La Guerre des Paysans :

En Alsace l'insurrection avait éclaté plus tard que sur la rive droite du Rhin. Ce n'est que vers la mi-avril que les paysans de l'évêché de Strasbourg, puis peu après ceux de la Haute-Alsace et du Sundgau se soulevèrent. Le 18 avril 1525 une armée de paysans de la Basse Alsace pilla le monastère d'Altdorf. D'autres armées de paysans se constituèrent près d'Ebersheim et de Barr, ainsi que dans la vallée de la Willer et de l'Urbis. Toutes ces armées s'unirent pour former la grande armée de la Basse-Alsace, organisèrent la prise des villes et des bourgs et la destruction des monastères. Partout on mobilisa un homme sur trois. Les douze articles de cette armée sont beaucoup plus radicaux que ceux des paysans souabes et franconiens.

Tandis qu'une colonne de paysans de Basse-Alsace se rassemblait au début de mai près de Saint-Hippolyte et, après une vaine tentative de s'emparer de cette ville, entrait le 10 mai à Barken, le 13 à Ribeauvillé, le 14 à Riquewihr, de connivence avec les bourgeois de ces différentes villes, une deuxième colonne, ayant à sa tête Erasmus Gerber, marcha sur Strasbourg pour s'en emparer par surprise. La tentative échoua. La colonne se tourna alors dans la direction des Vosges, détruisit le cloître de Marmoutier et assiégea Saverne, qui se rendit le 13 mai. De là, elle marcha sur la frontière lorraine et souleva la partie contiguë du duché, tandis qu'en même temps elle fortifiait les défilés de la montagne. De grands camps furent constitués à Herbitzheim, sur la Sarre et à Neubourg. A Sarreguemines 4000 paysans lorrains-allemands se retranchèrent. Deux colonnes avancées, celle de Kolben dans les Vosges à Sturzelbronn, et celle de Kleeburgen, à Wissembourg, couvrirent le front et le flanc droit tandis que le flanc gauche s'appuyait sur les paysans de la Haute-Alsace.

Ces derniers, en mouvement depuis le 20 avril, avaient obligé le 10 mai à Soultz, le 12 Guebwiller, le 15 Cernay et les environs à adhérer à la confrérie paysanne. Le gouvernement autrichien et les villes libres des environs se liguèrent certes immédiatement contre eux, mais furent hors d'état de leur opposer une résistance sérieuse, à plus forte raison de les attaquer. C'est ainsi qu'à l'exception d'un petit nombre de villes l'Alsace tout entière était, vers le milieu de mai, aux mains des insurgés.

Mais déjà s'approchait l'armée qui devait châtier l'audace impie des paysans alsaciens. Ce furent des Français qui restaurèrent ici la domination féodale. Dès le 6 mai le duc Antoine de Lorraine se mit en marche à la tête d'une armée de 30000 hommes, comprenant la fleur de la noblesse française ainsi que des mercenaires espagnols, piémontais, lombards, grecs et albanais. Le 16 mai, il rencontra à La Petite Pierre 4000 paysans, qu'il battit sans difficulté, et dès le 17 il oblige la ville de Saverne occupée par les paysans à capituler. Mais pendant que les troupes lorraines pénétraient dans la ville et désarmaient les paysans, la capitulation était violée. Les paysans désarmés furent assaillis par les mercenaires et massacrés pour la plupart. Les autres colonnes de la Basse-Alsace se dispersèrent, et le duc Antoine marcha à la rencontre des armées de la Haute-Alsace. Ces dernières, qui s'étaient refusées à envoyer des secours aux paysans de la Basse-Alsace à Saverne, furent attaquées à Scherwiller par toutes les forces lorraines réunies. Les paysans se défendirent vaillamment, mais l'énorme supériorité numérique de l'advesaire - 30000 contre 7000 - et la trahison d'un certain nombre de chevaliers, particulièrement celle du bailli de Riquewihr, rendit toute bravoure inutile. Ils furent complètement battus et mis en déroute. Le duc soumit toute l'Alsace avec la cruauté habituelle aux princes. Sa présence fut épargnée au seul Sundgau. Ici le gouvernement autrichien décida les paysans, sous menace d'appeler le duc dans le pays, à conclure au début de juin l'accord d'Ensisheim. Mais il rompit aussitôt lui-même cet accord et fit pendre en masse les prédicateurs et les chefs du mouvement. Les paysans firent, là-dessus, une nouvelle insurrection, qui se termina finalement par l'inclusion des paysans du Sundgau dans le traité d'Offenbourg (18 septembre).

