La vie en ces temps là :

Le temps des châteaux forts :

Lors des invasions du Moyen Âge, beaucoup d'hommes libres ont accepté de perdre leur liberté afin d'être protégés et d'avoir une terre pour se nourrir. A partir du IXe siècle, certains hommes libres devinrent les vassaux d'un seigneur riche et puissant. Par la suite, le vassal se faisait «l'homme» du seigneur par la cérémonie de l'hommage. Il lui jurait aide et fidélité en échange d'une terre, le fief: ce fut la naissance de la féodalité.


La vie Seigneuriale :

Les vassaux étaient avant tout des combattants à cheval, des chevaliers. Seigneurs et vassaux formaient la noblesse. L'ordre fut de plus en plus fermé et bientôt seul un fils de chevalier pouvait devenir chevalier à son tour. Les nobles avaient en commun l'attachement à la religion chrétienne. Le vrai chevalier devait être souple et musclé, bon et loyal, hardi et preux.

Mais à partir du XIIe siècle, les cours des seigneurs du Midi de la France connurent un idéal nouveau, la courtoisie, qui opposait au sire belliqueux et violent le gentilhomme vaillant, respectueux des plus faibles et fidèle à sa dame.


« Sois aimable et accueillant,
Doux et modéré en paroles
A l'égard des grands comme des petits; Fais si tu peux chose qui plaise
Aux dames et aux damoiselles,
De sorte qu'elles entendent à ton sujet Dire du bien et en raconter.
Ainsi pourras-tu gagner en prix. »


Guillaume de Lorris (Le Roman de la Rose, 13e siècle)


La grande majorité des nobles ne se souciait guère des choses de l'esprit.
Les rois de France n'étaient les vassaux de personne et exigeaient« l'hommage-lige» de tous les seigneurs. Le roi était le suzerain de tous les seigneurs.
En Allemagne, les empereurs du Saint-Empire romain germanique étaient élus, mais leur pouvoir était contesté par les princes allemands, par les villes italiennes et par le pape.
Petit à petit une hiérarchie s'établit parmi les nobles: les plus puissants d'entre eux furent les barons (Freiherr). Plus haut, les vicomtes, les comtes (Graf) et ducs (Herzog) dont les fiefs étaient nombreux ou étendus. Le marquis (Markgraf), entre le duc et le comte, était préposé à la garde d'une marche territoriale. Enfin, au sommet, il y avait le roi, chef suprême de la hiérarchie féodale. Tous ces gens-là étaient de véritables souverains sur leurs terres: ils faisaient la guerre, levaient les impôts, rendaient la justice et battaient monnaie.
Parmi les occupations du chevalier, priorité était donnée à la guerre et l'épée était son amie. La chasse avec meute ou faucon était son plaisir quotidien. En temps de paix ou durant l'hiver, il s'exerçait sur la quintaine ou participait à des tournois. Les mœurs étaient souvent d'une brutalité féroce. Par l'institution de la Paix de Dieu et de la Trêve de Dieu, par la transformation de la cérémonie de l'adoubement, l'Eglise essaya d'atténuer la violence des mœurs.

Paix de Dieu et trêve de Dieu :


La «paix de Dieu» dans le diocèse de Beauvais en 1023.
Serment proposé par l'évêque aux chevaliers :
«le n'envahirai en aucune manière les églises. Je n'assaillirai pas les clercs et les moines ne portant pas les armes. Je n'enlèverai ni bœuf, ni vache, ni aucune bête de somme. le n'arrêterai ni le paysan, ni la paysanne, ni les marchands; je ne leur prendrai pas leur argent; je ne les ruinerai pas. Je n'assaillirai pas les femmes nobles.»
La «trêve de Dieu» dans le diocèse de Thérouanne vers 1 063. Par l'entente de l'évêque et du comte de Flandre;
«Que ni homme, ni femme n'en attaque, en quelque lieu que ce soit, un autre, ni n'attaque un château, un bourg ou un village, du mercredi au coucher du soleil au lundi à l'aurore. Que si quelqu'un venait à enfreindre cette trêve, qu'il soit excommunié par Dieu et exclu de la chrétienté toute entière.»

De la mote au château de pierre :

Les premiers châteaux forts n'étaient que des tours de bois érigées sur une butte, la motte, entourées de palissades et d'un fossé enjambé par un pont-levis. Ils étaient faciles à bâtir, mais vulnérables au feu.
Les premières traces remontent aux environs de l'an mil: Haut-Eguisheim (1002 ?), Guirbaden (1049), Rappolstein Ribeaupierre (1022).
Vers 1050, bien après la fin des invasions, apparurent les donjons de pierre et les palissades furent remplacées par de hauts murs flanqués de tours. Ces châteaux, chers à construire, et moins nombreux, étaient difficiles à prendre. Ils avaient chacun leur originalité. Leur seul point commun était de bien garder le domaine ou les axes de circulation importants de la région.

