale de Metz pousse l'Eglise à placer les domaines épiscopaux sous la tutelle de hauts seigneurs. Frédéric de Lichtenberg, prévôt de la cathédrale de Strasbourg, est alors le gardien de divers domaines, dont le château de Lutzelburg (en 1296). L'année suivante, le château est rendu au nouvel évêque de Metz, Gérard de Relanges. A la Toussaint 1345, l'évêque de Metz, Adémar de Montil, engage à Bourcard de Fénétrange le château de Lutzelburg pour une valeur de 500 livres de petits tournois. Depuis 1344, Bourcard était en possession des domaines qui relevaient du burg et estimés également à 500 livres de petits tournois. Par cette transaction, l'évêque garantissait à Bourcard la solde promise pour ses services. C'est depuis cette époque que la grande tour sur le front sud porte le nom de "tour de Fénétrange". L'évêque avait, bien évidemment, tout loisir de reprendre son château en remboursant à Bourcard la valeur de la transaction.

En 1381, l'évêque Dietrich Bayer de Boppart réussit enfin à racheter la moitié de l'engagère. Peu après fut signée une paix castrale entre l'évêque et les Fénétrange qui garantissait à la famille la moitié du château et jusqu'au remboursement intégral de l' engagère. Ce remboursement eut lieu peu de temps après.

Le morcellement de la propriété :

Les évêchés de Metz et de Strasbourg connurent aux XIVe et XVe siècles de nombreuses difficultés financières. Vers 1390, l'évêque Rodolphe de Coucy cède 1/4 du Lutzelburg au duc de Lorraine et ce pour une valeur de 800 florins. Mais précédemment l'évêque de Strasbourg, Frédéric de Blankenheim, avait acquis un premier quart de la place, cette fois pour une valeur de 1 200 florins! Et le prélat strasbourgeois avait rétrocédé son engagère à Rodolphe de Hohenstein. pour une valeur de 900 florins.

Le lundi après Noël de l'an 1391, l'évêque de Metz rembourse intégralement l' engagère au prélat strasbourgeois. Peu après, l'évêque de Strasbourg réapparait comme copropriétaire du château. A quelque temps de là, l'évêque Guillaume de Diest résidera même passagèrement au Lutzelburg et nomme Conrad de Kraufthal comme capitaine de la place. En l'espace de quelques années, le Lutzelburg était devenu ce qu'on nomme un "Ganer binat" ", une association de copropriétaires et colocataires. Pour que la cohabitation puisse se faire sans trop de difficultés, les membres de cette association signèrent le 7 janvier 1394 une paix castrale. Nous trouvons là les signatures de : Rodolphe de Hohenstein, Bechtold Munch de Wilsperg, Egenolphe de Lützelburg et Lutze de Lampertheim.

Au fur et à mesure que les années passent, le nombre des "Ganerben" augmente. En 1398, s'ajoute Hessmann de Lampertheim ; en 1399 c'est Henri Eckbrecht de Durckheim ; en 1400 nous trouvons également la signature de l'évêque de Strasbourg Guillaume de Diest et du Schultheiss de Saverne, Gérard de Dahn-Linange. Enfin, en 1402, le duc de Lorraine reprend une engagère sur 1/4 du château pour la même valeur de 800 florins. Tous ces copropriétaires se retrouvent en 1404 au château pour déterminer en commun le montant des sommes qu'il faudra consacrer aux travaux d'entretien. Il est convenu que les membres de l'association élisent un "Baumeister" (architecte) auquel il appartiendra de diriger les travaux. Toute contestation sera arbitrée par Eberlin de Greifenstein. Ces textes nous éclairent sur les accords conclus entre toutes ces parties ayant des droits sur le château et comment, grâce à des paix castraIes, on cherchait à éviter les désaccords.

