Le Saint - Ulrich: Histoire du château

Au début du XIème siècle, tout laisse supposer que la famille de Ribeaupierre est gardienne d'un petit château planté sur un bout de rocher artificiellement coupé du reste de la montagne. Sa position lui permet de suivre tout mouvement sur la piste qui remonte le Strengbach et au loin, de surveiller un vaste horizon en direction de Colmar.

Vers la même époque les documents citent la querelle qui oppose le seigneur Reginbold à Gerhard 1er, comte d'Eguisheim. Reginbold, fils de dame Bilitrude de Ribeaupierre, seigneur du château nommé Reginboldi petra, tue en 1038, au cours d'une rixe, son adversaire et s'attire bien évidemment la colère des Saliens d'autant plus que le comte d'Eguisheim cherchait à ramener la paix que perturbait notre seigneur de Ribeaupierre. Cette première mention de l'existence du château nous livre déjà le caractère batailleur des chevaliers de Ribeaupierre.

Sous l'empereur Henri III, le château est un fief impérial. Ainsi il est clair que les Ribeaupierre ne sont que les gardiens d'une forteresse qui appartient à l'empire. Pour leur rôle de « gardien» du burg, ils perçoivent des indemnités sous forme de fiefs, de terres. En 1084, la situation politique est plus calme. La querelle des Investitures semble momentanément oubliée. L'empereur Henri IV, à peine couronné empereur, en profite pour remercier ses partisans qui l'ont fidèlement soutenu au cours des affrontements avec l'Eglise. Et parmi ces fidèles figure l'évêque de Bâle. Henri III lui cède le château en toute propriété.

C'est ainsi que l'un des plus vieux châteaux d'Alsace, celui nommé dans ce document Rapoldestein, se trouve entre les mains de l'évêque de Bâle. Comme dépendances du burg sont mentionnés des terres englobant six manses (fermes avec leurs familles d'exploitants), des forêts, des vignes et divers droits, dont celui de la pêche.

L'accalmie dans la querelle entre Empire et Eglise sera de courte durée. La position de l'empereur Henri IV se fragilise et son fils, Henri V, par crainte de voir le patrimoine paternel disparaître, compose avec le pape Pascal II. Il dépose son père ( en 1106 ) et sera couronné en 1110. Mais lui aussi finira par s'opposer au pape. En Alsace, les Eguisheim reprennent l'offensive contre les positions impériales. Ils sont le bras armé de l'Eglise et l'empereur a un besoin urgent de point d'appui pour leur faire échec. Il nomme en Alsace un homme fort chargé de garder sous contrôle le couloir rhénan. Cet homme, ce sera Frédéric de Büren, dit le Borgne, père de la future lignée des Hohenstaufen. Il est nommé duc d'Alsace et de Souabe. Parallèlement, Henri V ayant un besoin pressant de positions fortifiées, décide de reprendre le château de Ribeaupierre. Il propose un échange de propriétés au prélat et contre la cession de l'abbaye de Pfaffers en Suisse récupère le burg. Le document d'échange porte la date du 10 mars 1114 et le château est écrit « castrum Rapolstein ».

En même temps Frédéric le Borgne lance la construction du château du Haut-Kœnigsbourg. Du coup, le duc d'Alsace et de Souabe pose un verrou fortifié au centre de l'Alsace et coupe les positions des Eguisheim en deux zones: sud et nord.

Un verrou sur une route stratégique :

Si le Haut-Kœnigsbourg contrôle la route du piémont des Vosges et le passage par la vallée de Lièpvre, le Ribeaupierre barre la voie stratégique qui permet de couper à travers la montagne pour effectuer la liaison, par le col du Haut-de-Ribeauvillé, entre la plaine d'Alsace et la haute vallée de Lièpvre, c'est-à-dire le secteur de Sainte-Marie-aux-Mines. De là, la route s'élance à nouveau à l'assaut des hauteurs pour franchir au col de Sainte-Marie les Vosges et déboucher sur le versant occidental du massif, dans le bassin de Saint-Dié. La position des deux forteresses (Ribeaupierre et Haut - Kœnigsbourg) est donc d'un véritable intérêt stratégique, la clé des communications.

Le noyau primitif du château de Ribeaupierre était relativement restreint. Il se résumait en un donjon carré dont la maçonnerie, du côté dirigé vers la montagne, avait été renforcée. Cette tour faisait face à la montagne. Derrière elle s'abritait un vaste bâtiment s' ouvrant sur une cour fermée par de puissantes courtines.