Châteaux forts en Alsace :

( Shéma d'un château )

Avant l'an mil, les mentions de châteaux forts sont rares (Wasenbourg, Wangenbourg). L'Alsace était gouvernée par les ducs, puis vite morcelée en d'innombrables seigneuries. Les spécialistes comme J. M. Nick recensent quelque cinq cents châteaux forts «entre les limites du Palatinat et les frontières du Sundgau», 150 ruines sont encore visibles. Châteaux de plaine ou de montagne, il ne nous est pas possible ici de tout développer, nous ne pouvons que vous conseiller les ouvrages spécialisés de nos éminents chercheurs.

Sachons cependant qu'en plaine, pour marquer sa puissance et défendre son domaine, les premiers seigneurs ont donc érigé ces châteaux sur motte; il s'agit de tertres de terre, d'une vingtaine de mètres de haut, naturels ou artificiels, sur les plates-formes desquels était érigée une tour en bois, le donjon. La motte était entourée d'une palissade faite de gros pieux plantés verticalement, côte à côte. En Alsace ces mottes se nomment Buhel, Buhl ou Buchel (Buckel) : il y en avait à Beinheim, Meyenheim, Bergholtz, Keskastel. Le premier château du Kochersberg entrerait dans cette catégorie. Evidemment, le fait d'être en bois, donc fragile, explique que les seules traces qui en subsistent se limitent à la présence des mottes et des fossés.

En plaine on trouve ensuite des constructions sur terrain plat, à la même altitude que les habitations environnantes. De forme carrée, rectangulaire ou en équerre, l'édifice était entouré de fossés remplis d'eau: c'étaient les Wasserbourg. Comme à Eguisheim-centre, Haguenau (disparu), Westhoffen (Rosenbourg) et, plus près de chez nous, Breuschwickersheim, Mittelhausen, Osthoffen, Osthouse, Scharrachbergheim,...

Parfois le château pouvait défendre une cité, il s'intégrait donc dans les remparts urbains: on parle alors de citadelle (Dachstein, Lutzelstein, Reichshoffen, Wasselonne,...)


Les châteaux de montagne répondent à une grande variété de définitions, selon que le castel se trouvait situé aux extrémités d'une barre rocheuse (Haut-Barr, Ochsenstein, Lutzelhardt, Falkenstein, Fleckenstein, Wasigenstein,...), c'est-à-dire surtout dans les Vosges du Nord; il y a ensuite les châteaux sur Staufen (sommet large, plat et allongé) comme le Girbaden, le Hohlandsbourg, le Hunebourg, le Haut-Koenigsbourg,...), les châteaux au sommet d'une montagne (Haut-Andlau, Ferrette, Grand Geroldseck,Wildenstein, Freundstein, qui est le château le plus élevé d'Alsace, à Goldbach), les châteaux sur éperon (Bernstein, Drachenfels, Haut-Eguisheim, Greifenstein, Kintzheim, les Lutzelbourg près d'Ottrott et de Saverne,..,) et enfin ceux érigés en bout de crête (Kaysersberg, Landsberg, Ramstein, Birkenfels, Hohenstein,...). Les conflits entre grandes familles se traduisaient toujours par la prise de l'un ou l'autre de leurs châteaux. C'était le cas des Hohenstaufen et des Eguisheim, des Habsbourg. Certains castels furent confiés à des ministériels d'Empire anoblis, tels les Rathsamhausen, les Fleckenstein, les Hunebourg, les Windstein,... Ce sont les seigneurs de Geroldseck et les Ochsenstein qui à partir du XIIe siècle dominèrent l'immense marche de l'évêché de Metz, dont Marmoutier et toutes ses possessions: l'abbaye se trouvait pratiquement acculée à la ruine.

L'évêque de Strasbourg était également devenu une puissance militaire, s'appuyant sur les châteaux du Haut-Barr, de Guirbaden, de la Petite Pierre, avec l'organisation féodale que cela suppose. C'était à un certain moment le seigneur suzerain le plus puissant du Kochersberg, avec ses 9 châteaux, dont 4 forteresses: Haldenbourg, Kochersberg, Gougenheim, Breuschwickersheim. Plusieurs villes fortifiées dépendaient des princes-évêques de Strasbourg: Saverne, Mutzig, Molsheim, Rhinau, Ebersmunster, Marckolsheim, Eguisheim, Sainte-Croix-en-Plaine, Rouffach, Soultz. Les burggraves étaient des familles nobles attachées au service des évêques de Strasbourg, qui leur confiaient la garde d'un château ou d'un village. Ils avaient tous un écu qui portait le chevron.

