Le château de Wagenbourg :

La ruine du château occupe un éperon de grès à 470 mètres d'altitude au sud-est du village de Wangenbourg. Sa présence peut s'expliquer par le passage de la route de Dabo à Engenthal ou Obersteigen par le col de la Schleif, une route utilisée au XIIIe siècle. Edifié sur les terres qui relèvent de l'abbaye d'Andlau, le burg a connu plusieurs phases de transformations que les fouilles menées par les archéologues du CRAMS. Pour l'heure, aucun document écrit ne permet hélas de préciser la date de construction du burg.

Histoire du château :

Tentons de cerner les hypothèses qui peuvent être avancées pour expliquer et dater la construction de ce château. En 1218, Frédéric II de Hohenstaufen est l'avoué de l'abbaye d' Andlau. Il vient d'essuyer un sérieux affront. Le jeune duc de Lorraine Thiébaut, l'époux de Gertrude de Dabo, vient de lancer un second raid sur la cité impériale de Rosheim afin de tirer vengeance des Hohenstaufen (1217). En effet, Frédéric s'était engagé à payer l'aide que le père du duc lui avait généreusement accordée. Mais à la mort de ce père, l'empereur avait omis de respecter ses engagements, d'où le courroux du fils qui avait attaqué une première fois Rosheim en 1213 et renouvelé l'attaque sur la même cité impériale qui constituait le gage dans les accords passés.

En tant qu'avoué, Frédéric se sentait sans doute en droit de faire construire un château sur les terres de l'abbaye d'Andlau. Cet ouvrage allait protéger ses terres, en l'occurence ceux de l'abbaye d'Andlau, et au-delà, les terres impériales d'Alsace. Le flanc ouest de la région se trouvait en effet dégarni de châteaux impériaux au début du XIIIe siècle, leur absence facilitait toute attaque surprise depuis la Lorraine. Frédéric II va tenter d'y remédier. En 1218, démarre le chantier du nouveau Guirbaden qui ferme la vallée de la Magel et bloque le vieux Guirbaden qui relève de Thiébaut. Le landvogt d'Alsace, Albin Wœlfelin, surpervise ces travaux et fait également construire les enceintes de Rosheim. Mais reste le problème de la vieille route de Dabo, ouverte à toute incursion. La construction d'un château à proximité de la route de Dabo, Schleif, Wangenbourg, Anlagen, Haslach réglait ce problème.

Albin Wœlfelin a-t-il effectivement lancé le chantier après 1225 ? Un chantier qui aurait été arrêté peu après. En effet, en 1226, le roi Henri VII (fils de Frédéric II) renonce officiellement aux prétentions impériales sur la succession des Eguisheim-Dabo. Henri VII transfère «ses droits» à l'évêque de Strasbourg, dont le nouveau Guirbaden qui formait pourtant la clé des défenses du front ouest autour de Rosheim. Mais il n'est fait nulle mention du Wangenburg. Comme celui-ci n'est que commencé, sans doute semblait-il superflu de mentionner un chantier!

Un château du XIIIe siècle :

Par ailleurs, le type de château que représente le Wangenburg (le type château-caserne) lui donne quelques airs de ressemblance avec des châteaux édifiés autour de 1220 (Kaysersberg, nouveau Guirbaden). Un petit détail milite encore pour une date autour de 1230, c'est la marque de tâcheron en forme de clé que l'on découvre sur les blocs à bossages de l'enceinte est (le mur d'enceinte tourné vers la basse-cour et où s'ouvre la porte d'entrée). Cette marque apparaît également à Eguisheim pour les années autour de 1230.

En 1245, Henri de Stahleck-Dicka est élu évêque de Strasbourg. Il est l'ennemi des Hohenstaufen et soutien l'élection de l'anti-roi Henri Raspe. Dès 1246, investi de la gestion des biens impériaux en Alsace, il commence par réduire les châteaux impériaux et détruit la Kronenburg, autre construction attribuée à Wœlfelin (après 1215) à l'entrée du Kronthal (entre Wasselonne et Marienheim). L'évêque s'instaure en même temps comme protecteur des abbayes d' Andlau et du Mont Sainte-Odile, donnant à son frère Alexandre de Dicka la charge d'avoué de l'abbaye d'Andlau. Celui-ci se serait alors préoccupé du chantier arrêté.