D'importants travaux entrepris au château :

Mais pour les Saliens c'est déjà le crépuscule. Henri V espérait voir les Hohenstaufen lui succéder. Il n'en sera rien. Les partisans de l'Eglise sont les plus forts et font élire Lothar von Supplinburg. C'est le début de la querelle entre guelfes ( partisans du pape ) et gibelins ( le camp impérial ). Ce n'est qu'en 1138 que les Hohenstaufen, avec Conrad III, s'emparent enfin de la couronne de roi des Romains , puis de celle de l'Empire.

En 1152, Frédéric Barberousse, de la maison des Hohenstaufen, est couronné empereur. En Alsace il aura a affronter un fort parti d'opposition mené à nouveau par les Eguisheim. C'est l'époque où d'importants travaux sont entrepris au château de Ribeaupierre avec la construction du nouveau logis roman et le renforcement des murs du donjon qui est lui-même surélevé.

L'arrivée de la seconde lignée des Ribeaupierre :

En 1157, la première lignée des seigneurs de Ribeaupierre s'éteint avec le décès de Reginhard de Ribeaupierre, archidiacre et prévôt de la cathédrale de Strasbourg, de fait corepiscopus. Le défunt frère de Reginhard, Albert de Ribeaupierre, laissait quatre enfants: Reinbold, Bertolphe, Reinhard et Emma. C'est cette dernière qui avait épousé, en 1156, Egénolphe d'Urslingen, un seigneur de Souabe à qui elle apporta en dot ou héritage la seigneurie de Ribeaupierre. C'est avec cet Egénolphe, ministériel d'empire, que commence l'histoire de la seconde lignée des Ribeaupierre.

A ce moment la seigneurie des Ribeaupierre englobait, notamment, la moitié de la ville de Ribeauvillé, de nombreux villages, dont le bourg de Guémar. Il est certain que le château de Rapolstein ne leur appartenait pas puisqu'en 1162 l'empereur Frédéric I er rendait le burg à l'évêque de Bâle. Dans cette cession il est également stipulé que la moitié de la ville de Ribeauvillé faisait partie des dépendances du château (castrum Rapolstein cum medietate subiacentis ville Rapolswilre ). A partir de cette date et jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, le burg reste une propriété de l'évêché de Bâle qui confia la place et ses dépendances, à titre de fief héréditaire, à Egénolphe d' Urslingen.

Il faudra encore attendre quelque temps avant de pouvoir suivre par des écrits la vie de cette nouvelle lignée. Ce sont Egénolphe et Anselme, apparemment des neveux de notre Egénolphe d'Urslingen, qui sont fils d'Ulric de Ribeaupierre et de son épouse Guta. Ils vont perpétuer la lignée et en 1219 ils apparaissent dans une charte par laquelle ils cèdent au duc de Lorraine le droit d'avoué sur la terre de Saucy en Lorraine. Anselme se dit aussi prêt à venir soutenir le duc si celui-ci faisait appel à lui. Son frère, Egénolphe, était en route pour la Terre Sainte. La même année, l'évêque de Bâle confirme à Anselme le fief sur le château et ses dépendances. Anselme avait également des droits de propriété sur le château et la ville de Kaysersberg, ce qui fait des Ribeaupierre une puissance militaire non négligeable entre Basse et Haute-Alsace.

Premier siège du château :

C'est autour de l'année 1220 que de nouveaux travaux d'agrandissement sont entrepris au château. On édifie la vaste salle des chevaliers aux magnifiques baies, la chapelle, on renforce l'entrée par l'édification de la barbacane. Ces travaux s'étirent jusque vers les années 1250. Entre-temps Egénolphe est revenu de la cinquième croisade ( en 1221 ) et fonda, si nous en croyons la tradition, le pèlerinage de Dusenbach. Il aurait ramené de Damiette la statue de la Vierge qui fera la renommée de la fondation religieuse. Le fils d'Egénolphe, UlIric, sera le protecteur de l'abbaye de Pairis. Ce sont ses neveux, Ulric, Hermann et Anselme qui se retrouvent en tant que « Burgmänner » (ministériels d'empire) au service du roi Rodolphe de Habsbourg en 1280. L'année suivante le roi séjourne en leur château.