Conséquences de la Guerre :

Les paysans étaient retombés partout sous la dépendance de leurs maîtres ecclésiastiques, nobles ou patriciens. Les accords qui avaient été conclus ici et là avec eux furent rompus. Les anciennes charges furent aggravées par les rançons énormes qu'imposaient les vainqueurs aux vaincus. Mais avec le temps cependant, la situation de la paysannerie ne fut pas aggravée par l'écrasement de l'insurrection. Tout ce que la noblesse les princes et les prêtres pouvaient leur arracher bon an, mal an, ils le leur arrachaient déjà avant la guerre.

Mais les guerres et les dévastations étaient des phénomènes quotidiens à l'époque, et d'une façon générale, la situation de la classe paysanne était beaucoup trop misérable pour qu'on pût l'aggraver encore de façon durable par l'augmentation des impôts. Les guerres de religion, qui survinrent ensuite, et enfin la guerre de Trente ans, avec ses dévastations et ses dépopulations massives et répétées, frappèrent les paysans beaucoup plus durement que la Guerre des paysans. En particulier la guerre de Trente ans anéantit la plus grande partie des forces productives employées dans l'agriculture et ainsi elle jeta pour longtemps, et aussi par suite de la destruction simultanée d'un grand nombre de villes, les paysans, les plébéiens et les bourgeois ruinés dans la misère la plus effroyable.

Ceux qui souffrirent le plus des conséquences de la Guerre des paysans, ce fut le clergé. Leurs monastères et leurs abbayes avaient été incendiés, leurs objets précieux pillés, vendus à l'étranger ou fondus, leurs réserves dévorées. Ce sont eux qui partout avaient pu opposer le moins de résistance, et c'est sur eux qu'était tombé le plus durement tout le poids de la haine populaire. Les autres ordres, princes, noblesse et bourgeoisie des villes, se réjouissaient même en secret des malheurs dont étaient victimes les prélats qu'ils haïssaient.

La noblesse avait également beaucoup souffert. La plupart de ses châteaux étaient anéantis, un certain nombre de familles les plus considérables étaient ruinées et ne pouvaient plus subsister qu'en entrant au service des princes. Son impuissance vis-à-vis des paysans était établie: elle avait été partout battue et contrainte à capituler. Seules les armées des princes l'avaient sauvée. Elle devait perdre de plus en plus son importance d'ordre dépendant directement de l'empereur et tomber sous la domination des princes.

Les villes n'avaient également, en général, tiré aucun avantage de la Guerre des paysans. La domination des notables fut presque partout renforcée. L'opposition des bourgeois en fut brisée pour longtemps. La vieille routine patricienne continua à se traîner ainsi, entravant de tous côtés le commerce et l'industrie, jusqu'à la Révolution française. De plus, ce sont les villes que les princes rendirent responsables des succès momentanés que le parti bourgeois ou plébéien avaient obtenus chez elles au cours de la lutte. Des villes appartenant déjà aux domaines des princes furent lourdement rançonnées, privées de leurs privilèges et exposées sans défense à leur arbitraire cupide.


Ceux qui, dans ces conditions, furent les seuls à tirer bénéfice de la Guerre des paysans, ce furent les princes. Ils en tirèrent un avantage non seulement relatif, du fait que leurs concurrents, le clergé, la noblesse et les villes en sortirent affaiblis, mais aussi absolu, en ce sens qu'ils remportèrent les le butin principal de tous les autres ordres. Les biens ecclésiastiques furent sécularisés à leur profit. Une partie de la noblesse, à demi ou complètement minée, dut se soumettre peu à peu à leur domination. L'argent des rançons imposées aux villes et aux communautés paysannes afflua dans leurs caisses.


 

 

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