Le Kagenfels: Histoire du château

Le château fut construit sur un petit sommet granitique à 667 mètres d'altitude, à l'ouest du monastère du Mont-Sainte-Odile, entre le Herzthal et l'Ehnthal. Les constructeurs ont isolé un imposant rocher faillé en creusant un fossé sur trois côtés; les pentes sont suffisamment raides sur l'autre face pour assurer la défense naturelle du site.


Avec le Kagenfels nous nous trouvons en présence du même processus qui a servi à la construction du Birkenfels. Il fut très probablement édifié par Albert de Kagen sous l'épiscopat de Gauthier de Géroldseck (1260-1263). Là encore nous pouvons voir dans ce château la volonté de l'évêque de signifier à la cité impériale d'Obernai qu'il est désormais l'administrateur des biens impériaux. Quant au burg même, il s'agit vraisemblablement de la demeure fortifiée d'un ministériel épiscopal (*) qui en fait un centre administratif à partir duquel sont réglés les problèmes et l'exploitation forestière. Il ne faut pas oublier qu'à proximité du château existe le fameux village de Hohenburgweiler(*) qui est un village forestier.


Jusqu'au XIXe siècle, le château était surnommé Homburgwiller Schloss, ou Hanfmatter Schloss. Ces noms dérivent, pour le premier, du village disparu de Hohenburgweiler et pour le second du nom d'un pré, la Hanfmatte, où l'on étendait le chanvre pour le sécher. Sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle), le château est nommé Schloss Rhein, ce qui provient sans doute d'une déformation de l'appellation Schlossrain, nom que porte tout le canton forestier autour de la ruine. Enfin, sur une carte d'état-major de l'armée française du XIXème siècle on lit Falkensteinschloss.

Château impérial donné en fief:

Rodolphe de Habsbourg, élu roi en 1273, exigera la régularisation du droit de propriété. Le château avait été construit sur le domaine impérial relevant de la ville d'Obernai. En foi de quoi, le Kagenfels est à considérer comme étant une propriété impériale qui est donnée en fief épiscopal à Albert de Kagen avec le consentement de la ville d'Obernai. En échange, Albert devra à la ville le service armé si cela lui est demandé et paiera un cens annuel de la valeur d'une livre de cire au profit de la chapelle de la Vierge du Kapellturm.

L'arrangement ainsi obtenu ne manque pas de poser un sérieux problème foncier. En effet Albert de Kagen n'a pu obtenir qu'une bande de terrain de quarante toises autour du château, c'est une surface des plus étriquées ( 1 toise = 1,9493m ).

Dès 1310, l'évêque de Strasbourg a transmis le fief sur le Kagenfels à une autre famille de son entourage: les Hohenstein qui assurent souvent la fonction de vidame. En 1383, l'écuyer Frédéric Stahel de Westhoffen signe pour le Kagenfels une paix castrale (*). Il est, depuis quelques années, le seigneur du château. Il avait prêté une forte somme d'argent à Rodolphe de Hohenstein qui, en garantie du prêt, lui engage le château.

Un double siège pour le château :

En 1375, Frédéric de Stahel se range aux côtés de Hanemann de Mullenheim dans une complexe querelle d'intérêts dont le village de Bernhardswiller est l'enjeu. En effet, la ville d'Obernai avait racheté des mains des chevaliers de Guirbaden l'engagère de Bernhardswiller. Les Guirbaden avaient obtenu le village du roi Rodolphe de Habsbourg en garantie d'un emprunt. Mais Rodolphe avait, semble-t-il, cédé le lieu aux nobles de Hattstatt sans pour autant avoir remboursé l'engagère aux Guirbaden. Et Elise de Hattstatt avait autorisé en 1374 la vente du village à Hanemann de Mullenheim.

Il Y avait donc deux propriétaires virtuels pour le même village! Obernai se fit immédiatement reconnaître par l'empereur Venceslas comme propriétaire légitime du village contesté, ce qui n'empêcha pas les Mullenheim, soutenus par les Hattstatt, d'envoyer leurs lettres de déclaration de guerre à Obernai et en occupant le Kagenfels que Frédéric de Stahel leur mettait à disposition. Et c'est à partir du château que les Mullenheim vont lancer leurs opérations contre la ville.