Anselme II de Ribeaupierre fera ensuite parler de lui et se signale par son tempérament batailleur, lançant, notamment, des opérations contre les terres lorraines. Le 16 mars 1287, il occupe le bourg de Saint-Hippolyte et l'incendie. Le curé du lieu, qui voulut se sauver des flammes en sautant par une fenêtre, se tua. Puis, à la tête d'une troupe de cavaliers, Anselme pénètre en Lorraine et incendie 120 villages. Il guerroie également avec la ville de Colmar, le seigneur de Horbourg, et finalement refuse, à la mort de son père Ulric III, de partager la seigneurie des Ribeaupierre avec son frère Henri II - qu'il expulse du Grand Ribeaupierre - et ses neveux. Ces derniers déposent plainte et Anselme s'attire une première réprimande royale avec ordre de procéder au partage. Il continue de refuser sous prétexte que toute cession de biens le rendrait pauvre. A bout d'arguments, le roi Rodolphe lui déclare la guerre.

Le prévôt impérial, Hartmann de Baldeck, sera chargé de l'opération militaire, en l'occurrence du siège du Grand Ribeaupierre. Les villes du secteur, avec Colmar et Kaysersberg, furent sollicitées pour apporter leur concours. Après trois jours de siège, le prévôt constata que les bourgeois mettaient peu d'entrain à mener la guerre, il décida d'arrêter l'expédition. L'avertissement avait toutefois été sérieux et Anselme chercha à conclure la paix avec ses ennemis. Le sire de Horbourg refusa. En représailles Anselme lui ravagea les terres en incendiant à nouveau plusieurs villages. Cette fois le roi se chargea personnellement de l'affaire et vint mener le siège. Rodolphe apprenait alors que quatre hommes de son camp avaient touché de l'argent pour créer une diversion en mettant le feu à quatre endroits du camp des assiègeants. Profitant du tumulte ainsi créé, d'autres tueurs à gages, devaient assassiner le roi. Rodolphe réussit à échapper à l'attentat, mais quitta précipitamment les lieux. Il fit alors placer une cinquantaine de cavaliers dans le proche village de Zellenberg avec ordre de couper tout approvisionnement en direction de Ribeauvillé. A Guémar sera érigé un château en bois qui allait renforcer le blocus du Grand Ribeaupierre. Anselme n'en continua pas moins de mener sa guérilla. C'est finalement le 1" avril 1288 que le roi, l'évêque de Strasbourg, les représentants de la Ville de Strasbourg et des autres états alsaciens se retrouvèrent à Colmar pour ratifier avec Anselme II un accord de paix.

Anselme, maître sur Altenkastel :

Cette mobilisation des principaux états alsaciens se liguant contre Anselme sur recommandation royale, nous montre que la position des Ribeaupierre était des plus importantes en Alsace. Anselme était non seulement le seigneur sur le Grand Ribeaupierre, mais tenait également en fief de l'évêque de Bâle un second château sur la même montagne: l'Altenkastel. Ce second burg a probablement été édifié vers le milieu du XIIIe siècle. Il est cité pour la première fois, sous le nom d'Altenkastel, en l'année 1262. Ce château sera ensuite dénommé Hohen Rappoltstein ou Hohrappolstein,ce qui est devenu Haut-Ribeaupierre. Devait-il renforcer une position impériale, fut-il commandité par l'évêque de Bâle ou celui de Strasbourg? L'explication reste à trouver. Ce que nous savons, c'est qu'en 1268 les Ribeaupierre se voient investis du château en tant que fief de l'évêché de Bâle et en 1288 notre Anselme II est qualifié de seigneur sur le haut et le bas château de Rappoltstein et qu'il vient même d'obtenir le droit de battre monnaie!

