Le Nideck : Histoire du château

A 534 mètres d'altitude, le château du Nideck est célèbre à travers une grande partie de l'Europe germanophone grâce à une légende, celle, la fille du géant. Le château est accroché à un éperon de rhyolite, témoin de l'activité volcanique dans le secteur il y a 250 millions d'années. La roche qui forme une épaisseur de 300 mètres, tombe à pic vers le sud. C'est le long de cette paroi, formant un véritable cirque de montagne, que se précipitent les eaux d'un petit ruisseau qui donne ainsi naissance à l'une des plus charmantes cascades des Vosges. Quant au complexe castral, il se décompose en deux châteaux. Celui placé au nord, face à la montagne, semble être de construction plus récente que le petit burg du sud caractérisé par son puissant donjon.

Histoire du château :

Là encore nous nous trouvons devant une absence de documents qui pourraient nous renseigner sur l'aube de ces châteaux. Force est d'émettre des hypothèses. Le travail de la pierre du château inférieur reflète des techniques généralement usitées dans la première moitié du XIIIe siècle. Cette période est marquée, nous le verrons pour les châteaux du Ringelstein et Hohenstein, par la guerre de succession des Eguisheim-Dabo. L'évêque de Strasbourg revendique l'héritage et en 1226 s'affirme comme l'homme fort du secteur. Il arrive à confiner Simon de Linange sur Dabo même et étend ses prétentions sur les terres voisines de Haslach.

Vers 1250, au moment où l'empire sombre dans une certaine anarchie et que s'ouvre le Grand Interrègne (1250-1273), les Hohenstaufen ne pouvant plus contrôler la situation, c'est encore l'évêque de Strasbourg qui apparaît comme l'homme fort du secteur. Il fait édifier plusieurs châteaux, notamment ceux dans le massif du Mont-Sainte-Odile.

Serait-ce lui le constructeur du Nideck inférieur? Il s'assure par là le contrôle des terres environnantes et de la route qui emprunte la vallée de la Hase! Cette construction a pu intervenir entre 1226 et 1256. L'analyse de l'architecture du burg révèle un arrêt du chantier dont nous ignorons la raison. On peut observer sur le donjon du château inférieur deux techniques de construction bien différentes. Jusqu'à mi-hauteur nous trouvons de grandes pierres à bossages avec des liserés minces, puis, dans la partie supérieure, des blocs moins grands, moins soignés avec liserés larges.

C'est en 1264 qu'apparaît pour la première fois sur un document le nom de Bourcard, «burgravius de Nidecke», qui vient de la famille de Dorlisheim qui a déjà en charge le château de Ringelstein. Le burggrave n'est autre qu'un fonctionnaire de l'évêché qui a pour mission d'assurer la garde du ou des châteaux qui lui sont confiés.

Dorninus Burcardus burgravius de Nidecke est encore témoin, en 1279, d'une donation que fait le burgrave d'Osthoffen au prieuré de Lahr en Allemagne. Un autre burggrave de Nideck est mentionné sous le prénom de Frédéric. La lignée se perpétue avec Rodolphe de Nideck, sénateur de la ville de Strasbourg
en 1321 et Stettmeister en 1324.

Deux années plus tard, Brunon de Nideck est mentionné dans un document du couvent Sainte-Elisabeth de Strasbourg. La famille semble alors jouir d'un certain rang social dans la grande métropole rhénane où elle possède sa résidence dans le quartier Saint-Thomas. Wernlin de Nideck devient même le représentant des marchands de vin en 1351, une des plus riches corporations de la ville. C'est vers cette époque que
fut sans doute édifié le haut château, afin de faire face aux besoins en logis d'une famille prolifique.
Ce n'est qu'en 1336 que sont mentionnés les deux châteaux, haut et bas Nideck. Tous deux sont bel et bien des propriétés de l'évêque de Strasbourg qui les donne en fief aux landgraves de Werd. Ceux-ci en confieront l'arrière-fief à des vassaux qui en rendront hommage aux landgraves. En 1359, l'évêque a récupéré son bien et reçoit à nouveau le serment d'allégeance du burgrave. Nouveau changement de statut en 1373. Le château, tout comme une partie de la vallée de la Bruche, sont donnés en gage à divers bourgeois strasbourgeois.

Une association de locataires et propriétaires :

Lors de la campagne milanaise de l'empereur Charles IV du Luxembourg, on trouve dans la suite impériale un chevalier Jean de Megde qui s'intitule châtelain du Nideck. Un autre membre de cette famille patricienne strasbourgeoise apparaît en 1381 comme occupant le poste de chambellan auprès de l'évêque avec le titre de seigneur de Nideck. Il semble ainsi que les de Megde aient succédé aux burggraves de Nideck dans la fonction de gardiens du château. Mais déjà le burg est partagé entre plusieurs familles.

Le fractionnement du droit de propriété est un phénomène relativement courant au cours du XIVe siècle. L'entretien des châteaux représente un coût important. En multipliant les parts on divise les frais. Et comme de nombreux nobles tiennent encore à posséder, pour le prestige de leur nom, un château ou une part de château, on trouve encore de nombreux amateurs prêts à acquérir des «parts» de châteaux. Mais la cohabitation entraîne d'autres problèmes, notamment celui des querelles entre voisins.

En 1393, les copropriétaires et colocataires signent une paix castrale dont les articles stipulent les droits et devoirs de chaque ayant-droit du Nideck. Cette année-là signent cette paix castrale : Jean de Schaeffersheim, Thomas d'Endingen, Nicolas Richter, Frédéric Stahel de Westhoffen, Wyrich de Berstett, etc...