La reprise des travaux :

Les travaux ont-ils repris vers 1250 ? A l'époque, l'évêque lance les chantiers du Birkenfels et du Kagenfels, châteaux édifiés sur les terres de l'abbaye du Mont Sainte-Odile pour bien marquer les droits que s'arroge le prélat. La même préoccupation a pu prévaloir pour Wangenburg pour les terres relevant de l'abbaye d' Andlau.

Sous Rodolphe de Habsbourg, la lignée des de Dicka se verra contester l'avouerie de l'abbaye d'Andlau. Mais dès le début du XIVe siècle, le rôle de la famille se conforte et Henri de Dicka édifie le château de Spesburg au-dessus d'Andlau même qui lui sert de résidence. C'est peut-être lui qui donne au Wangenburg sa forme et fonction, c'est-à-dire un château dans l'enceinte duquel sont érigées plusieurs maisons pour des chevaliers qui forment une véritable garnison qui peut intervenir dans un large rayon d'action. Le château n'est plus seulement un lieu de défense qui sert de repli et de résistance, mais devient une arme offensive qui permet de contrôler la route proche et les terres environnantes.

Depuis le début du XIVe siècle, les nobles de Wangen sont au service des de Dicka. Sont-ils, dès cette époque, chargés de la garde du Wangenburg, les de Dicka étant eux détenteurs du fief par le biais de l'abbaye d'Andlau ? C'est donc de cette époque que daterait le nom de Wangenburg, l'appellation primitive du burg nous étant inconnue. Le fief est encore confirmé aux de Dicka en 1362. Quatre années plus tard est fait mention de la chapelle du château pour laquelle Hartung de Wangen fonde une prébende.

Le 9 juillet 1386, Guillaume de Dicka, dernier de la lignée, est tué lors de la bataille de Sempach dans les rangs de l'armée des Habsbourg taillée en pièces par les Suisses. Dès l'année suivante, l'abbesse d' Andlau, Elisabeth de Geroldseck, confie à Jean de Wangen le fief sur le château de Wangenburg. Elle stipule d'ailleurs avec précision ce qui revient au chevalier dans la place : «à savoir, de suite après l'entrée, à droite, un étage du bâtiment en pierres, plus la maison sise directement à côté, ainsi qu'une autre maison dans la basse cour». On voit ainsi que le fief accordé à Jean de Wangen ne comportait qu'une part du château, qu'il n'est fait aucune mention des parties défensives, celles-ci devant être détenues en commun par les colocataires dont nous ignorons les noms pour l'année 1387.

Dès 1390, Jean de Wangen engage (cède son droit sur le fief ) une partie du château au prévôt de la cathédrale: Bourcard de Lutzelstein (La Petite-Pierre). Briguant la mitre strasbourgeoise, Bourcard aura bientôt besoin de beaucoup d'argent pour s'acheter la faveur des hauts électeurs (les membres du chapitre cathédrale). Pour cette raison, il vend en 1393, et pour la somme de six cents florins, les droits qu'il possédait sur le château de Wangenburg. Le nouvel acheteur est son cousin, Henri, comte de Saarwerden, seigneur de Ribeaupierre. Celui-ci avait déjà acquis précédemment des droits sur le château, sans qu'il soit possible de spécifier lesquels. En effet, nous trouvons le nom de Henri au bas du Burgfrieden signé le 23 mai 1393 par les copossesseurs du Wangenburg, à savoir Jean et Hartung de Wangen, Henri de Saarwerden et Bourcard de Lutzelstein. Cette vente surprend quelque peu, car Jean de Wangen a bien spécifié lors de la vente de 1390 qu'en cas de cession par Bourcard, que c'est lui, Jean, qui aurait en priorité le droit de rachat. On peut donc supposer que les finances des Wangen ne permettaient pas cette opération.

Les copropriétaires trouvaient souvent, par le biais de ces Burgfrieden, des revenus destinés à l'entretien du château en louant le burg à des gens en guerre. Ceux-ci pouvaient, moyennant paiement, utiliser le burg pour combattre leurs ennemis, sous-entendu qu'aucun des copropriétaires ne soit lésé. Les droits réclamés pour s'installer au Wangenburg sont supérieurs à ceux demandés au Nideck et nettement inférieurs à ceux exigés au Herrenstein. A savoir: 4 arbalètes ou 24 florins pour un noble seigneur, 2 arbalètes pour un simple soldat.