Même la paix signée à Colmar ne réussit pas à calmer la fougue d'Anselme. Nous sommes alors en plein conflit entre Adolphe de Nassau et Albert de Habsbourg, les deux compétiteurs de la couronne impériale. Adolphe a gagné la première manche en étant élu roi des Romains, mais Albert compte un grand nombre de partisans en Alsace, dont l'évêque de Strasbourg Conrad de Lichtenberg et Anselme. S'étant entendu avec le Schultheiss Gauthier Rosselmann, Anselme s'empare par surprise de la cité de Colmar le 10 septembre 1293. Cette fois Adolphe rassemble son armée qui commence par piller les possessions des Ribeaupierre, met le siège devant Colmar ( où Anselme s'est réfugié ) et Ribeauvillé où il incendie les maisons situées hors les murs. Il bloque les châteaux des Ribeaupierre pendant que le Landvogt s'empare du château de Wihr - au - Val en utilisant de grosses machines: deux pierriers et un chat (sorte de galerie mobile en bois qui permet aux assaillants de s'approcher des murailles pour ouvrir une brèche). A Colmar, après sept semaines de siège, les bourgeois finirent par se retourner contre Anselme qu'ils capturent et livrent au roi Adolphe. Rösselmann sera lui aussi pris et mourra en prison.

Messire Anselme fut conduit, avec une trentaine de ses compagnons, à Breisach (Vieux-Brisach), puis enfermé dans la forteresse d'Achalm d'où il fut finalement libéré en 1296. Le roi décida alors de partager l' héritage des Ribeaupierre en trois parts:
1 - Henri l'Aîné reçoit le Grand Ribeaupierre et le château du Stein ( le futur Girsberg ) avec la ville nouvelle et le village supérieur de Ribeauvillé, de vastes vignobles, etc.
2 - Anselme, libéré, recouvre l'Altenkastel avec la vieille ville de Ribeauvillé et Zellenberg ;
3 - Henri le Jeune se voit attribuer le Hohnack et ses dépendances, divers revenus, la dîme de Kaysersberg, etc...
Le roi se réserva la ville de Guémar.

En l'année 1298, Albert de Habsbourg remporte la bataille décisive à Gelnhausen. Adolphe y trouve la mort et Albert coiffe la couronne royale avant d'être couronné empereur en 1303. Les Ribeaupierre entretiennent d'ailleurs d'étroits liens avec le nouveau roi qu'ils reçoivent en mars 1300 à Ribeauvillé. La reine Elisabeth, elle aussi, séjournera en mai 1302 dans la cité des sires de Ribeaupierre.

Les statuts des châteaux ne changeront pas. Le 29 août 1341, l'évêque de Bâle renouvelle le fief. Il est précisé dans la charte, qui porte les sceaux de la ville et de l'évêque, que les châteaux de Grand Ribeaupierre (attribué à Jean le Jeune) et d'Altenkastel, qui est nommé « burg Hohen Rapoltzstein », sont des fiefs masculins héréditaires, tout comme les deux villes inférieures et les villes supérieures de Ribeauvillé. On y précise également les droits d'utilisation des pressoirs, l'étendue du vignoble... La charte précise encore que l'évêque de Bâle possède le droit d'ouverture sur les châteaux ( c'est-à-dire la possibilité d'occuper les châteaux et de s'en servir ). Les Ribeaupierre devront s'engager à ne jamais céder, tout ou partie de ces biens, à d'autres lignages, enfin il ressort également du texte que les droits de propriétés du chapitre de l'église de Bâle sur le Hohrappoltstein ne peuvent être formellement établis.

A la suite d'un nouveau partage, le Hohrappoltstein et les deux villes inférieures de Ribeauvillé, tout comme le château de Girsberg, passent à Brunon de Ribeaupierre. Son frère, Ulric, se voit reconnaître le Grand Ribeaupierre, les deux villes supérieures ainsi que le château du Hohnack. En 1371, l'évêque de Bâle accepte qu 'à l'avenir, s'il arrivait que la lignée n'ait pas d'héritier mâle, que les biens des Ribeaupierre puissent passer aux filles. Le pape Grégoire XI va ratifier à Avignon l'acte le 7 mai 1372.

Le Grand Ribeaupierre passe au comte de Sarrewerden :

En 1373, Ulric et Brunon se confirment encore mutuellement le partage des biens comme établi plus haut. Peu après Ulric décède et Brunon hérite. Ce dernier avait emprunté au comte Henri de Sarrewerden, marié à Herzlaude de Ribeaupierre, fille d'Ulric, la coquette somme de 12 000 florins. En garantie de cet emprunt il avait cédé au comte sa part d'héritage sur le Grand Ribeaupierre et ses dépendances, ainsi que le Hohnack. A partir de là les Sarrewerden s'intituleront comtes de Grand Ribeaupierre. Comme le souligne l'archiviste Auguste Scherlen, les rapports de voisinage entre les Sarrewerden et Brunon ne furent pas toujours très cordiaux. Il faut en arriver à la conclusion d'une paix castrale signée le 3 février 1386 par laquelle les deux camps décident de se respecter et de ne pas entreprendre d'action violente l'un contre l'autre.

