Le Ribeaupierre: Histoire du château

Couronnant une hauteur dominant les deux châteaux de Saint-Ulrich et du Girsberg, le Haut-Ribeaupierre est un remarquable exemple d'un burg conçu au XIIIe siècle. On admet en général qu'il fut édifié au cours de l'Interrègne (1250-1273), cette période troublée qui voit la fin des empereurs de la maison des Hohenstaufen et l'arrivée sur le devant de la scène de Rodolphe de Habsbourg. Pendant vingt-trois années, le trône du Saint Empire resta inoccupé. Les grands princes cherchèrent à tirer profit de cette situation pour étendre leurs domaines, agrandir leurs propriétés tout en éliminant les rivaux. En Alsace, l'évêque de Strasbourg se signala par une politique expansionniste, plaçant sur les terres impériales qu'il fait occuper de force, des châteaux. L'évêque de Bâle a une conduite analogue.

C'est dans ce contexte trouble qu'est mentionné pour la première fois en 1254 le nom d'Altenkastel, nom d'une lignée de ministériels. Mais ce nom signifie château du haut! Par la suite la lignée en question est citée comme installée dans ce château qui prendra plus tard le nom de Hohrappolstein. Il est probable que la construction de ce burg soit légèrement antérieure à cette date. L'analyse architecturale des ruines confirme la période de construction: milieu du XIIIème siècle. Il reste le plus difficile à préciser: construit par qui, pourquoi?

Par la suite les évêchés de Bâle et de Bamberg revendiquent la suzeraineté sur la place . L'évêque de Bâle avait intérêt à renforcer une position qui marquait plus ou moins son influence à la limite de la Moyenne Alsace. Quant à l'évêché de Bamberg, les Saliens lui avaient proposé au XIe siècle d'utiliser ce site pour le fortifier. En l'état de nos connaissances, on ne peut trancher sur « qui » fut le constructeur! Les deux évêchés vont, plus tard, se concerter et faire valoir des droits mutuels sur le château.

Le château, une fois construit, est confié à une lignée de ministériels qui prend le nom d'Altenkastel, lignée citée, comme indiqué plus haut, pour la première fois en 1254. Elle est mentionnée pour la dernière fois en 1436. Le château, quant à lui, est mentionné pour la première fois sous le nom d'Altenkastel en 1262. En 1268, il est reconnu à titre de fief épiscopal de Bâle à Anselme II de Ribeaupierre !

Une charte de partage des biens de la famille stipule, en 1288, qu ' Anselme de Ribeaupierre possède à titre de fief de l'église de Bâle le château du haut et le château du bas, en l' occurence Altenkastel et Grand Ribeaupierre ( en 1368 ). Dix années plus tard, à l'occasion d'un nouveau partage, l'Altenkastel ainsi que la vieille ville de Ribeauvillé et Zellenberg figurent dans la part attribuée à Anselme.En 1341, il est précisé que le château de Hohen Rapoltstein est aussi nommé Altenkastel. Vers la même époque, l'évêché de Bamberg rappelle qu'il est le véritable suzerain du château. La position des Ribeaupierre est désormais ambigüe puisqu'ils tiennent le château à titre de fief de l'église de Bâle! En 1353, les évêchés de Bamberg et Bâle rappellent leurs intérêts commun et recommandent aux frères de Jean de Ribeaupierre de bien veiller sur le château dont ils ont à prendre en charge les frais d'entretien. Quelques années plus tard, Brunon de Ribeaupierre reçoit l'investiture de l'évêché de Bamberg ( en 1379 ) pour Hohenrappolstein.

Un prisonnier de marque au Haut-château :

Brunon de Ribeaupierre est l'un des plus turbulents féodaux que l'Alsace ait compté. Son père, Jean III, avait considérablement augmenté le patrimoine de sa maison et apparaît comme l'un des plus puissants personnages en Alsace. Brunon avait suivi la tradition. En épousant Jeanne de Blâmont-Magnières, il ajoutait aux domaines des Ribeaupierre de vastes terres en Lorraine, en Champagne, Bourgogne et les Vosges. En 1369, il entre au service de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, dont les armées se joignent à celles du roi de France qui sont en guerre avec les Anglais. Brunon sera fait prisonnier et connaîtra les geôles de Calais jusqu'au paiement d'une forte rançon. Libéré, il retourne sur ses terres bourguignonnes qui étaient souvent la cible de raids de la part des Anglais. Le chevalier John Harleston, surnommé l'écuyer rouge, commit tant d'actes de cruautés sur les terres bourguignonnes des Ribeaupierre que Brunon éprouva une haine féroce envers l'Anglais. En 1373, à la mort de Smassmann Ier de Ribeaupierre, s'opère un nouveau partage des biens familiaux. Brunon se voit confirmé la possession de l' Aitenkastel. En 1379, sa première épouse étant décédée, Brunon épouse en secondes noces Agnès de Grandson. Quatre années plus tard, il demande et obtient le droit de bourgeoisie en la ville de Strasbourg. Le seigneur de Ribeaupierre est alors au sommet de sa gloire. C'est là qu'il commet l'irréparable. Au printemps 1384, bénéficiant d'un sauf-conduit impérial, le chevalier John Harleston passe en Alsace. Brunon, alerté, tend une embuscade à l'Anglais et le capture. Le captif sera enfermé au château de Hohen Rappolstein et sera contraint de signer un accord avec Brunon par lequel il s'engage, en présence de nombreux témoins dont un noble d'Altenkastel, de payer une rançon de 30 000 francs or, plus vingt draps de la meilleure toile anglaise, vingt épées de guerre et vingt dagues de Bordeaux. L'accord stipule aussi que John Harleston retrouvera sa liberté une fois un premier versement de 6 000 francs or effectué.