L'arrivée du comte palatin :

Peu après, s'ajoute un quatrième copropriétaire, le sire de Wasselnheim ( en 1404). En 1416, les relations entre Hartung de Wangen et l'évêque de Strasbourg, Guillaume de Diest, sont au plus mal. Craignant que le prélat n'entreprenne une action militaire contre ses biens, Hartung se place sous la protection de l'électeur palatin, le prince Louis III. Celuici s'engage à dépêcher plusieurs de ses hommes au château. Il faudra attendre 1425 pour voir l'abbesse Phya entériner l'accord entre les Wang en et l'électeur palatin. Il est entendu qu'à la mort de Hartung de Wangen, l'électeur pourra jouir du fief (château) contre paiement d'une somme de mille florins. Toutefois, comme 1/8 du Wangenburg est tenu par le comte de Lutzelstein, il sera permis à l'électeur de déduire 125 florins si le comte refuse de lui céder sa part. Nous apprenons à cette occasion que Louis III possède déjà 1/4 du château, ce qui lui fait devoir d'entretenir un chevalier «courageux» qui aura pour mission de veiller à la sécurité et à l'entretien des propriétés du palatin.

Un quart de siècle plus tard, en 1451, l'électeur palatin Frédéric 1er contresigne, à Heidelberg, une paix castrale pour le Wangenburg. Cette paix avait été conclue en 1450 entre Jean de Wangen et Guillaume de Dann (du nom d'un petit village situé près de Romanswiller et aujourd'hui disparu) sous l'arbitrage de l 'Unterlandvogt, le Rhingrave Jean. Les propriétaires exerçaient également divers droits sur le territoire qui relevait du château et dont les revenus devaient être suffisants pour couvrir les frais d'entretien et de garde de la forteresse. En 1454, un document énumère ces droits:justice, chasse, pêche, utilisation des eaux (moulins), amendes pour délits, intérêts des fermages, droit d'ordonnances et d'interdictions, ainsi que tous les droits relevant du suzerain.

La guerre des Lichtenbergs contre les Linanges :

En l'année 1454, Jean de Wangen se place pour vingt ans sous la protection de Louis V de Lichtenberg auquel il accorde le droit d'ouverture dans ses châteaux de Wangen et Wangenburg. En contre-partie, Louis V assure la famille de Wangen de sa protection qui s'étend aussi à leurs biens. Cet acte s'explique par la guerre que les Lichtenberg livrent aux Linange à cause de l'héritage de Claire de Fénétrange, en l'occurence la moitié du village de Brumath. En 1451, le sire de Linange est fait prisonnier, il sera relâché en 1452. Mais les Lichtenberg sont vindicatifs, ils continuent d'en vouloir aux Linange qui occupent, ne l'oublions pas, le château de Dabo. La route d'Obersteigen et d'Engenthal est donc d'importance
pour bloquer les Linange, d'où l'intérêt soudain des Lichtenberg pour Wangenburg. En 1457, ils finiront par capturer à nouveau Geoffroy de Linange !

En 1463, l'abbesse d'Andlau,Suzanne d'Eptingen, confirme le fief sur le château et le village de Wangenbourg à Georges de Wangen et à ses frères.

L'électeur palatin Frédéric le Victorieux en 1477, prend la relève des Lichtenberg et prend sous sa protection les Wangen. Lui-même possède toujours 1/4 du château. Mais cette protection n'est pas sans danger. En 1504, l'électeur palatin Philippe, qui convoitait la Bavière, est vaincu par l'empereur Maximilien 1er qui confisque alors les biens des partisans de l'électeur, dont une partie du château de Wangenburg qui appartenait à Jean et Etienne de Wangen. L'empereur donne cette part confisquée à son fidèle vassal, le comte Henri de Tierstein.

En 1518, Etienne de Wangen et son épouse Marguerite Stumpfin de Schauenburg cèdent leurs droits 1/4 sur le château à leur parent Jean de Wangen pour la somme de 150 florins.

La même année de 1518, le comte Henri de Thierstein cède à l'évêque de Strasbourg, Guillaume de Honstein, ses propres droits sur Wangenburg, soit 1/4 du château (la part confisquée à l'électeur palatin), pour la somme de 300 florins. Les Wangen en font autant. Tout indique que la famille ne peut plus entretenir les vastes bâtiments. Aussitôt l'évêque dépêche sur place une commission d'enquête composée du Hofmeister (intendant) Jacques d'Oberkirch et de son secrétaire auprès du tribunal épiscopal de Saverne, Georges Kerner. Le rapport fait par les deux fonctionnaires est alarmant: «Tout au château offre le spectacle de la désolation, murailles fendues, prêtes à s'en aller par terre, donjon endommagé tombant de vieillissement, toitures percées et pourries laissant pénétrer la pluie dans les bâtiments."