Cette guerre de pillages et rapines dura plusieurs années. Par l'entremise du landvogt, un compromis est signé en 1383 entre Stahel et Albert de Schœnau (également mentionné comme copossesseur du château) d'une part et les villes d'Obernai, Sélestat et Strasbourg, d'autre part. Chaque partie s'engage à respecter la paix; Hanemann de Mullenheim se déclarant prêt à cesser les actes d'hostilité envers Obernai.

Mais cette paix ne dura guère. Les Mullenheim poursuivirent, depuis le Kagenfels, leurs attaques contre les possessions de la ville d'Obernai, capturant bourgeois et paysans pour les rançonner. De guerre lasse, la ville va monter une opération militaire contre le château. En 1390, le Kagenfels est assiégé et pris. Il sera toutefois rendu la même année encore à Frédéric de Stahel et aux Ganerben, les Schœnau et Hesso d'Ehenheim. Mais la leçon n'a guère portée. Les Ganerben reprennent leurs raids et la ville d'Obernai doit intervenir une seconde fois en 1393. Grâce à des renforts envoyés par la ville de Strasbourg et l'appui des troupes du landvogt Dietrich de Weitenmühle, le Kagenfels tombe pour la seconde fois. Frédéric de Stahel est capturé, il sera jeté en prison et y restera jusqu'en 1399 après s'être engagé à céder ses droits sur le château (à savoir un tiers) à la ville d'Obernai. De son côté la part de Hesso d'Ehenheim est parvenue en 1420 à Louis de Lichtenberg alors que les frères Nicolas et Cunon Marschalk de Neuwiller conservent un tiers.

En 1406, des valets se préparent un bain, mais à la suite d'une imprudence ils mettent le feu au château qui subit de graves dommages.

En 1420, Ludemann de Lichtenberg rachète un tiers du château et cherche à mettre bon ordre dans la place. Il installe un bailli qui très vite prendra ses aises, s'attirant la colère de son maître qui décide de le renvoyer. Mais le bailli s'est entouré d'une bande de coquins (dont ses deux fils) avec laquelle il ravage la région.

Ludemann de Lichtenberg, avec l'aide de l'évêque Guillaume de Diest, viendra mettre le siège au château qui est pris après une courte résistance. Les coupeurs de bourses sont capturés et de lourdes peines prononcées contre eux. Seuls Théobald et Valentin de Kirrwiller sont relâchés après avoir juré de respecter la paix.

Quelques années plus tard (1428), le vidame Henri de Hohenstein rachète les engagères et se retrouve seul châtelain. Il fera restaurer le château qui devait être en piteux état après les trois sièges successifs. Henri avait demandé à la ville d'Obernai de lui accorder la permission de couper le bois nécessaire dans la forêt environnante, ce qui lui fut refusé. Mais le vidame passa outre, fit abattre les arbres qui seront sciés sur le chantier. Obernai protesta immédiatement et obtint l'arbitrage du landvogt et comte palatin Etienne. Finalement la ville fournira le bois nécessaire aux travaux de reconstruction (1429) et Henri conduira les troupes épiscopales. L'évêque saura se montrer reconnaissant en confirmant à Henri le fief sur Kagenfels (1432).

En 1435, la vieille querelle entre les Mullenheim et Obernai, au sujet du village de Bernhardswiller, renait. Henri de Hohenstein reste neutre, mais il accuse la ville d'avoir échafaudé un plan par lequel elle cherche à s'emparer du Kagenfels après avoir abattu les gardiens. Il déposera plainte en 1439 auprès du Unterlandvogt Reinhard de Nyperg. Mais l'affaire ne semble pas avoir connu d'autres suites.