Une seconde paix castrale est signée en 1422 pour le «Nieder Nideck». Sont signataires du document: Nicolas et Althans de Grostein, Ulric Bock, Cuno et Arbogast, écuyers de Kageneck. Nous devons au médiéviste Francis Rapp l'analyse du document. On constate ainsi qu'une paix castrale ne s'applique pas uniquement aux bâtiments du château, mais est valable pour un vaste secteur géographique autour du château. Ici, en l'occurence, le territoire couvre 42 km² ! Les cosignataires jurent sur l'Evangile de respecter les clauses du traité de paix, à savoir:

- nul n'expulsera un autre copropriétaire;

- nul ne causera du tort à l'autre;

- si une querelle s'élève entre les valets des cosignataires, les maîtres s'occuperont à réparer les torts, mais s'interdiront de tirer vengeance, soit en séquestrant, soit en molestant ou même en assassinant un valet ou un sujet de la partie adverse.

Le problème essentiel qui est traité dans le document est celui de l'ouverture du château. Celui-ci peut, en effet, être loué à des nobles ou bourgeois qui sont en guerre et qui ont besoin d'un burg pour mener leurs affaires, soit pour s'y réfugier, soit pour en faire une base opérationnelle. Les colocataires créent, pour ce service, un «droit d'hébergement». Le demandeur devra adresser une sollicitation écrite, au moins huit
jours avant son arrivée, puis payer le droit fixé qui varie en fonction de l'échelle sociale du demandeur.

Un prince devra payer 20 florins plus deux arbalètes, chaque arbalète étant d'une valeur de 4 florins pièce. Un baron paiera 10 florins et une arbalète. Un bourgeois, représentant d'une ville, devra acquitter 20 florins et 2 arbalètes. Un simple noble sera taxé de 5 florins et d'une arbalète, un simple soldat de 2 florins et d'une arbalète.

L'argent de l'hébergement est à verser au «Bumeister». C'est la première fois que nous voyons apparaître ce personnage dans un traité. Cet homme, véritable gérant peut-on dire, encaissera les diverses redevances et sera chargé de mener les travaux d'entretien où chaque colocataire aura sa part à payer. Doué en architecture, le «Bumeister» est en général nommé pour un an, mais son contrat peut être renouvelé. Sa tâche n'est pas toujours facile, car bien des colocataires ne paient que difficilement les travaux décidés. En cas de conflit, on demandera l'arbitrage de l'évêque que chaque signataire s'engage à respecter.
Enfin, l'accueil d'hôtes difficiles peut entraîner bien des problèmes. Certes, on veillera à ne pas laisser entrer dans le château du Nideck des personnages troubles, mais on ne peut échapper à l'erreur. Si un conflit éclate entre l'hôte et un des colocataires, l'hôte sera reconduit dans les huit jours aux limites de la zone incluse dans la paix castrale. Si le «Bumeister» est payé, de même que ses valets, lui même à des obligations précises. Il doit veiller aux provisions. Ainsi, au bas Nideck, il y aura toujours en réserve: 30 réseaux de seigle et de farine, 3 foudres de vin, ce qui, d'après les calculs de Francis Rapp, correspond à des provisions de deux mois pour 20 défenseurs à raison de deux kg de pain et de 2,5 litres de vin par personne et par jour.

En cas d'infraction à la paix castrale, les amendes peuvent aller jusqu'à l'expropriation!

En 1436, Thomas Megde se rebelle. Il possède une part importante du château et refuse de payer à l'évêque les droits qui découlent de ce fief. Quand les représentants du prélat se présentent aux portes du château pour obtenir des explications, Thomas les laisse proprement devant la porte. L'évêque punira ses vassaux en leur enlevant le fief qu'il transmet à André Wyrich dont un parent avait déjà signé la paix castrale de 1393.

En 1448, Strasbourg est en guerre avec le seigneur de Fénétrange qui avait, notamment, aidé les Armagnacs lors de leur invasion en Alsace. André Wyrich étant allié du sire de Fénétrange va s'attirer le courroux des Strasbourgeois qui viennent mettre le siège au château le 20 février 1448. Mais notre châtelain s'empresse de souscrire aux conditions posées par les Strasbourgeois, notamment de couper tout lien avec l'ennemi de la ville. André Wyrich devra prêter serment de soumission aux Strasbourgeois et s'engage à ne pas ouvrir son château aux Fénétrange et à leurs alliés.

Le danger à peine écarté, Wyrich reprend ses alliances et se brouille avec le sire Louis de Lichtenberg, un des plus puissants seigneurs de l'époque qui met le siège au Nideck. Cette fois la résistance est vive et plus d'un assaillant trouve la mort dans les combats. Les jours passent, les vivres commencent à manquer. André Wyrich est contraint de se rendre et demande les conditions exigées. La réponse est nette: le châtelain aura la tête tranchée et le château sera détruit.

A en croire la tradition, c'est l'épouse d'André qui, en se jetant aux pieds du sire de Lichtenberg, obtiendra la grâce pour son époux. Le château sera lui aussi épargné.

Dès lors les chroniques ne rapportent plus de faits d'armes. Le nom du château figure encore dans des transactions et la liste des colocataires s'allonge. En 1491, la moitié du château passe aux Mullenheim qui conserveront cette propriété jusqu'en 1509. De 1496 à 1715, ce sont les Landsberg qui y détiennent des droits, de 1715 à 1790 les Flaxlanden et les Ocahan. Mais le château est depuis longtemps en ruine, il aurait été détruit par un incendie au cours de la guerre de Trente Ans en 1636.

 

 

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