II fallait réparer de toute urgence. L'évêque ordonne la restauration du burg. Il lui faudra l'aval des autres copropriétaires. Etienne de Wangen souscrit, en 1522, une reconnaissance de dette par laquelle il s'engage à payer 101 florins, 1 schilling et 5 deniers, somme qui représente sa participation aux travaux de restauration du château qui viennent de s'achever.

On peut donc admettre qu'en 1522 une partie du château vient d'être restaurée. A partir de 1535, Georges de Wang en édifie un beau bâtiment Renaissance dont proviennent la belle cheminée ainsi que la pierre armoriée fixée à l'intérieur du mur d'enceinte près du donjon. Les travaux s'achèvent autour de 1537. D'ailleurs en prolongement de l'aile à la cheminée, la cuisine de la maison de Georges de Wangen qui occupera par la suite les fonctions de Hofmeister auprès de l'évêque.

L'abbaye d'Andlau continue de renouveler le fief aux Wangen. L'inféodation est renouvelée en 1535 à Georges de Wangen (pour la moitié du château) et en 1578 à Jean-Werner de Wangen par l'abbesse Marie-Madeleine de Rebstock. Les historiens soulignent que le statut des Wangen est des plus confus. En 1584, l'évêque Jean de Manderscheid est en conflit avec la famille qu'il fait expulser du château. Elle reviendra dans ses maisons sous l'évêque Charles de Lorraine en 1595 !

Les Wangen, toujours dans le besoin pécunier, ne resteront pas neutres durant la Guerre des Evêques qui embrase toute la région. Ils sont du clan lorrain (catholique) et donc les ennemis de la ville de Strasbourg passée à la Réforme. Moyennant un droit d'occupation, ils ouvrent le château à des mercenaires néerlandais qui utilisent le château comme base de départ de leurs opérations de pillages (1599). Le magistrat de Strasbourg adressa à l'abbesse d'Andlau, Marie-Madeleine de Rebstock, une plainte avec la menace de s'enprendre au château. L'abbesse admonesta les Wangen, leur ordonnant de renvoyer les mercenaires afin de ne pas forcer la ville à l'intervention militaire qui était d'autant plus facile que Strasbourg possédait alors la ville de Wasselonne. Erasme de Wangen a sans doute optempéré et pria ses «hôtes» de quitter les lieux. Il meurt en 1604 et sera inhumé dans l'église du village de Wangenbourg.

Lorsque la guerre de Trente Ans fait de l'Alsace le théâtre des opérations militaires, Christophe de Wangen, conseiller épiscopal à Saverne, se réfugie avec toute sa famille au château de Dabo où sa mère, dame Ursula, s'éteint le 5 septembre 1633.

En 1676, comme le montre un rapport d'inspection réalisé sur demande de la ville de Strasbourg, le château de Wangenburg est encore en relatif bon état. La ville était à la recherche d'un lieu de repli de la population du bailliage de Wasselonne. II s'avère toutefois que le burg ne peut servir à cet effet, notamment à cause du manque d'eau puisqu'il n'y a, pour toute ressource en eau, qu'un puits au débit irrégulier. Peu de temps après (1680 et 1681), le château est occupé par deux compagnies d'infanterie française détachées de l'armée de Montclar afin d'éviter «que des chenapans» ne s'y installent. Lorsque cette troupe quitte la place, elle ouvre une large brèche dans l'enceinte et détruit la tour nord.

Les dernières découvertes faites par les archéologues du CRAMS laissent supposer que le château ne sera totalement démantelé qu'après 1691.

Les nobles de Wangen resteront propriétaire de la ruine. Au moment de la Révolution, Frédéric- Antoine-Henri-Louis de Wangen, maître de manège, passe avec tout le Royal Allemand à l'ennemi (1792). Nous le trouvons ensuite au service de l'Autriche. Et c'est en vainqueur que le baron revient en Alsace lors de l'Invasion de 1814/15. Elevé au rang de général-major, il retrouve ses domaines confisqués par la Révolution. La famille s'installa plus tard au Pays de Bade et sera expropriée après 1918 par le gouvernement français. C'est ainsi que la ruine est entrée dans le patrimoine de l'Etat, gérée par l'Office national des forêts.

Depuis 1991, le CRAMS y poursuit sa campagne de recherches et d'importants travaux de réfection y ont été entrepris.



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