A côté de cette noblesse castrale, il faut mentionner la noblesse roturière, qui dans presque chaque bourg avait érigé une maison plus ou moins fortifiée, « On peut citer parmi les chevaliers qui portaient le nom d'un village sans qu'il y ait un château connu: Furdenheim (1097,1137, 1147), Fessenheim (1147), Hurtigheim (1147), Vendenheim (1148), Olwisheim (1193), Schaffhouse (1194), Zehnacker (1198), Lampertheim (1202), Neugartheim, et parmi ceux qui portaient le nom du village et y avaient un château: lttenheim (1147), Gougenheim (1147), Quatzenheim (1148, 1155), Truchtersheim (1188, 1194), Berstett (1120), Scharrach (1194),Ingenheim (1377), Kolbsheim (1265), Mittelhausen (1322), Oberschaeffolsheim (1321) Osthoffen (1256) », d'après Laurent Salch.

En fait il n'y aurait que huit familles véritablement nobles en Alsace: les Andlau, les Reich de Reichenstein, les Reinach, les Waldner de Freundstein, les Wangen de Geroldseck, les Müllenheim-Rehberg, les Schauenbourg et les Zorn de Bulach.

Pourquoi tous les châteaux sont-ils en ruine, dans notre province, alors qu'ailleurs en France ils sont toujours habités (dans le Périgord, par exemple: Beynac) ? C'est avec l'annexion de notre région, après la Guerre de Trente (1618-1648), que les rois de France voulaient empêcher toute résistance de la noblesse alsacienne sur les hauteurs vosgiennes. Les édifices furent rendus inhabitables, pour la plupart, et les nobles durent vivre en plaine ou en ville. C'était essentiellement l'œuvre de Louis XIV .

Le touriste qui traverse nos villages est souvent invité à visiter telle chapelle ou tel clocher, du XIIe siècle surtout. A cause des conflits permanents entre rois ou entre simples seigneurs voisins, les villages alsaciens, et ceux de l'ancien bailliage du Kochersberg tout particulièrement, durent subir des attaques incessantes et de terribles dévastations des récoltes, mais aussi des habitations, accompagnées d'atroces sévices sur la population. Les églises devenaient les derniers refuges possibles; les clochers, transformés en donjons et munis de meurtrières, permettaient de se mettre à l'abri. Les cimetières, souvent enclos eux-mêmes de solides murs de défense, précédés de fossés (Reitwiller, Lupstein), faisaient office de basse-cour pour les réserves et les animaux, ravitaillement indispensable en cas de conflit prolongé. Ces clochers sont très nombreux et reconnaissables à leur allure élancée. Il est impossible de les citer tous, mais parmi les plus remarquables (datant pour la plupart du temps des Hohenstaufen), il y a Kuttolsheim (arcatures au rez de-chaussée, étranges sculptures, ouvertures géminées), Offenheim, Pfettisheim, Reitwiller, Saessolsheim (citée en 1050), Schwenheim (citée en l'an 900), Willgottheim (arcatures avec croix, têtes, frise en damier, citée en 1179), Zeinheim, le site de Hohatzenheim. Le clocher était souvent le seul édifice en pierre des villages de plaine.

Hohatzenheim possède le seul édifice encore entier de l'époque romane primitive. C'est une petite basilique ottonienne à trois nefs et un chœur voûté en berceau. Mentionnons son socle mouluré en forme de boudin, tout autour, son puissant clocher, ses « griffes du diable », ses trois absides, ses sculptures parfois mystérieuses. Cette église du XIe siècle était au départ propriété de l'évêché de Metz, avant d'appartenir aux Dagsbourg, aux Hunebourg, puis d'être inclus dans le bailliage de Lichtenberg. C'est un pèlerinage déjà très fréquenté au XIe siècle.


Il y aurait eu dans le Kochersberg 19 châteaux, 14 églises et cimetières fortifiés, 6 villages fortifiés, soit 6 châteaux sur motte, et 7 Wasserburgen (d'après Laurent Salch).


Vivre au château :

Au château, l'unique salle habitée était loin d'être confortable; la grande cheminée monumentale, c'est plus tard. Il n'y avait pas de carreaux de verre aux fenêtres, mais des feuilles de parchemin huilé ou de la vessie de porc tendue. Le seigneur, ses compagnons et ses hôtes mangeaient au coude à coude, assis sur des bancs devant une table dressée sur tréteaux. Dans la grisaille des journées intervenaient parfois des acrobates, des montreurs d'animaux ou des jongleurs qui, de château en château, récitaient des poésies, contaient des fabliaux ou chantaient, accompagnés de la vielle, les exploits guerriers de Roland, le neveu de Charlemagne, et de Lancelot, parti à la quête du Graal. La nuit venue, toute la compagnie s'endormait par terre autour de la couche du seigneur. En Alsace le seigneur ne vivait généralement pas dans le donjon, en temps de paix.