En l'année 1405, l'évêque Raoul de Coucy renouvelle à Bernard et Jean de Lutzelburg le fief sur le château de Lutzelburg et ses dépendances. Le document énumère les bâtiments concernés. Il y a d'abord la maison placée entre la tour de Fénétrange et le puits, puis la tour près de l'entrée principale et toutes les dépendances, comme les jardins et prairies qui entourent le château, le village de Niederwiller et le droit de justice, le ban et le village de Schambourg avec les droits de justice, le ban et le village de Gungwi/ler, les villages de Graufthal, Eschbourg et les droits de justice, le village de Bruwiller et les droits de justice sur Kraesmwiller.
La situation financière de l'évêché de Metz ne s'arrangeant guère, l'évêque finira par vendre en 1409 au duc de Lorraine le quart du château qu'il tenait précédemment en engagère avec toutes les dépendances et ceci pour la valeur de 800 florins du Rhin. L'année suivante, un autre quart du château est vendu à l'évêque Guillaume de Diest. Il serait fastidieux d'énumérer toutes les transactions qui vont se suivre sur le partage du château. Parmi les lignées qui reçoivent ou acquièrent des droits et parts sur Lutzelburg se trouve le chevalier Crappe de Sarrebourg. Après son décès, sa veuve se remarie et Egenolf de Rathsamhausen, comme tuteur des deux filles mineurs du chevalier Crappe, se voit reconnaître ( en 1481) la jouissance "d'une maison forte sur Lutzelburg". Le château était maintenant divisé entre tant de parties qu'il paraissait inévitable de voir s'y infiltrer un de ces chevaliers brigands qui sont légion à cette époque. Par les paix castrales, les "Ganerben" organisaient certes le service de garde et s'engageaient à se prêter mutuelle assistance. Mais cela n'empêcha pas Jean et Arnold Krantz de Geispolsheim d'utiliser le château comme prison. Pour venger la mort de leur père tombé le 9 avril 1473 sous les coups des Messins, ils commencèrent par dévaster les terres messines et à emprisonner des bourgeois de cette ville au Lutzelburg dont ils étaient également des "Ganerben". On connaît ainsi le sort du médecin Guillaume Lebœuf qui dut verser 1 200 florins pour retrouver la liberté et Colin Champion qui versera 400 florins à titre de rançon...

L'épisode de François de Sickingen et la fin du château

Au début du XVIe siècle, François de Sickingen devient également membre du Ganerbinat sur le Lutzelburg. Il avait engagé la lutte contre les trois princes du Palatinat et de Hesse et se trouva bientôt encerclé dans son château du Nannstein. Là il fut mortellement blessé (en 1523) dans l'immense tour d'artillerie qu'il avait faite construire en 1518. Le Nannstein fut détruit et les armées des princes attaquèrent les autres châteaux qui relevaient de François. En Alsace, c'est d'abord le Hohenburg qui fut attaqué, la place ouvrit ses portes. Le 19 mai 1523, les troupes princières firent leur apparition sous les murs du Lutzelburg. Le hérault d'armes, Caspar Sturm, somma la garnison à se rendre. Tout refus signifierait la mort pour la garnison. Les conditions d'une reddition paraissant acceptables, d'autant plus que François de Sickingen était mort, la garnison quitta le château avec ses biens. Le Lutzelburg fut alors incendié, ses enceintes démolies.
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C'est depuis cette date que le château est en ruines. Il sera d'abord incorporé aux biens du prince palatin Frédéric, puis intégré au comté de La Petite Pierre qui appartenait déjà au prince. Par le biais de la succession, la ruine passa en 1566 au comte palatin Georges-Jean de Veldenz qui hérita de même du comté de La Petite-Pierre. C'est lui qui lança les travaux de la future place forte de Phalsbourg et en 1577 souhaita s'attaquer à la reconstruction du Lutzelburg. Les devis chiffrèrent le projet à 14 000 florins auxquels il fallait ajouter une somme importante pour payer la garnison, son approvisionnement, l' équipement. Les finances du comte étant déjà bien mal en point, Georges-Jean, surnommé amicalement "de Jerry Hans", renonça à son projet. Le Lutzelburg allait rester en ruines. La situation financière du comte empirant, il dut se résoudre à vendre Phalsbourg, l'essentiel de ses domaines et les ruines du Lutzelburg au duc de Lorraine ( en 1583).

Depuis, les ruines du château ont connu un destin mouvementé. En 1840, les propriétaires souhaitèrent vendre les matériaux de la ruine aux entreprises qui construisaient la ligne de chemin de fer, il se trouva, heureusement, un homme courageux, Adolf Germain, notaire à Phalsbourg, pour sauver le château. Il racheta le domaine, puis le revendit. Les ventes se succèderont jusqu'au moment où le célèbre professeur strasbourgeois de médecine, E. Kœberlé, racheta le site. Il décida de consolider les mines, d'entreprendre des fouilles et édifia la salle néo-romane. En 1909, il publia à Strasbourg son ouvrage "Les ruines du château de Lutzelbourg" où il rapporte ses découvertes et ses hypothèses. Le Lutzelburg est aujourd'hui une propriété de la commune de Lutzelbourg .





 

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