Le Wegelnburg : Histoire du château

Les spécialistes avancent l'hypothèse d'un château édifié sous Frédéric Barberousse ( 1152-1190 ) . Les sources écrites sont nettement plus tardives. L'histoire ne nous livre son premier document que le 9 mars 1247. Le roi Conrad IV de Hohenstaufen inféode au comte Frédéric de Linange tous les fiefs que possédait jusqu'alors le défunt B. de Woeglenburg. Le document nous apprend ainsi qu'existait une famille qui portait le nom du château, comme c'est d'ailleurs le cas pour les autres forteresses du secteur. La même charte confirme que le burg est une propriété impériale.

Profitant de l'absence d'autorité qui caractérise l'Interrègne, le Burgvogt sur Wegelnburg (Albert de Geroldseck) s'était transformé en chevalier-brigand. Les Strasbourgeois vinrent, en 1272, mettre le siège à la place, s'en rendirent maître, la détruisirent, mettant fin au brigandage. Le Burgvogt aurait été condamné à reconstruire le château à ses frais !

Premier usage d’une arme bactériologique :

Si nous en croyons la tradition, c'est à cette occasion-là que l'armée strasbourgeoise aurait expérimenté une nouvelle arme, peut-être la première arme bactériologique! A l'aide d'une catapulte, les Strasbourgeois expédièrent dans la place plusieurs tonneaux de purin dont le contenu, coulant dans les canalisations qui collectaient l'eau de pluie pour alimenter les citerenes, pollua l'eau potable. Toute résistance était désormais vaine. C'est de ce siège que viendrait l'appellation d"'Ulmer Gold", l'or d'Ulm ! En fait il s'agit d'un infâme fossé de la ville de Strasbourg qui portait le nom de "Ulmer Graben". Et ce fossé draînait tous les excréments du quartier du vieil hôpital. Il se déversait dans l'Ill à hauteur de l'actuel pont du Corbeau !

Entre 1272 et 1282,les Fleckenstein se rendirent maîtres du château. Nous ne savons pas par quel biais. En tout cas, la charge de grand bailli instauré par le roi Rodolphe de Habsbourg, fut donnée à Otton III d'Ochsenstein. Celui-ci posa un ultimatum aux Fleckenstein, exigeant et obtenant la restitution de la place en 1282. Le Wegelnburg redevenait une place forte impériale.

En 1304, nous trouvons dans une charte de l'abbaye de Wissembourg une nouvelle trace de la famille de Wegelnburg. Siegfried de Wegelnburg recevait confirmation de ses fiefs qu'il tenait de cette abbaye. A cette occasion nous apprenons que le château est tenu par la famille de Dahn.

Entre les mains des Palatins :

En 1330, le château va changer de propriétaire. Cette année-là, l'empereur Louis de Bavière engage à ses neveux, les comtes palatins Rodolphe II et Robert ler , de vastes domaines impériaux, parmi lesquels le Wegelnburg. Après une courte interruption ( le château fut engagé passagèrement au chevalier Jean de Flœrsheim ), les comtes palatins vont s'intéresser au château et y nommer des baillis qui auront pour tâche essentielle d’administrer les terres qui révèlent du Wegelnburg.

Quand en 1401, le comte palatin Robert 1er est élu roi de Germanie, il installe au Wegelnburg Gérard Cropsburg. Dans l'acte de nomination figure un passage intéressant qui énumère la composition de la garnison: un portier, un gardien, un veilleur de la tour et quelques paysans y effectuant, à titre de corvée, la surveillance et l'entretien.

De temps à autre le château sert aussi de gage lors d'emprunts contractés par ses possesseurs. Ainsi, en 1403, il est donné en fief au comte Frédéric de Deux-Ponts Bitche. En 1407, le roi Robert remet le burg à Reinhard de Sickingen qui investira 100 florins pour rénover la barbacane.

L’économie au château :

A la mort du roi Robert ( en 1410 ), des querelles d'héritage opposent ses fils; ce sera finalement le comte palatin Etienne de Simmern-Deux-Ponts qui recevra le Wegelnburg avec ses dépendances qui comprennent les villages de Rumbach, Nothweiler, ainsi que la moitié de Wingen-Lembach. Etienne y ajoutera, par achat, les terres de Schœnau et l'écart du Hirschthal. Un nouveau partage familial, opéré en 1444, donnera le burg à Louis le Palatin qui fonde alors une nouvelle lignée, celle des des Ducs Deux-Ponts, qui concervera le château jusqu’en 1793.

La place servira avant tout de centre administratif. Le bailli gère de là le petit territoire relevant du château. Il lui faut suivre l'exploitation forestière, la production de la pêche grâce aux multiples étangs seigneuriaux (Wolfgang Schultz, dans sa plaquette sur le Wegelnburg, a recensé 21 étangs qui, au XVIe siècle, sont propriété du duc dans le seul bailliage du Wegelnburg) et écouler les poissons sur les marchés environnants. Plus tard viendra s'ajouter l'exploitation des petits filons métallifères avec la création d'une forge et d'un martinet à Schœnau. Se développent parallèlement le transport du minerai, la production de charbon de bois pour les fourneaux. La forge produira des armes renommées pour leur qualité. La guerre de Trente Ans ruinera cette industrie naissante. En 1764, un haut fourneau est remis en exploitation à Schœnau avec des techniques nouvelles. L'exploitation fermera définitivement ses portes vers 1882.