Parmi la quantité d'objets recueillis dans les ruines de nos châteaux forts, les armes occupent une place relativement modeste. Hormis les couches correspondant à des sièges, incendies et destructions à la suite de batailles, bien souvent on ne verrait dans les restes de ces constructions que de grosses maisons où la vie quotidienne occupait plus de place que la guerre.

C'est dans les couches du XIIe et du XIIIe siècles qu'il y a des pointes de flèches. Le carreau d'arbalète paraît être, à côté de quelques boulets de catapulte, le principal projectile au XIIIe siècle. L'arbalète existait au Ier ou au IIe siècle. Puis il faut sans doute attendre le XIe siècle pour la voir réapparaître dans l'occident médiéval. Les croisés en étaient équipés en 1096.

Une Seigneurie :

( Exemple d'une seigneurie )

La plupart des paysans vivaient dans la dépendance d'un châtelain, le seigneur propriétaire du domaine. Aux Xe et XIe siècles pouvait être constaté un fort accroissement du nombre des serfs qui demeuraient sur les tenures: le servage était héréditaire. Mais la situation s'améliora au XIIe siècle. Cependant, une minorité de paysans, les laboureurs, vivait libre et aisée, sur des terres à eux, les alleux.

( La vie du payasan )

En contrepartie de la sécurité qu'il procurait, le seigneur imposait à tous son ban, c'est-à-dire le droit de commander et de rendre la justice; il faisait respecter les usages et astreignait ses tenanciers aux droits seigneuriaux, qui étaient des cens et des corvées. Soumis à des obligations communes, les paysans se regroupaient non loin du château autour d'une église paroissiale et près de la cour domaniale.
Ainsi sont apparus de nombreux villages entourés de pierre palissades en bois,avec leurs potagers et les communaux où les enfants gardaient les troupeaux.

Les paysans vivaient dans des conditions difficiles. La plupart ne possédait pas de terres, mais devait cultiver celles des seigneurs ou des abbayes. En plus des loyers de la terre, ils étaient obligés de porter le blé à moudre et le pain à cuire au moulin et au four du seigneur, ils devaient utiliser le pressoir du seigneur, à qui ils payaient des droits, les banalités. On dit que le paysan était taillable et corvéable à merci. La justice seigneuriale faisait peu de cas de la prison. L'individu était soit déclaré innocent, soit accusé et racheté, soit condamné à être pendu au gibet. Les oubliettes des châteaux sont une pure invention de guides avides de sensationnel. Quant à la torture, il paraît qu'elle n'est pas apparue en France avant le XIIIéme siècle: le fer rouge, l'eau bouillante, la noyade. Le pouvoir judiciaire était excercé par un écoutète (Schultheiss) ou un maire. La justice de sang était déléguée au bailli (Vogt).

La seigneurie était généralement divisée en trois parts: le seigneur se réservait l'une pour son usage personnel, appelée la réserve. Il en partageait une autre en un certain nombre de parcelles, qu'il donnait à cultiver aux paysans qui s'étaient recommandés à lui: ces parcelles de terre s'appelaient des tenures. Enfin il divisait le reste en fiefs et il y installait ses vassaux. Le seigneur et ses vassaux vivaient du travail de leurs paysans, c'est à dire des impôts et charges que ces derniers devaient leur verser. Le principal impôt était le cens (Zins), c'est à dire le loyer payé contre le droit d'exploiter les terres de la seigneurie. Autres taxes, variables selon les seigneuries: la mainmorte (die tote Hand) sur les successions, les taxes banales (four à pain, pressoir, foulon, moulin, taureau, verrat), les impôts indirects sur le vin, les péages. Toutes ces contributions étaient collectées dans des cours seigneuriales (Fronhof) ou des cours colongères (Dinghof) ; ces structures étaient administrées par un maire (Meyer) nommé par son seigneur. A partir du XIIIe siècle, les grandes seigneuries furent progressivement divisées en bailliages (Amt) à la tête desquels se trouvait un bailli (Vogt) chargé de surveiller plusieurs cours seigneuriales. N'oublions pas les nombreux jours de corvée (Fronen) auxquels le paysan était astreint, sur les terres privées du seigneur et pour les équipements collectifs (fossés, chemins, ponts).


Vers l'an mil il n'y avait presque plus d'esclaves dans l'Europe chrétienne, mais la plupart des paysans étaient cependant sous la dépendance de leur seigneur, des serfs, tandis qu'aux paysans libres on donnait souvent le nom de vilains (du mot latin villa, grand domaine à la campagne).

 

 

:: Partenaires :: Aide :: Ecrivez-moi ::
Kit Graphique XLTouch Site des châteaux Forts d'Alsace