Au premier octobre, les 6 000 francs or étaient versés, Brunon renia sa parole et exigea un acompte plus important. Du coup le roi d'Angleterre se mêla de l'affaire et exigea de Strasbourg, responsable de son (bourgeois extérieur, qu'elle amène Brunon à respecter ses engagements. L'empereur Venceslas lui-même se trouva courroucé, sa signature avait été diffamée. Lui aussi menaça Strasbourg des pires représailles si la ville n'arrivait pas à faire entendre raison à Brunon.

Comprenant que la situation devenait dangereuse pour lui, Brunon offrit ses services au roi de France toujours en guerre avec l'Anglais. Charles VI accepta et engagea Brunon moyennant une indemnité de 8 000 francs or. L'acte « d'engagement » établi à Arras le 28 septembre 1386 recommande à Brunon de s'emparer par tous les moyens de tout chevalier anglais. Du coup le prisonnier du Hohen Rappolstein devenait un prisonnier de guerre et non plus un otage d'un règlement de compte. Brunon garda toutefois cet accord secret, car il s'agissait d'une véritable trahison vis-à-vis de son suzerain, l'empereur, d'autant plus qu'il accordait au roi de France l'ouverture de son château. Charles VI pouvait donc en faire usage quand bon lui semblerait!

Venceslas cherchait de son côté à faire évoluer la situation. Il menaça directement Brunon par missive le 20 février 1387. Mais rien ne changea. La ville de Strasbourg, qui avait avancé de l'argent à son Ussburger* Brunon, négocia surtout ses propres intérêts financiers. Elle réclamait le remboursement de ses 4 000 florins et Brunon lui donna en engagère les deux villes basses de Ribeauvillé.

Pendant ce temps John Harleston et ses compagnons - en fait l'escorte de l'Anglais - continuaient à se morfondre au Hohenrappolstein. Cela faisait maintenant trois ans que les prisonniers étaient retenus au burg. Finalement Brunon, devant la multiplication des menaces qui pesaient sur lui, relâcha ( en 1387 ) ses prisonniers, mais ne prévint pas la ville de Strasbourg.

En juin 1387, Brunon emprisonne dans son château des juifs accusés d'avoir empoisonné un puit.

Au printemps 1389, Strasbourg apprit qu'elle venait d'être mise au ban de l'Empire. Cela signifiait que n'importe qui pouvait attaquer les intérêts de la ville sans risquer d'être condamné pour cela! Brunon tombait sous la même condamnation, mais comme il pouvait justifier auprès de Venceslas qu'il avait bien relâché ses prisonniers, le roi lui confirma en 1392 ses possessions, notamment les châteaux de Hohenrappoltstein, Girsberg et Guémar sous condition que lui et ses troupes obtiennent à tout instant le droit d'ouverture dans ces châteaux.

Brunon semblait tiré d'affaire, mais Strasbourg eut encore fort à faire pour se sortir de ce guêpier. La cité libre fut même assiégée en 1392 par les troupes impériales venues de Bohême! Brunon en profita pour chasser les représentants de la ville des bas quartiers de Ribeauvillé, il reprit Guémar qu'il avait engagé aux Mullenheim, des patriciens strasbourgeois. Cette fois ( en 1396 ) Strasbourg se mit sur le pied de guerre, assiégea Guémar. Le 28 octobre 1396, Henri de Sarrewerden, oncle de Brunon, signe un accord avec la ville. Le sire de Ribeaupierre s'engage à verser 21 000 florins de dédommagements à la ville, il cède par ailleurs au duc Léopold IV d'Autriche, qui joua les arbitres dans l'affaire, la ville basse de Ribeauvillé, le château et la ville de Guémar et bien d'autres revenus...