Henri de Hohenstein décéda en 1451 et c'est son fils, Antoine, qui hérita du château et prit la succession de vidame de l'évêque en 1471. A nouveau nous entendons des plaintes s'élever contre le châtelain du Kagenfels. Les habitants d'Obernai sont parfois molestés, insultés et même emprisonnés. C'est qu'au château s'est installé un personnage turbulent, Jacques de Hohenstein. Personnage puissant qui rêve d'un grand destin. Il possède plusieurs châteaux en fief (Lutzelburg et Guirbaden), assure la charge d'Oberschultheiss à Obernai, a pris le droit de bourgeoisie à Strasbourg, ce qui ne l'empêche pas d'être en procès avec la grande cité, Le tribunal impérial de Rottweil le mettra au ban de l'empire (1463) et l'empereur exigea sa comparution devant la diète de Neustadt (1464). Mais Jacques ne tint aucun compte de ces décisions. Il prépara même, dès 1472, un étrange complot grâce auquel il comptait remettre au duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, alors en guerre avec les états alsaciens et particulièrement avec Strasbourg, ses châteaux et les villes d'Obernai, Niedernai et Rosheim. Jacques avait déjà touché 10 000 florins à titre d'acompte! Le complot fut éventé et l'évêque réussit, avec le concours de la ville de Strasbourg, à se rendre maître du Guirbaden où Jacques et quelques uns de ses affidés furent capturés pour être ensuite emprisonnés à Dachstein.

De grands travaux de restauration au XVIe siècle :

A la mort de Jacques (1480), l'évêque donna le fief sur Kagenfels aux Uttenheim zum Ramstein qui entreprirent, dès 1503, des travaux de réfection au grand mécontentement de la ville d'Obernai qui chercha à y faire obstacle, En 1507, un arrangement est signé entre la ville et les Uttenheim, Ceux-ci vendront le château en 1559 à Lux Wisebock, surnommé Zoeck, grand bailli (Oberamtmann) de la seigneurie du Val de Villé. C'est lui qui transforma le château, ajoutant de nouveaux bâtiments et prenant, pompeusement, le titre de Herr vom Kagenfels ,Seigneur de Kagenfels. Les travaux semblent toutefois s'être concentrés sur les dépendances, car on comprendrait mal qu'en 1563 le château soit qualifié de Schloss et burgstall.

La ville d'Obernai allait finalement acquérir en 1563 le château et ses dépendances (champs, forêts, moulins et scieries). Elle souhaitait, par cet achat, prévenir de nouveaux troubles au cœur de son domaine forestier. Mais entretemps la situation forestière était devenue plus complexe, Les Uttenheim avaient vendu à Lux Wisebock le district forestier relevant du village disparu de Hohenburgweiler.Ils n'en avaient d'ailleurs aucun droit, mais Obernai estima que la cité risquait d'être entraînée dans des querelles sans fin. Elle préféra racheter ces forêts qu'elle possédait déjà et versa même des indemnités à l'évêque qui rappela, pour la circonstance, que c'était lui le suzerain de ces forêts et du Kagenfels! C'est alors que les Rathsamhausen-Ehenweier firent valoir leurs droits sur le territoire de Hohenburgweiler, démontrant qu'ils possédaient le district à titre de fief impérial. Obernai racheta encore! En 1570, elle paya 2291 florins et reçut enfin de l'empereur Maximilien II la reconnaissance du fief (*).

Maison forestière et abandon du site :

La ville d'Obernai installa sur ce un forestier (Waldfoerster) dans les dépendances du château afin d'administrer le domaine forestier et de verbaliser les contrevenants. Elle chercha régulièrement à se faire confirmer le fief par les empereurs successifs. En 1684, un compte-rendu adressé par le conseil de la ville d'Obernai à l'évêque, mentionne que le Kagenfels n'est plus qu'un tas de pierres.
Selon Herbig, le château fut abandonné au début du XVIIe siècle et tomba progressivement en ruines. Il pense même que le palas était délabré depuis le milieu du XVIe siècle et que seuls les dépendances étaient encore habitables par la suite. La guerre de Trente Ans a probablement accéléré le déclin.

 

 

 

 

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