Henri de Sarrewerden prendra progressivement ses distances dans cette région. Il engage ( hypothèque ) la ville supérieure de Ribeauvillé à Anne Burggraf, la femme de Bourcard de Mullenheim, patricien de la ville de Strasbourg qui, trois années plus tard, rachète la ville inférieure de Ribeauvillé.

A la mort du comte Henri, sa femme, Herzlaude de Ribeaupierre, épousa Jean de Lupfen, landgrave de Stuhlingen, qui réclama bien évidemment une partie de l ' héritage des Ribeaupierre. Il fallut une longue transaction pour arriver en 1400 à la solution suivante: Maximin de Ribeaupierre, aussi surnommé Smassmann, fils et héritier de feu messire Brunon, recevait le château de Grand Ribeaupierre. Jean de Lupfen pouvait toutefois récupérer au château le mobilier qui appartenait à son épouse, elle aussi décédée entre-temps!

On arrive à un nouveau partage en l'an 1419. Le Grand Ribeaupierre, ainsi que la ville de Ribeauvillé, sont reconnus comme étant la propriété de Maximin (Smassmann) de Ribeaupierre. Ce seigneur était devenu un personnage important en Alsace puisqu'il avait été nommé bailli des terres autrichiennes en Haute - Alsace. Pour garder son château où il ne réside plus qu'épisodiquement, Maximin nomme un Burgvogt ou bailli. En 1420, c'est Hans Walruse qui occupe cette fonction. A nouveau on entreprend de vastes travaux de réfection et de transformation au burg.

Le Grand Ribeaupierre devient le Saint-Ulrich :

Le 2 octobre 1435, le vicaire général du diocèse de Bâle et Henry, évêque de Signy (dans les Ardennes) viennent consacrer au château du Grand Ribeaupierre une nouvelle chapelle qui sera placée sous la dédicace de Saint-Ulric, évêque d'Augsbourg, de l'évêque Euchaire, des onze mille Vierges et des saintes Barbe et Dorothée. Il fut décidé que la fête patronale serait célébrée toutes les années le dimanche après la Saint-Michel. A tous ceux qui viendraient prier ou visiter la chapelle ce jour-là, il sera accordé une indulgence de quarante jours. La même indulgence était promise à tous ceux qui viendraient à Noël, au Nouvel An, à l'Epiphanie, le dimanche des Rameaux, pendant la semaine de carême, à Pâques, le jour de l'Elévation de la Croix, le jour de l'Ascension, à la Pentecôte, les jours de la Saint-Jean-Baptiste, Saint-Michel, Toussaint, Saint-Laurent, Saint-Marc, Saint-Nicolas et Sainte-Made-Madeleine. A l'image d'autres châteaux forts des Vosges (comme le Haut-Barr), le Grand Ribeaupierre devenait un lieu de pèlerinage. Un chapelain desservira la chapelle castrale et y percevra à ce titre une prébende.

Bien avant la consécration de cette chapelle, le burg possédait un lieu de prière. Une prébende (l'indemnisation d'un chapelain-desservant au château) est déjà mentionnée en 1342 et sera appelée à partir de 1372 « prébende de Saint-Ulrich ». Le chapelain en question se devait d'ailleurs de verser au monastère de Moyenmoutier une taxe en vin pour pouvoir conserver cette prébende !

Bien évidemment les historiens ont cherché à savoir pourquoi cette chapelle fut consacrée à saint Ulric. Le chercheur J. Dietrich avançait l'hypothèse que cette dédicace pouvait être en relation avec la mort d'Ulric de Ribeaupierre le 4 juillet 1431. Ulric était entré au service de René d'Anjou, duc de Lorraine, alors en guerre avec le comte de Vaudémont. Les deux armées adverses se rencontrèrent à Bugnéville et Ulric fut au nombre des tués. Les deux frères d'Ulric, Maximin et Guillaume, voulant honorer la mémoire du défunt, auraient donc sollicité cette dédicace. L'explication est belle, mais comme la prébende de Saint-Ulric existait déjà bien avant ce décès, il faut sans doute en faire notre deuil.