Brunon quittera ce monde en mai 1398 et sera inhumé en l'église de l'hôpital de Ribeauvillé. Jusqu'à la fin il avait gardé en son pouvoir son château préféré, le Hohenrappolstein. C'est là que seront désormais entreposés les chartes et documents importants de la famille.

Lors d'un nouveau partage familial, le Hohenrappolstein échut à Ulric VIII de Ribeaupierre, frère de Maximin. Ulric accepta de céder en 1428 le château au duc Charles de Lorraine. Peu après, au mois de mai de la même année, le duc ordonna de mieux fortifier le burg. Plus de deux cents ouvriers furent alors occupés à édifier de nouvelles fortifications, dont le grand bastion placé en couverture de l'entrée. Nous avons vu que Ulric fut tué à la bataille de Bulgnéville ( en 1431 ) et que c'est Smassmann, aussi surnommé Maximin, qui hérita de sa part. Il devenait le seigneur unique des possessions des Ribeaupierre et occupa les fonctions enviés d'échanson auprès du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, plus tard ceux de bailli pour les territoires autrichiens en Haute-Alsace. En 1430, Smassmann amena au roi Charles VII pas moins de 336 chevaux et nous trouvons son nom associé à la campagne de Jeanne d'Arc.

A la mort de Maximin, c'est Gaspard de Ribeaupierre qui devint seigneur des lieux et obtint en 1453 la reconnaissance du fief sur Hohrappolstein par l'évêché de Bâle. En 1467, Guillaume de Ribeaupierre réside au château. Il rappelle au duc Philippe de Bourgogne que sa maison a encore des dettes auprès des Ribeaupierre! Lorsque la guerre éclate entre les états alsaciens et le duc de Bourgogne, Guillaume de Ribeaupierre se place d'abord dans le camp bourguignon. L'étoile du duc commençant à pâlir, Guillaume retrouve ses amours pour la Lorraine qui lutte justement contre Charles le Téméraire. En 1477, à la bataille de Nancy qui voit la déroute de l'armée bourguignonne, de nombreux nobles servant la Bourgogne sont faits prisonniers. Le sire de Ribeaupierre s'empare de Philippe de CROY, comte de Chinay, qu'il place en détention en son château de Hohrappolstein, exigeant bien entendu une forte rançon pour le libérer. Philippe de CROY restera enfermé au château jusqu'au 18 mai.

Vers la fin du XVe siècle, le Hohenrappolstein est également gardé par un Burgvogt* . En 1478, c'est Nicolas Ganser qui occupe cette fonction. En 1481, Guillaume de Ribeaupierre décide de renforcer les fortifications et fait ouvrir un chemin d'accès à travers les bois afin de monter les matériaux au chantier. Comme ce chemin passe à travers les forêts de Bergheim, la ville proteste énergiquement contre de tels procédés. Par ces travaux, Guillaume cherche a adapter les défenses du burg aux armes à feu. A cette occasion est modifiée l'entrée au château où est, notamment, posée la canonnière à redents. Guillaume aura bientôt d'autres soucis, plus difficiles à résoudre! Son fils, Sébastien, s'intéresse davantage aux femmes et aux jeux qu'à l'art de gouverner une seigneurie. Il finit par accumuler tant de dettes qu'il prit la fuite. Son père lança ses hommes à sa recherche. Ils finirent par le capturer et le ramener au château où il fut enfermé. Son père le déshérita ( en 1498 ), lui accordant toutefois une rente annuelle de cent florins or, plus cent cinquante quarteaux de blé et cinq foudres de vin. Comme punition, Sébastien, que l'on disait possédé par le démon, dut aller en pèlerinage à Vergaville près de Dieuze. Il lui fallut parcourir les chemins en plein hiver. Au retour, le froid fut si vif que Sébastien eut les deux pieds gelés.

Pour le XVIe siècle, on connaît la liste des Burgvogtes : Antoine Weber, Pierre Nastel, Guillaume Meder, etc. Quand en 1528 l'Alsace s'inquiétait des projets d'invasion du roi de France, les guetteurs du Hohenrappolstein et des châteaux des alentours reçurent des consignes. En cas de danger, il leur appartient d'allumer des signaux de feux afin de prévenir la plaine de tout passage de troupes par les cols. Les règlements qui régissaient la vie au château prévoyaient, en 1593 et 1595, de signaler tout incendie par deux coups de canon; pour l'approche de toute troupe ennemie, il fallait tirer trois coups de canon.
Au XVIIe siècle, plusieurs voleurs et braconniers furent encore enfermés dans la tour du château. On ignore tout de sa date de destruction qui est probablement liée aux événements de la guerre de Trente Ans.

 

 

 

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