Le Pflixburg : Histoire du château

L’histoire est bien avare en documents sur le château. Sa construction, en regard de l’analyse architecturale, est intervenue au début du XIIIème siècle et attribuée à la politique de l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen.

Otton IV de Brunswick, empereur du Saint Empire Germanique, avait supplanté les Hohenstaufen et bénéficié du soutien du pape Innocent III. En 1211, pour avoir déplu au pontife romain, Otton IV est excommunié. Le pape fera appel à Frédéric de Hohenstaufen, alors roi de Sicile. La même année encore, Frédéric se retrouve à Colmar. Allié du roi de France Philippe – Auguste, le Hohenstaufen apprends avec satisfaction que Otton IV vient d’être vaincu à la bataille de Bouvines ( en 1214 ). Installé épisodiquement à Haguenau, Frédéric II est élu roi des Romains et, après la mort d’Otton IV, consacré empereur du Saint Empire romain germanique ( en 1220 ). Entre-temps il ‘est assuré le contrôle de l’Alsace et nommé AlbinWölfelin comme bailli impérial. C’est probablement lui qui développe la politique castrale impériale en édifiant plusieurs châteaux, dont le Pflixburg.

La situation du château est remarquable. Il domine et commande l’entrée de la vallée de la Fecht au fond de laquelle est installé l’abbaye de Munster dont les Hohenstaufen avaient été avoués. En édifiant un château à l’entrée du val, Wölfelin couvre une route par laquelle peut surgir un danger pour Colmar et en même temps protège le val et son abbaye.

Nous entendons pour la première fois parler du château dans une charte émise le 17 mai 1220 par Frédéric II de Hohenstaufen et par laquelle ce dernier confirme une donation faite en faveur de son ministériel Frédéric de Schauenburg. Le texte dit : Friedericus Schovinburc, noster ministerialis et procurator in Blickersberg et in Alsatia…
La charte stipule que ce Frédéric était décédé en 1219, ce qui met en évidence que le château existait déjà cette année là ! On peut avancer l’hypothèse du château construit quelques années avant 1219 sur une terre qui relevait du bailliage impérial de Kaysersberg. Cette charte nous dit aussi que le château avait été donné à un ministériel qui remplissait la charge de procurateur, charge qui deviendra par la suite celle de Reichenlandvogt, bailli impérial. La charge de procurateur sera tenue ensuite par Berthold de Tannerode. Puis les évêques de Strasbourg, profitant de la confusion née de la vacance du pouvoir impérial, s’en emparent à partir de 1255 pour le conserver jusqu’en 1270 au moins.

Après le Grand Interrègne, le Pflixburg apparaît comme un fief impérial qui relève de la charge de Landvogt. C’est Cunon de Bergheim qui porte ce titre dès 1273. Mais en 1276 c’est Conrad Werner III de Hattstatt qui réside au château en qualité de Burgmann. Le document mentionne que le châtelain vient de perdre son épouse, Stéphanie de Ferrette, le 23 septembre 1276. Conrad Werner aura, à plusieurs reprises, confirmation de son fief sur le Pflixburg – d’une valeur de 80 marks – notamment en 1280 par Rodolphe de Habsbourg, puis à nouveau en 1285. Il apparaît aussi avec le titre d’administrateur des terres autrichiennes en Alsace. En l’année 1297, nous trouvons inféodé du fief impérial Conrad Werner IV de Hattstatt. Le château sert en tout cas de résidence au bailli qui est chargé de l’administration du bailliage de Kaysersberg.

En 1298, le Pflixburg et ses dépendances sont engagés par le roi Adolphe de Nassau au sire d’Usenburg en garantie d’une partie de de la somme convenue pour le rachat du château de Kentzingen. Puis, en 1316, Frédéric le Beau en inféode le landvogt Otton d’Ochsenstein.
Les Ochsenstein restent en charge jusqu’en 1330. La même année encore ( en 1330 ), tout le bailliage de Kaysersberg, avec le Pflixburg, est engagé par l’empereur Louis de Bavière au roi Jean de Bohême. Le château a-t-il alors joué un rôle pour servir de point d’appui aux impériaux luttant contre le soulèvement de l’évêque de Strasbourg et de plusieurs villes ? Le calme étant revenu, le siège du bailliage est transféré du Pflixburg au château de Kaysersberg. L’intérêt pour le château est désormais secondaire. On y trouve les Hattstatt en 1333, le bailli de Steinung ( en 1336 ), le comte palatin du Rhin Rodolphe II ( en 1349 ) et enfin Hanemann de Girsberg et Hans Ulric de Hus ou de Husen ( en 1375 ). A l’extinction de la famille Hus ( en 1433), le château est réintégré par l’empereur Sigismond d’Autriche qui le donne, toujours en engagère, à son vice chancelier Caspar Schlick.

C’est alors que nous entrons dans une phase bien obscure de l’histoire de notre château. Le chancelier revendit rapidement (en 1434 ) ses droits sur le château à Sasmann de Ribeaupierre qui, à l’époque, tentait de développer ses possessions. Les Ribeaupierre étaient depuis longtemps sur le pied de guerre contre les Hattstatt qui émirent de vigoureuses protestations rappelant leurs droits sur le Pflixburg et le fait que ces droits ne pouvaient pas être cédés à des tiers, mais qu’ils avaient un droit de préemption sur le rachat de l’engagère. Bien d’autre giefs opposaient déjà les deux camps et cette querelle à propos du Pflixburg n’est peut-être qu’un prétexte pour freiner l’expansion des Ribeupierre qui, en s’établissant sur le Pflixburg, mettaient pied sur la rive droite de la Fecht et menaçaient plus directement les Hattstatt.

A en croire l’archiviste Auguste Scherlen, les Ribeaupierre auraient alors lancé une expédition contre le château qui fut détruit autour de l’année 1446. Dans un article paru dans la revue « Der Wanderer » en 1883, l’auteur parle de plusieurs attaques qui auraient été effectuées contre le Pflixburg au cours du conflit.

Tout indique que le Pflixburg ne fut plus relevé. Les rares fouilles entreprises confirment cette hypothèse par le fait qu’aucun objet plus récent n’a été mis au jour dans les ruines du burg. De même sur le flanc sud du promontoire, s’étaient sans doute installés quelques fermiers chargés de l’approvisionnement de la place. Le hameau est mentionné sous le nom de Husen, il a sans doute disparu lors des même évènements du XVème siècle.

Lazare de Schwendi se rendit par la suite acquéreur de tout le bailliage impérial de Kaysersberg et réclama la cession du Pflixburg qui devait faire partie des terres. Il finira par se voir reconnaître les forets environnantes, mais semble avoir oublié les ruines qui restèrent aux Ribeaupierre. Le Pflixburg, en tant que ruine, fut ainsi intégré au bailliage de Wihr-au-Val.


 

 

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