A partir de la consécration de la nouvelle chapelle castrale, le Grand-Ribeaupierre devient un lieu de pèlerinage. Les pèlerins ont librement accès au sanctuaire et y déposent leurs offrandes. La valeur stratégique du burg ne devait plus guère compter. On voit toutefois que l'un ou l'autre prévôt, auquel incombait la garde du château, s'est bien occupé de la bonne marche du pèlerinage qui devait également rapporter quelques compléments financiers. En effet, les pèlerins déposaient des œufs, des poules, de l'argent... Une partie revenait de droit au prébendier qui en laissait une partie àl'homme chargé de l'entretien de la chapelle et au Burgvogt. Le prébendier avait obligation de lire deux messes par semaine en la chapelle, l'une le dimanche, l'autre le vendredi. Plus tard, cette obligation fut ramenée à une messe le dimanche.

En l'année 1477, le Grand Ribeaupierre est appelé pour la première fois Ulrichsburg, château de Saint-Ulrich! Peu de temps après, le seigneur Guillaume de Ribeaupierre, bailli autrichien pour la Haute-Alsace (de 1476 à 1507), délaisse définitivement ses quartiers au vieux château pour s'installer dans une nouvelle résidence érigée en bordure de la ville de Ribeauvillé. Dès lors le pèlerinage semble plus important que la valeur défensive du burg, ce qui explique aussi la lente disparition du nom d'origine de la place. C'est en sa qualité de bailli que Guillaume fut amené à juger une affaire sordide. Cunégonde Giel de Gielsberg, qui n'aimait guère son époux Guillaume de Hungerstein, vassal des Ribeaupierre installé à Guebwiller, avait convaincu deux de ses valets d'assassiner son mari. Le forfait accompli (16 juin 1487), l'enquête n'eut aucune peine à prouver que la dame était l'instigatrice du meurtre. Cunégonde fut donc enfermée au Ulrichsburg. Elle y séjournait depuis belle lurette quand arriva un nouveau geôlier, Philippe de Bacharach. Le malheureux tomba sous le charme de la belle dame et commença à préparer son évasion. L'affaire fut éventée (1507) et le gardien paya de sa vie son égarement pour la belle prisonnière.

En 1518, le chapelain se nommait Sébastien Wolf. Les rapports spécifient qu'il était lépreux et ne pouvait donc remplir sa charge. Ulric de Ribeaupierre lui avait donné une maison à Ellenwihr, en fait il s'agit d'une demeure dans la léproserie qui avait été installée sur le site du village déserté. A cette époque vivaient 200 personnes au château et dans ses annexes, ce qui est considérable. Une trentaine d'années plus tard, seule la famille du Burgvogt et son personnel résident encore au Grand Ribeaupierre. Mais, curieusement, c'est vers le milieu du XVIe siècle que sont encore entrepris des travaux de fortification au château, notamment des adaptations pour les armes à feu, la création d'une nouvelle basse-cour au sud avec divers bâtiments, dont un moulin à vent et la construction de l'imposante courtine renforcée de hourds à l'extérieur, d'un chemin de ronde sur consoles à l'intérieur. Ce mur relie la partie primitive au nord à l'extension du XIVè siècle au sud.

Un inventaire de la fin du XVIe siècle recense avant tout des objets du culte, des habits liturgiques. Ceci laisse supposer que le Saint-Ulrich était avant tout un lieu de pèlerinage.

Il n'empêche, au début de la guerre de Trente Ans ( 1618-1648 ), le château est encore occupé par quelques soldats chargés de la garde. Puis le burg est abandonné et il tombera progressivement en ruines.

La famille s'installe en ville :

Dès le début du XVIe siècle, les Ribeaupierre sont installés en ville. Là existait depuis le XIVe siècle un petit château qui occupait une position haute au nord - ouest de l'Oberstadt. Ce château sera réaménagé au XVe siècle, puis totalement reconstruit au XVIe afin de permettre à la famille de quitter les châteaux de montagne pour s'installer plus commodément en ville. Progressivement divers bâtiments furent ajoutés. Ils formeront bientôt tout un complexe agréable à vivre, mais gardant toutefois un caractère défensif. Ce château fera office de citadelle, lieu de refuge et garantissait également la famille contre tout soulèvement des habitants de Ribeauvillé.
La famille des Ribeaupierre s'éteint en 1673. Ce sont les princes de Birkenfeld et de Deux-Ponts, qui assurent la succession.

 

 

 

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