On voit ainsi le rôle économique que jouait le château où fonctionnaient, par ailleurs, deux moulins et une forge.

Quant au rôle militaire du burg, il était désormais marginal. En 1479, demeurait dans la place un chatelain (et encore, occasionnellement), une cuisinière, six gardiens ou valets qui sont en général des paysans de la seigneurie accomplissant leur corvée... et puis il y a ceux qui rendent visite au bailli... enfin deux mulets!

Un tyran dans la place :

Les ducs de Deux-Ponts passèrent dès 1528-1532 à la Réforme. Le duc Wolfgang voulut même voler au secours des huguenots français en levant, en 1569, une armée de 17 000 hommes. Ceci entraînera la ruine des finances ducales, car cette armée ne sera jamais engagée dans les combats, le duc quittant ce bas monde prématurément. Il laissait derrière lui d'immenses dettes. Le bailliage du Wegelnburg fut donné en gage (pour couvrir une partie des frais de recrutement des mercenaires), au chevalier Jean de Ders. Celui-ci n'avait qu'un souci, rentabiliser au mieux le bailliage en y multipliant les corvées, les prélèvements de toutes sortes, oubliant d'entretenir les bâtiments communs. Il fera même démolir une partie des murs du bas château pour en vendre les matériaux.

Le duc Jean 1er, après plusieurs admonestations au chevalier, prit finalement les armes. Appuyée par plusieurs canons, sa petite armée encercla le Wegelnburg à l' automne 1578. Elle chassa la garnison et y laissa un détachement. Jean de Ders intenta bien un procès au duc, mais sa conduite avait suscité tant de protestations que le tribunal le débouta de sa plainte.

Avec l'ouverture des hostilités liées à la guerre de Trente Ans, le duc plaça en 1620 une petite garnison au château (2 officiers et 22 hommes) qui sera renforcée par des paysans corvéables. En 1635, l'armée impériale, sous le commandement du général Gallas, ravagea le Palatinat et des détachements de soldats croates se mirent à écumer le pays. Ils vinrent même piller le château, chassant la petite garnison ducale et les paysans qui y avaient cherché refuge. Si nous en croyons la légende, c'est par un passage souterrain que les réfugiés et quelques gardes réussirent à se sauver.

Un rapport de 1644 signale qu'une partie du château avait été ravagée lors d'un incendie, sans que nous sachions s'il s'agit d'un incendie lié à des faits de guerre ou d'un accident.

A la fin du conflit, le bailliage, comme d'ailleurs les autres seigneuries du secteur, n'était plus que ruines. Le château, quoique délabré (rapport de 1677), servait encore en 1679 de refuge à quelques habitants du secteur.

En 1680, Louis XIV, par ses "arrêtés de réunion", décidait d'annexer les possessions du duché de Deux-Ponts et ceci malgré le refus de ses seigneurs. Les troupes françaises occupèrent la région. C'est ainsi que le baron de Monclar vint détruire, avec force explosifs, le Wegelnburg.

La curieuse histoire du docteur Simplicissmus :

En 1635, la garnison impériale du Wegelnburg fit un bien curieux prisonnier qui affirmait qu'il était docteur! Notre homme, le "docteur Simplicissmus", atteint par la petite vérole, dépensa une fortune pour se soigner. Mais voilà que ses finances périclitèrent et qu'il lui fallut trouver un moyen pour redevenir riche. Il inventa alors, en ces temps où le peuple souffrait de mille maux, un élixir souverain. Il s'agissait tout simplement d'eau-de-vie teintée par un colorant et, bien sûr, allongée par de l'eau. Et cette panacée universelle était vendue dans de petits flacons. Ce fut une réussite totale et bientôt notre génial charlatan eut épuisé son stock de fioles. Il entendit parler de la verrerie de Mattstall où il pourrait acheter les petites bouteilles qui lui permettraient de poursuivre sa tournée fructueuse. Il se mit donc en route... et fut capturé par la garnison du Wegelnburg ! Bien évidemment les soldats le soulagèrent de son argent, puis l' obligèrent à s'enrôler dans l'armée comme mousquetaire! Toute cette histoire fit la joie d'un auteur célèbre, le baron de Grimmelhausen, qui coucha sur le papier la curieuse histoire du docteur Simplicissmus !

La ruine :

Le Wegelnburg, à l'état de ruine, resta propriété du duché. En 1793, à l'occasion des événements révolutionnaires, la France annexa le Palatinat et forma le département du Mont Tonnerre. Du coup le bailliage seigneurial du Wegelnburg cessa d’exister et la ruine devint, par la suite , propiété de l’administration des Eaux et Forêts. Avec la naissance du romantisme médiéval des travaux de restauration furent entrepris avec le concours du Land et des autres collectivités : service des Monuments Historiques, Eaux et Forêts. Les derniers grands travaux ont été effectués en 1982.

 

 

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